Logan Rock

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Eté 1964, Logan Rock, Cornouailles. Point de départ dans la carrière de sept jeunes peintres. Leur quête d'un art sans contrainte et d'une vie sans entrave se heurte sans cesse aux pressions sociales et aux ambitions individuelles. Deux expositions les consacrent, puis le groupe d’artistes disparaît. Et vingt ans plus tard, au pied du rocher où tout a commencé, son instigateur se donne la mort. Cette histoire aurait pu rester une vague légende. Jusqu’à ce qu’une femme vienne livrer son témoignage. Avec Logan Rock, c’est toute l’histoire de cette jeunesse perdue qu’Isabelle Richet retrace, des années soixante aux années Thatcher.
Publié le : lundi 20 juin 2011
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782304030143
Nombre de pages : 243
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Titre
Logan Rock
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Titre Isabelle Richet
Logan Rock
Roman
5 Éditions Le Manuscrit Paris
© Éditions Le Manuscrit 2009 www.manuscrit.com © Couverture :Diamond, Asamï Nishimura/ Galerie Premier Regard ISBN : 978-2-304-03014-3 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304030143 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03015-0 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304030150 (livre numérique)
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Tout était un peu irréel dans ce rendez-vous. L’endroit d’abord. « Vous connaissez la Maison Bertaux à Soho ? » avait-il demandé, puis, sans attendre de réponse, il avait annoncé d’un ton péremptoire « Au premier étage. A 9 heures ». Pour les deux rendez-vous suivants, il s’était montré plus prévisible. Un endroit glacé et aseptisé sur Hoxton Square – près de son bureau. Un salon de thé soigneusement défraîchi à Notting Hill – près de chez lui. Il avait expliqué sur le ton de l’évidence que son club ne ferait pas l’affaire. Son club ? « Le Groucho » avait-il précisé avec un lever de sourcils de circonstances. Non loin d’ici, sur Dean Street. « Trop de vieilles connaissances », avait-il ajouté sur un air entendu n’appelant aucun commentaire. Elle n’en avait pas fait. D’un commun accord, ils avaient donc décidé de se retrouver au cours des semaines suivantes dans ce café oublié, qui survivait contre toute logique au milieu d’imitations de trattorias toscanes, de bars à tapas criards, de magasins aux décors ascétiques et aux lumières frigides, aussi étranger à leur passé qu’à leur présent,
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et toujours vide à l’heure matinale où ils s’y retrouvaient. Ce premier matin, elle était arrivée très en avance et avait pris position au premier étage, près de la seule fenêtre donnant sur la rue. Des brassées de nuages cendrés enveloppaient le quartier dans une pénombre mouvante, hésitant entre l’aube et le crépuscule. Les activités aussi semblaient balancer entre le jour et la nuit. Sur le trottoir d’en face, un club en sous-sol dégorgeait ses derniers clients qui s’égaillaient en désordre au milieu de la chaussée. Ils bousculèrent en riant trop fort un couple de livreurs adossés à des caisses empilées, attendant que le patron d’une minuscule épicerie ait levé son rideau de fer recouvert de tags multicolores. Une vieille femme toute ratatinée agitait prestement son balai entre les uns et les autres, lançant à la cantonade des menaces incompréhensibles, comme une sorcière maléfique surgie d’un autre âge. On ne sera pas dérangés ici. Elle ne l’avait pas entendu monter l’escalier et sursauta bêtement au son de sa voix. S’il avait décidé de la déstabiliser, il s’y prenait très bien. Elle était partie de chez elle bien déterminée à établirtout de suite les règles, à fixer les termes et les limites de leur collaboration, à lui fournir la liste des questions auxquelles elle accepterait peut-être de répondre. Elle s’était même habil-
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