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Les yeux noirs

De
343 pages
Hirsh, jeune Lituanien, choisit d’émigrer en France pour une nouvelle vie. En un demi-siècle, de 1905 à 1950, il devient Georges. Un demi-siècle, le temps nécessaire à son intégration. Wulf, figure tutélaire du père, Otto, l’ami d’enfance simulateur épileptique, André le saltimbanque chef de bande, et Germaine, la femme aimée. Autant de personnalités qui ponctuent un périple initiatique. Suivez les variations, les thèmes, les mouvements avec, au centre, un refrain en forme de cadence parfaite. L’Histoire, pour la première fois, est autant à entendre qu’à lire. David Villamejeanne, professeur, parolier et compositeur, signe avec Les yeux noirs son premier roman. Un roman aussi enjoué que l’air dont il porte le titre et aussi doux que le son de la mandoline.
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Les yeux noirs
3 Éditions Le Manuscrit
David Villamejeanne
Les yeux noirs
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
Illustration de couverture :La forêt enchantée, Anne-Laure Sacriste © Anne-Laure Sacriste
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-8478-5 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748184785 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-8479-3 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748184792 (livre numérique)
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Les yeux noirs
Une seconde s’est écroulée depuis le 22 septembre 1905 en Lituanie. Je ne peux m’empêcher de penser que le temps est un vaste chantier qui se fissure trop vite. Mais trêve de lieux communs, tout a commencé là-bas. Loin, si loin de la France. Quand j’y songe, les paysages défilent, les couleurs sont vives. Les Alpes, le Tyrol, la Mazurie, la Lituanie et voilà Vilnius. Rue Walenska. Il y a un début à tout. Un point de départ à l’existence. De mes années en Lituanie, je n’entrevois que des réalités, des évidences. Des faits certains, seulement. Je n’ai plus les saveurs, pas plus que les odeurs, ni même les images. Les sensations défuntes font un signe de la main avant de s’estomper comme un vent nauséabond. Adieu. Ou à rien. Peu importe, il me faut continuer le voyage dans le temps avant qu’il ne soit trop tard, contempler les souvenirs de l’enfance comme si je regardais la mosaïque d’une jeunesse, que je la contais en historien : je sais que j’allais à l’école en traversant le quartier catholique, mais je n’en ai pas conservé le miel, tout ce qui fait que l’on dit qu’un souvenir
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Les yeux noirs est bon ou mauvais. Replonger dans le marais de l’enfance, c’est devenir professeur du souvenir d’un gamin turbulent, écorché, juif. J’ai des connaissances sur ma vie là-bas, sans nostalgie. Je sais que la ville était étrange, l’air y était respirable. Mais c’est toute la Lituanie qui était un pays étrange. Les capitales se succédaient, quelquefois Vilnius, de temps en temps Kaunas. Les envahisseurs aussi défilaient, ils laissaient tomber les habitants en y creusant des sillons de conflits. L’antisémitisme côtoyait la xénophobie, l’homme semblait y synthétiser toutes ses formes, surtout les plus viles. Je n’ai jamais bien su qui dirigeait le pays : les Russes, les Polonais, les Allemands, les Lituaniens ? Peu importe, il y a des lustres que le sort de ce pays ne me concerne plus. De gré ou de force, on m’a contraint à rayer de la carte cette infirme contrée balte. Malgré tout, j’y ai vécu dix-huit ans : un passage. Je sais donc que je suis né à Vilnius le 22 septembre 1905. Je sais que Wulf mesurait deux mètres, que Maman était petite et ronde, que j’étais le deuxième de la famille Bastacki, que mes parents étaient commerçants. Je sais surtout que Wulf, ce géant, ne m’a jamais aimé que comme le prolongement de lui-même, comme un dessein, un pari pour l’avenir. J’étais son projet social. Son avarice affectueuse n’avait pour objet que de me forger un caractère slave. Seul homme de sa progéniture, il affichait une fierté sans bornes dans mes performances et une violence sans limites quant à mes échecs. Ma première réalité avec lui est douloureuse.
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