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Les yeux grand ouverts

De
122 pages
Flora a quarante ans. Elle mène une vie paisible et équilibrée entre son travail et sa famille. Depuis vingt ans, sa vie de couple avec Thomas est éclairée d'un amour solide et réciproque mais une aventure amoureuse va faire basculer sa vie. La découverte de cette liaison par Thomas provoque une véritable rupture somatique chez Flora. Partie en convalescence chez sa grand-mère, elle découvre progressivement un secret de famille qui lui permettra de comprendre cette attirance pour celui qui a été son amant et d'avoir "les yeux grand ouverts" sur cette étrangère à l'intérieur d'elle-même.
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ROMAN











Le Manuscrit
www.manuscrit.com












© Éditions Le Manuscrit, 2005
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-5395-2 (fichier numérique)
ISBN : 2-7481-5394-4 (livre imprimé)




A Jacques et Véronique, mes premiers lecteurs.







HELENE D’AVOUT




CHAPITRE I



- Tu es prête ? C’est incroyable !
C’est cette réflexion anodine de Thomas qui a
brutalement fait prendre conscience à Flora, de sa
fébrilité inhabituelle. A quelques détails près, elle s’est
préparée comme d’habitude, quand ils sortent. Le
maquillage lui a quelque peu posé problème, le rouge à
lèvres, surtout. Le premier trop pâle ne se voyait même
pas ! Elle a balayé, d’un kleenex, les couleurs pastel que
sa bouche portait. D’un geste d’écolière appliquée à
suivre le modèle, pour ne pas dépasser, elle a essayé
ensuite un rouge flamboyant. Deux pas en arrière,
sourire de star, elle a scruté son reflet : « Pas mal !»
Mais quand elle a retrouvé sa gravité naturelle, toutes les
ridules, signe de sa maturité concentrée sur les lèvres,
ont métamorphosé la belle ingénue en professionnelle
de l’amour.« On dirait presque une pute ! »
Un deuxième kleenex, froissé rageusement, a atterri
dans la poubelle.
Après une dizaine d’essais (trop voyant… pas assez
lumineux, trop… pas assez … et même mélange du
trop et du pas assez …) elle a enfin trouvé sa couleur de
ce soir, celle où elle se sent bien.
- Je suis prête, je t’attends …
Thomas a bien perçu toute cette passion contenue qui
attise son désir. Dans la voiture qui les emmène au lieu
de réception, Thomas s’interroge: qu’est-ce qui l’a donc
9 LES YEUX GRAND OUVERTS
poussé à lui révéler qu’Arthur, croisé l’après-midi, a
manifesté le désir de dîner à leur table, ce soir ?
Ce dîner professionnel ne l’enchante guère,
malgré la perspective de retrouver Arthur, l’intervenant
extérieur à l’entreprise dans laquelle il travaille. Thomas
l’apprécie particulièrement pour son sens des relations
humaines. Il a eu l’occasion de lui présenter Flora,
quelques jours auparavant, lors d’une rencontre
inopinée. Les quelques phrases échangées entre eux, ont
eu pour effet de faire dire à sa femme qu’Arthur était
très séduisant. Mais loin de le satisfaire, cette sympathie,
visiblement réciproque entre deux êtres qu’il aime, a
plongé Thomas dans un malaise diffus.
Leurs pensées cheminent séparément dans ce
silence pourtant plein du même homme. Flora, sans
s’interroger plus loin, sait juste son envie de revoir
Arthur.
Comme s’il les avait guettés, ce dernier se
précipite dès leur arrivée, pour les saluer. Les bras
ouverts, les mains tendues, il est visiblement heureux de
les voir.
Flora doit se maîtriser pour ne pas se blottir dans ses
bras qui l’y invitent. Mais d’où lui vient donc cette folle
impulsion ? Elle vacille légèrement, se rétablit et
cherche dans son sac une cigarette pour se donner une
contenance. Elle redoute ce rouge qui commence à
empourprer ses joues. -« Zut, ça se voit, c’est sûr ».
- Ca ne va pas ? Thomas la regarde, vaguement
inquiet.
- Si, mais il fait très chaud, ici.
Elle sait très bien qu’elle ne peut le leurrer, et faire
passer ce malaise pour un excès de chaleur, elle qui est
toujours gelée.
10 HELENE D’AVOUT

