Lettre à Dora

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John est un jeune Irlandais qui poursuit ses études dans une petite ville de Toscane. L’hôtellerie, à quoi sa mère le destine, l’intéresse moins que Michel-Ange, le soleil, ses camarades italiens et la quotidienne découverte d’un monde latin où il se sent dépaysé avec une sorte d’ivresse prédestinée. Mais il y a une ombre sur ce bonheur, et rien de ce qu’il ressent ne s’épanouit librement en son cœur : un autre lui-même l’habite, et le paralyse, comme un double acharné à ruiner toutes ses entreprises. Pour quelles raisons John ne peut-il répondre à l’amour d’une jeune fille pour laquelle il éprouve plus que de l’inclination ? Quel démon le pousse aussitôt à s’éloigner d’elle ? Cette ombre qui plane sur ses désirs et sur ses affections, il essaye en vain de s’en ouvrir à Dora ; tout au long de ce roman, nous le suivons dans les péripéties d’un amour qui ne parvient pas à s’accomplir ; et s’il écrit une fois une véritable lettre à cette jeune fille, c’est en le voyant agir, penser et rêver devant nous, que nous découvrons le mieux ses contradictions insolubles. John non seulement s’écarte de celle qu’il aime : tous ses faits et gestes, toutes ses réactions restent enveloppées de mystère. Ainsi, comment peut-il se donner l’illusion d’en aimer une autre, alors qu’il déteste jusqu’à l’idée même de l’épouser ? Et pourquoi souffrir à ce point quand son meilleur ami, qui l’attire et l’agace à la fois, séduit celle qu’il a lui-même délaissée ? Un garçon incapable de choisir entre deux femmes : ce pourrait être l’éducation sentimentale d’un timide, et rien de plus. Mais si John ne se résout pas à l’issue naturelle de cette marche nuptiale, c’est qu’un instinct plus fort que sa volonté ne lui permet pas de franchir la porte étroite du mariage. Quelqu’un qu’il ne veut pas voir l’empêche, résolument. Il préfèrera une conduite d’échec et les dérobades successives pour se fuir à travers les autres, amoureusement fermé à son propre secret. On ne sera pas étonné que l’auteur de Mère Méditerranée ait choisi de situer en Italie ce roman d’un charme immédiat et singulier ; mieux que personne, il sait dire avec une passion vraie l’âme de ces paysages blonds ou arides, et celle de ce peuple divers et attachant. On admirera cependant l’art savant avec lequel Dominique Fernandez a écrit et construit ce livre, à la façon d’un labyrinthe, autour de certains thèmes et de certains lieux. Peu à peu, des correspondances s’organisent, la perspective apparaît, et au-delà de l’anecdote, du personnage principal et de son univers miné d’interdits et de hantises, un ton s’impose, prenant, original, insidieux. Comme les bons livres, celui-ci dérange et réveillera quelques uns des mystères enfouis qui sommeillent en chacun de nous.
Publié le : jeudi 25 septembre 1969
Lecture(s) : 42
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246118596
Nombre de pages : 340
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John est un jeune Irlandais qui poursuit ses études dans une petite ville de Toscane. L’hôtellerie, à quoi sa mère le destine, l’intéresse moins que Michel-Ange, le soleil, ses camarades italiens et la quotidienne découverte d’un monde latin où il se sent dépaysé avec une sorte d’ivresse prédestinée. Mais il y a une ombre sur ce bonheur, et rien de ce qu’il ressent ne s’épanouit librement en son cœur : un autre lui-même l’habite, et le paralyse, comme un double acharné à ruiner toutes ses entreprises. Pour quelles raisons John ne peut-il répondre à l’amour d’une jeune fille pour laquelle il éprouve plus que de l’inclination ? Quel démon le pousse aussitôt à s’éloigner d’elle ? Cette ombre qui plane sur ses désirs et sur ses affections, il essaye en vain de s’en ouvrir à Dora ; tout au long de ce roman, nous le suivons dans les péripéties d’un amour qui ne parvient pas à s’accomplir ; et s’il écrit une fois une véritable lettre à cette jeune fille, c’est en le voyant agir, penser et rêver devant nous, que nous découvrons le mieux ses contradictions insolubles. John non seulement s’écarte de celle qu’il aime : tous ses faits et gestes, toutes ses réactions restent enveloppées de mystère. Ainsi, comment peut-il se donner l’illusion d’en aimer une autre, alors qu’il déteste jusqu’à l’idée même de l’épouser ? Et pourquoi souffrir à ce point quand son meilleur ami, qui l’attire et l’agace à la fois, séduit celle qu’il a lui-même délaissée ? Un garçon incapable de choisir entre deux femmes : ce pourrait être l’éducation sentimentale d’un timide, et rien de plus. Mais si John ne se résout pas à l’issue naturelle de cette marche nuptiale, c’est qu’un instinct plus fort que sa volonté ne lui permet pas de franchir la porte étroite du mariage. Quelqu’un qu’il ne veut pas voir l’empêche, résolument. Il préfèrera une conduite d’échec et les dérobades successives pour se fuir à travers les autres, amoureusement fermé à son propre secret. On ne sera pas étonné que l’auteur de Mère Méditerranée ait choisi de situer en Italie ce roman d’un charme immédiat et singulier ; mieux que personne, il sait dire avec une passion vraie l’âme de ces paysages blonds ou arides, et celle de ce peuple divers et attachant. On admirera cependant l’art savant avec lequel Dominique Fernandez a écrit et construit ce livre, à la façon d’un labyrinthe, autour de certains thèmes et de certains lieux. Peu à peu, des correspondances s’organisent, la perspective apparaît, et au-delà de l’anecdote, du personnage principal et de son univers miné d’interdits et de hantises, un ton s’impose, prenant, original, insidieux. Comme les bons livres, celui-ci dérange et réveillera quelques uns des mystères enfouis qui sommeillent en chacun de nous.
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