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Logiciel mon amour

De
180 pages
Si Big brother a disparu, Star trek sera bientôt dépassé par une écologie gérée par l'Ethique. Dans ce monde libéral policé par les spécialistes et les amuseurs, les actrices pornographiques voudraient défiler dans la haute couture, les putains peuvent être recyclées dans les agences d'adoption, et les artistes reconnues sont protégées par d'anciens casques bleus. Le discours amoureux est administrativement codifié, pendant que la jeunesse, émancipée par le X, est protégée par la brigade des mœurs. C'est depuis cette société libérée par le virtuel qu'un enfant de notre futur émet son message sibyllin, à la fois innocent et logique, ironique et lucide.
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ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 274811213X (pour le fichier numérique) ISBN: 2748112121 (pour le livre imprimé)
Avertissement de l’éditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. D’éventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de l’ouvrage, le texte en l’état. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte
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J’avais prévenu Jules, mais il n’a pas voulu me croire. Depuis longtemps je me méfiais, on nous avait découverts à coup sûr, ou alors maman avait une intuition du tonnerre, comme ceux qui voient à travers l’écran de la télé. Il est pourtant intelligent, Jules, mais il ne se méfie pas assez. Il fait confiance à tout le monde, sauf au Maître bien sûr. Il aime bien l’école, mais seulement pour les images et ce que le Maître dit dessus. Après il regarde par la fenêtre et le Maître n’est pas content, c’est normal, et il lui donne des calculs. Pour se venger Jules a inventé des plans. D’abord avec des frelons, en les mettant dans le congélateur on pourrait sûrement s’en servir plus tard, surtout pour le venin. En période d’école on préparerait des flèches avec l’abdomen pointu du frelon pour surprendre le Maître chez lui. Jules a dit un jour à notre copain Paul que plusieurs piqûres de frelon peuvent tuer un homme. Paul était toujours devant la télé, mais les émissions qui expliquent les animaux ne l’intéressaient pas. Alors il avait ri et Jules s’était vexé. Il m’a expliqué bien plus tard que Paul était abruti par la télé sans rien comprendre aux choses. A son âge il ne savait même pas faire un plan, à force de voir des films.  « Paul est un maître à l’envers, qui ne sait rien, mais pareillement « idiot ». Jules dit beaucoup de gros mots et maman ne veut plus que je
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le fréquente. Elle est devenue méfiante et c’est facile à comprendre, seulement Jules ne fait plus attention quand il a un plan en tête. C’est pour ça que les deux techniciens blancs sont venus avec leurs belles valises qui brillaient à la lu mière du salon. J’aurais bien voulu en avoir une comme ça pour mettre mes affaires, parce qu’elles sont protégées même en tapant dessus, alors que le cartable est plutôt mou comme un ventre. Jules au rait bien voulu avoir une valise comme ça lui aussi, pour transporter toutes ses bouteilles. Mais pour ces deuxlà les valises n’étaient pas un jeu, car elles étaient pleines d’outils, surtout des appareils à ca drans. Maman a bien dit qu’il ne fallait pas y tou cher, et que ça fait mal aux yeux à force de regar der. Et puis ça pouvait être électrique. C’est bizarre parce qu’elle ne comprend rien à l’électricité, encore moins que Jules, qui est comme moi spécialisé en chimie. Mais je suis plutôt intéressé par les miné raux, et lui par les flacons. Alors trois autres messieurs sont arrivés, habillés en bleu et plus vieux que les premiers. Ils parlaient seulement entre eux, parfois dans une espèce de langue, comme de l’espagnol et de l’italien mélan gés, avec des phrases courtes, alors que ceux en blouse blanche parlaient souvent avec des chiffres. Paul m’avait déjà dit que c’était de l’algèbre, mais il n’a jamais su m’expliquer à quoi ça sert. Le Maître a dit qu’on verrait plus tard, avec la recherche des inconnues, mais qu’à notre âge c’était encore difficile à comprendre. Quand c’est comme ça il ne faut plus poser de questions, autrement le Maître nous dit d’apprendre à parler, au lieu d’être comme des ânes qui font les malins avec les affaires des grands. D’après lui nous serons toujours à temps pour « exercer notre intelligence ». C’est une phrase qui lui plaît, c’est sûr, « s’exercer à l’intelligence », mais je ne comprends pas la signification, parce
