Les yeux du ciel

De
Publié par

Assimilant l'affectation dans une école déshéritée à un cadeau empoisonné, le chef de service s'interdit lui aussi de prendre le risque d'affecter quelqu'un qu'on lui avait recommandé. Fin stratège de joueur d'échecs, le chef de bureau trouva cette occasion propice pour se débarrasser du plus haut diplômé parmi les postulants qui risquerait de lui prendre sa place. Après mûre réflexion, il proposa l'affectation de Souad que tous les fonctionnaires de l'académie connaissaient pour sa ponctualité à venir tous les matins camper dans les couloirs dans l'espoir d'être recrutée un jour. Il s'expliqua pourquoi il avait porté son dévolu sur Souad.
Publié le : lundi 7 juillet 2008
Lecture(s) : 133
EAN13 : 9782304012743
Nombre de pages : 237
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
2
Titre
Les yeux du ciel
3
Titre Messaoud Atroun
Les yeux du ciel
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit 2008 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-01274-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304012743 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-01275-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304012750 (livre numérique)
6
.
8
CHAPITREI
De retour d’une visite au mausolée de Sidi-Wali en compagnie de sa mère, Souad profita du passage du taxi devant l’académie pour ren-trer s’y renseigner sur son dossier de recrute-ment qu’elle avait déposé depuis sa sortie de l’université. Comme tous les autres matins, et ce, depuis une année, elle venait à l’académie et attendait son tour de réception jusqu’à la ferme-ture des bureaux. Mais en vain ! Devinant l’angoisse de sa fille qui s’apprêtait à descendre du taxi la peur dans l’âme, la mère lui glissa dans la main un talisman qu’elle avait comman-dé spécialement la veille à un taleb pour dé-nouer la situation du dossier de recrutement resté sans suite depuis le jour de son dépôt ! A la vue du fétiche, Souad bouillonna de colère et resta médusée un bon moment à dévisager sa mère qui la suppliait du regard. Ne sachant plus quoi dire pour manifester son mécontentement, la jeune fille haussa les épaules et céda sans re-chigner bien que terriblement choquée de voir sa mère l’embarrasser en lui remettant devant
9
Les yeux du ciel
une tierce personne un objet aussi sacralisé qu’un talisman et de surcroît à deux pas de l’académie où l’on n’y entrait qu’après une fouille systématique. Toute tremblante de pani-que, Souad baissa la tête et tendit sa main pour prendre le talisman encombrant. Se débarrasser du fétiche en le jetant au loin lui était un exer-cice encore plus difficile car des centaines d’yeux de jeunes qui attendaient l’ouverture des bureaux des sésames pour l’emploi étaient bra-qués sur elle comme si elle était une extraterres-tre. Avec tous les pendentifs ornant son buste, son cou, ses oreilles, ses poignets, ses chevilles et surtout sa tenue vestimentaire excentrique, Souad attirait les regards de toutes les person-nes qu’elle croisait sur son chemin. Autant sa tenue pouvait inspirer les collectionneurs et les grands couturiers à la recherche de l’exotisme, de même, elle réveillerait chez les autres les souvenirs des films de la conquête de l’ouest en la prenant pour une squaw amérindienne. Comme ce n’était pas de son éducation à faire la sourde oreille à sa mère et encore moins une scène à fortiori sous le regard malin du chauf-feur qui avait réglé et ajusté son rétroviseur pour ne rien perdre du spectacle, Souad saisit le morceau de tissu qui enveloppait les écrits du taleb et se sauva en direction du portail de l’académie où la cohue humaine commençait à serpenter vers l’intérieur. En un tour de main,
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.