Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 6,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Partagez cette publication

Vous aimerez aussi

La coque trouée

de coedition-nena-editions-salamata

Le regard de l'aveugle

de coedition-nena-editions-salamata

Insomnie rebelle

de coedition-nena-editions-salamata

suivant
Prologue

C’était un paisible village, retiré, presque replié en lui-même; vivant à son rythme loin de toute influence étrangère. Barafaay c’était le nom.
C’était l’Afrique d’hier, originale et authentique. Cette Afrique qu’aujourd’hui l’on ne saurait se remémorer ni par le cœur et encore moins par l’esprit.
Dans sa dignité et sa modestie, le village de Barafaay avait son soleil, sa lune, sa joie, sa raison de vivre, son orgueil et sa perle. Son Eros, Dieu de l’Amour, qu’incarnait la belle et douce Kiné.
Barafaay vivait toujours au rythme de sa perle. Quand elle apparaissait dans la matinée, tout s’illuminait, comme si le soleil n’atteignait pas cet univers de toute la lueur de ses rayons. Avec Kiné tout s’animait, se mouvait à son rythme; on eût dit qu’elle soufflait la vie à tout ce qu’elle approchait, ou simplement regardait.
Pleine de grâce, de générosité, elle vivait dans ce petit monde sans aucune allure de suprématie. Elle contribuait à parfaire le mélange total, car par son intermédiaire, le divin et l’humain se trouvaient enfin unis dans cet espace béni devenu l’Éden des Tropiques.
Kiné ! Douce Kiné, oh ! Combien majestueuse dans son geste, généreuse et impériale dans son regard.
Que de finesse dans sa démarche, de tendresse dans ses yeux. Qu’elle était belle !

Tout Barafaay l’aimait, l’adorait, la respectait; tous se l’appropriaient au plus profond des cœurs. Chaque habitant de Barafaay, en lui rendant service ou en la saluant, s’y prenait avec une telle ferveur et un tel dévouement qu’on eût dit qu’il s’attelait à un acte purement religieux, à une prière.
Et qui dans sa prière, dans son geste de croyant ne cherchait pas à s’approprier et à s’attirer - à lui seul - les faveurs de l’Être glorifié ?
Kiné était une Déesse pour Barafaay, comme Cléopâtre VII fut reine d’Égypte.
Son nom sortait de toutes les bouches, et on ponctuait un récit par : « Je le jure au nom de toute la splendeur de Kiné ! » et cela suffisait pour donner crédibilité, vérité et validité à toute version de faits dans les débats et causeries d’adultes ou d’adolescents.
Tous les habitants de Barafaay n’avaient qu’une seule et même âme, Kiné. Qu’une seule et même joie de vivre, Kiné.
Tous ? Certes tous ! Tous admiraient, tous aimaient, et louaient Kiné. Oui tous ! Sauf un seul habitant de Barafaay : le vieux Djaraay, qui en toute modestie lui vouait un amour de patriarche. Kiné était sa petite-fille, fille unique de son fils unique Jito et de sa belle-fille, Sarata, qui était la fille unique de sa cousine germaine Akouye.
Ainsi, le village de Barafaay, l’Éden des Tropiques, si paisible et si placide n’avait eu de son existence qu’un seul et unique péché : l’amour aveugle, qu’il vouait à un être de chair au point d’oublier Atijamit, Dieu Suprême qui était l’essence, le souffle de toute vie et de tout l’univers.
Et c’est dans cette singulière succession d’interminable « unique » qu’allait naître et grandir la douce et ravissante Kiné.