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qu’on s’exerce sur le tapis seulement en gymnas tique. Jules pense que l’intelligence est un cadeau, et que tous les exercices du monde n’auraient jamais fait sortir Paul de sa bêtise. Il a peutêtre raison, Jules, mais moi j’ai rien com pris à leurs paroles d’algèbre, et maman non plus d’ailleurs. Seulement elle est intelligente d’un autre côté, dans sa spécialité « où il n’y a que des lettres », avec une machine qui les rassemble pour mieux les travailler. Elle dit que je suis encore trop petit pour comprendre un spécialiste, qui est très intelligent dans son domaine afin d’éviter aux autres d’appro fondir leurs leçons. C’est pour ça que maman peut continuer à taper sur sa machine personnelle, pen dant que les autres font leur travail d’un autre côté indépendant. D’ailleurs ils peuvent remplacer papa, lorsqu’il vole dans son supersonique. Maman a dit que les portes et surtout les réparations des Sécu rités sont des travaux pour homme. Les hommes s’échangent tous ces travaux pendant que nous res tons tranquilles pour apprendre nos leçons, en atten dant notre spécialité. Alors les types en bleu, pendant que les blancs discutaient avec des lettres inconnues et des chiffres mélangés aux phrases, ont démonté notre belle porte et maman les a surveillés avant de partir pour chan ger de robe. Elle a dit que des spécialistes plus com pliqués allaient venir, encore plus forts que les tech niciens, en tout cas dans leur domaine, mais habillés comme nous autres, et toujours propres.  « Tu ver ras petit Pierre comme c’est intéressant : la nouvelle porte fermera mieux et tu n’auras plus peur ». Je sais qu’elle a deviné nos plans, mais Jules ne veut pas le comprendre. Il croit que je ne vois pas les choses et commence lui aussi à faire le malin. Les hommes en bleu n’écoutaient pas du tout les hommes en blanc. Moi au début je croyais que les couleurs des blouses faisaient comme des galons,
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et que les costumes des ingénieurs étaient un peu comme les vestes des capitaines. Maman a dit qu’ils commandent plutôt par la connaissance des choses très importantes, même si les autres savent plus de choses à la fois. Puisque maman m’avait déjà expli qué le comportement des obéissants, j’ai cru que les blancs allaient se mettre à gouverner un peu comme à l’école le Maître avec nous. Pourtant c’était bi zarre, les blancs et les bleus se croisaient, et disaient seulement quelques mots pour s’excuser les uns les autres d’être au milieu des opérations. Les blancs ne commandaient pas vraiment les bleus, mais res taient à part, et ils ont attendu que trois autres habillés en orange arrivent avec des caisses. Ça je le savais depuis longtemps, les jaunes ou oranges étaient des livreurs, car on pouvait facilement leur commander des pizzas. Donc les bleus se sont occupé de la porte et les oranges ont fait signer aux blancs un cahier, puis ils sont repartis en disant que c’était bien lourd. D’après eux c’était vraiment bizarre d’avoir tout ça comme porte, mais ça devait être moderne et coûter beaucoup d’argent. J’ai compris qu’euxmêmes étaient trop pauvres pour pouvoir se payer un sys tème comme ça. Ils en auraient bien voulu un pour eux tous seuls, au lieu de le porter chez les autres pour qu’ils en profitent. Les blancs de leur côté sans rien dire ont ouvert les boîtes en gros carton. Ils ont commandé aux bleus, qui avaient fini d’enlever notre vieille porte, de faire un trou dans le mur pour y fixer les visiophones. Les autres ont répondu  « pas de problème, ça sera facile avec ce mur, puisque c’est vide juste derrière ». Puis les bleus ont regardé dans les caisses, et celui avec une moustache qui brillait, foncé du visage et les yeux presque noirs a dit  « oh là là ! », avec un drôle d’accent, comme si toutes les caisses étaient vraiment compliquées, alors qu’on n’y voyait pas grand chose à cause des
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