Limoor (L'oubli)

De
Ouvrage des Editions Salamata coédité par NENA.

La fascination de l'auteur, un jeune citadin, face aux merveilles de la nature de la verte Casamance se traduit tout le long du texte par une succession de tableaux, qui parfois contrastent avec les drames qui s'y déroulent. Et très subtilement, le lecteur est apaisé dans sa frayeur par ces cadres féériques ainsi que les enchantements propres aux paysages du sud du Sénégal.
La dimension de la culture jamaat - peu connue - est exposée avec une interrogation permanente sur le sens et la valeur des coutumes et des cultes. Sans aucune prétention scientifique, l'auteur s'essaie à une explication, une compréhension du milieu, des croyances et des pratiques. Parfois, il s'offre une digression et lâche des coups d'œil intellectuels dans ce monde du perpétuel et du tabou, invitant ainsi le mouvement dans l'inertie conceptuel de la pensée, pour simplement partager sa position sur une question.

La liberté, celle de la femme y est chantée car, c'est presque à un hymne à l'héroïne que toute une communauté s'adonne ! Limoor veut dire littéralement « Oubli », mais pourrait également être traduit comme la « volonté de disparaître », ici c'est celle d'un sujet des siens ou de sa communauté ! C'est le choix opéré par le personnage qui décide de partir - de tourner le dos pour tout oublier et se perdre à jamais - vers des contrées où rien ne lui fera se remémorer cette nuit tourmentée du sud.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782370151278
Nombre de pages : 320
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Prologue

C’était un paisible village, retiré, presque replié en lui-même; vivant à son rythme loin de toute influence étrangère. Barafaay c’était le nom.
C’était l’Afrique d’hier, originale et authentique. Cette Afrique qu’aujourd’hui l’on ne saurait se remémorer ni par le cœur et encore moins par l’esprit.
Dans sa dignité et sa modestie, le village de Barafaay avait son soleil, sa lune, sa joie, sa raison de vivre, son orgueil et sa perle. Son Eros, Dieu de l’Amour, qu’incarnait la belle et douce Kiné.
Barafaay vivait toujours au rythme de sa perle. Quand elle apparaissait dans la matinée, tout s’illuminait, comme si le soleil n’atteignait pas cet univers de toute la lueur de ses rayons. Avec Kiné tout s’animait, se mouvait à son rythme; on eût dit qu’elle soufflait la vie à tout ce qu’elle approchait, ou simplement regardait.
Pleine de grâce, de générosité, elle vivait dans ce petit monde sans aucune allure de suprématie. Elle contribuait à parfaire le mélange total, car par son intermédiaire, le divin et l’humain se trouvaient enfin unis dans cet espace béni devenu l’Éden des Tropiques.
Kiné ! Douce Kiné, oh ! Combien majestueuse dans son geste, généreuse et impériale dans son regard.
Que de finesse dans sa démarche, de tendresse dans ses yeux. Qu’elle était belle !

Tout Barafaay l’aimait, l’adorait, la respectait; tous se l’appropriaient au plus profond des cœurs. Chaque habitant de Barafaay, en lui rendant service ou en la saluant, s’y prenait avec une telle ferveur et un tel dévouement qu’on eût dit qu’il s’attelait à un acte purement religieux, à une prière.
Et qui dans sa prière, dans son geste de croyant ne cherchait pas à s’approprier et à s’attirer - à lui seul - les faveurs de l’Être glorifié ?
Kiné était une Déesse pour Barafaay, comme Cléopâtre VII fut reine d’Égypte.
Son nom sortait de toutes les bouches, et on ponctuait un récit par : « Je le jure au nom de toute la splendeur de Kiné ! » et cela suffisait pour donner crédibilité, vérité et validité à toute version de faits dans les débats et causeries d’adultes ou d’adolescents.
Tous les habitants de Barafaay n’avaient qu’une seule et même âme, Kiné. Qu’une seule et même joie de vivre, Kiné.
Tous ? Certes tous ! Tous admiraient, tous aimaient, et louaient Kiné. Oui tous ! Sauf un seul habitant de Barafaay : le vieux Djaraay, qui en toute modestie lui vouait un amour de patriarche. Kiné était sa petite-fille, fille unique de son fils unique Jito et de sa belle-fille, Sarata, qui était la fille unique de sa cousine germaine Akouye.
Ainsi, le village de Barafaay, l’Éden des Tropiques, si paisible et si placide n’avait eu de son existence qu’un seul et unique péché : l’amour aveugle, qu’il vouait à un être de chair au point d’oublier Atijamit, Dieu Suprême qui était l’essence, le souffle de toute vie et de tout l’univers.
Et c’est dans cette singulière succession d’interminable « unique » qu’allait naître et grandir la douce et ravissante Kiné.
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