- Viens t’asseoir un peu,
Thomas la prend par le bras et lui indique des chaises
libres, un peu plus loin.
- Bouge pas, je t’apporte une coupe de
champagne ; ça va te retaper .
Elle se sent vieille tout à coup, assise un peu à l’écart
d’un groupe joyeux qui commence à se débrider sous
l’effet de l’alcool. Elle a quand même réussi à se placer
dans l’axe d’Arthur, dont elle voit les larges épaules.
Séduisant, cultivé, il s’est immédiatement fait repérer
par deux ou trois femmes qui cherchent ses faveurs et
rient de son humour. Flora, si confiante en elle, deux
heures avant, se sent maintenant vidée, triste et déçue. -
« Mais comment as-tu pu croire qu’il s’intéressait à toi ?
Et, oh ! Atterris un peu, espèce de dinde, tu n’as pas dix
huit ans ! » Il faut qu’elle s’admoneste ainsi, pour
retrouver pied dans la réalité.
Plongée dans ses pensées, vitupérant contre elle-même,
elle n’a pas vu Thomas revenir une coupe à la main:
- Tiens, ma petite femme chérie, à la tienne, à
tes amours, tu es magnifique !
Flora sourit : il y a beaucoup d’implicite dans cette
phrase anodine prononcée par Thomas. D’abord il lui
rappelle, l’air de rien, qu’elle est sa femme. Il la connaît
si bien depuis vingt ans qu’ils vivent ensemble ! Il ne
doit certes pas être dupe de son attirance pour Arthur.
Et peut-être même qu’en bon stratège, il a profité de ce
pseudo malaise pour éloigner sa femme de cet ami
entrevu comme un rival potentiel. Flora en est presque
certaine. Et cette façon de la rassurer, en lui disant
qu’elle est magnifique ! Elle a, toujours besoin du regard
des autres pour se sentir exister. La tendresse de
Thomas, cette façon de la connaître sans rien en dire, et
11 LES YEUX GRAND OUVERTS
ce désir qu’elle lit dans ses yeux, lui donnent la
certitude qu’elle aime Thomas.
Un mouvement de foule annonce que le dîner va
être servi. Est-ce un hasard ou bien Arthur s’est il
volontairement rapproché d’eux ? Quand elle se lève,
elle tombe nez à nez sur lui.
- Vous allez mieux ?
- Oui, oui, tout va bien, c’était la chaleur.
- Vous avez choisi votre table ?
- Non, pas encore, » répond Thomas. Mais si tu
veux nous faire le plaisir de présider, je suis sûr que
Flora en sera charmée .
De nouveau, elle se sent flageoler et vaguement
furieuse contre son mari. Là où l’on peut entendre une
simple phrase de courtoisie, elle éprouve la trahison
d’un secret dont elle commence seulement à percevoir
l’existence. Debout, devant une chaise, elle attend
gauche, qu’on lui indique sa place. La main d’Arthur,
légèrement posée sur son bras, la fait frissonner.
- Si Madame veut bien me faire l’honneur de
s’asseoir à ma droite .
L’emphase qu’il a mise dans sa proposition, la fait
sourire.
- Mais tout l’honneur est pour moi, Monsieur,
répond elle sur le même ton.
Il lui sourit avec insistance, ravi de cette complicité du
jeu, tout en reculant le siège, avec prévenance, pour
l’inviter à s’asseoir.
D’autres convives s’installent à leur table : collègues,
femmes de collègues … phrases rituelles de
présentation agrémentées d’un soupçon d’amabilité, de
deux zestes d’humour, le tout assaisonné d’un grand
sourire de bienveillance. Flora connaît bien les recettes
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