Lola Montès, favorite royale

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Lola Montès fut une célèbre actrice, danseuse et courtisane du XIXème siècle, intime de Franz Liszt et Louis Ier de Bavière. "Elle était née cent ans trop tard. Au XVIIIème siècle, elle pu tenir un grand rôle - avec le goût en moins et le courage en plus, jouer les Pompadour. Elle a même été un moment d'histoire : à ce titre, elle méritait peut-être un souvenir - et ce sera l'excuse des pages qui précèdent".
Publié le : mercredi 1 janvier 1936
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EAN13 : 9782246798590
Nombre de pages : 224
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DU MÊME AUTEUR
Chez Plon-Nourril et Cie.

Les grandes mystifications littéraires, 1re série.

Les grandes mystifications littéraires, 2e série (Couronné par l’Académie française).

Augustin Thierry d’après sa correspondance et ses papiers de famille (Couronné par l’Académie française). Prix Marcelin Guérin, honoré d’une souscription du Ministère de l’Instruction publique et du Comité France-Amérique).

Trois amuseurs d’autrefois : Carmontelle, Collé, Moncrif.

Une héroine romantique : la Princesse Belgiojoso (couronné par l’Académie française, prix Bordin).

Un colonial au temps de colbert : Robert Challes, écrivain du Roi (Honoré d’une souscription du Ministère de l’Instruction publique).

Mémoires de robert challes : Voyage aux Indes d’une escadre française (1690-1691).

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Un ménage d’aventuriers.

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Les « récits des temps mérovingiens » (collection des grands événements littéraires).

Les « liaisons dangereuses » (collection des grands événements littéraires).

Aux Editions Bernard Grasset.

Le Prince impérial.

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

© Éditions Grasset & Fasquelle, 2012.

9782246798590 — 1re publication

A MA FILLE

MADAME YVES DELAGE

Ad juvandum, non ad probandum

I

DES INDES A L’OPÉRA

I

UNE PETITE FILLE DEVANT SON MIROIR

Une petite fille, à sa toilette, se mire, s’admire, sourit, minaude et prend des poses ; une petite fille de neuf ans, dans une grande maison triste d’Irishtown, le vieux quartier de Limerick, au vert pays d’Érin.

Brune, longue, souple, élancée, le teint chaud, la bouche mignonne, le nez parfait, elle promet déjà d’être fort jolie ; d’immenses yeux d’un bleu sombre ombragés de cils opulents, lui « mangent » le visage, comme disent les bonnes gens. Les bonnes gens ajoutent qu’elle est sournoise, fantasque, autoritaire, emportée, vindicative, sujette à des accès de colère folle qui se terminent en convulsions. Ils affirment aussi « qu’elle ment comme elle respire ».

Sur les registres de l’antique cathédrale Sainte-Mary, avec la date de sa naissance, 23 juin 1818, figurent les prénoms qu’elle reçut au baptême : Marie-Dolorès-Élisa-Rosanna ; son parrain et sa marraine sont : John O’Reilly, esq. captain au 44e régiment d’infanterie et dame Collins, épouse Twinberrow.

Elle est de bonne souche. Son père Edward-William Gilbert, également officier au 44e1 est le fils cadet de sir Edward Gilbert, gros propriétaire du comté. D’âge en âge, la prétention de tous ces Gilbert est de se rattacher à un grand aïeul, sir Humphrey Gilbert, navigateur illustre et découvreur de terres au temps d’Elisabeth. Ascendance évidemment flatteuse, si tous les généalogistes ne la démentaient point.

La mère, d’extraction plus modeste, n’est qu’une Oliver, patronyme assez répandu sur les bords du Shannon : mariage d’amour que n’a pas approuvé l’orgueilleux baronnet. Lady Margaret a grande réputation de beauté, moins bon renom de vertu. On clabaude volontiers sur son compte et celui du capitaine O’Reilly, le meilleur ami du ménage.

Somme toute, naissance régulière dans le milieu le plus honorable. Plus tard, Lola — ainsi, d’un diminutif caressant, désigne-t-on la petite Dolorès — voudra magnifier ses origines, en les pimentant d’un attrait mystérieux. Depuis Childe Harold, l’Espagne est fort à la mode outre-Manche : elle se dira donc enfant naturelle de Byron, travestira la fille de Patrick Oliver, d’old Key street, groceries, wines and spirits, en señora Olivierres de Montalvo, d’une aristocratique famille andalouse, issue d’un compagnon de Boabdil2, nommera les hidalgos Miguel et Juan ses oncles, sans oublier ses tantes non moins imaginaires, la marquise de Pavestra, la comtesse de Villa-Palma.

Et, comme les sept villes grecques revendiquaient l’honneur d’avoir vu naître Homère, cette irlandaise doublement irlandaise, ayant sucé le lait d’une nourrice irlandaise, laissera disputer ses admirateurs si elle est grenadine, hindoue, cypriote, ottomane ou créole.

Peut-être finira-t-elle par croire à la réalité de ses fantômes, car, notons-le dès à présent, c’est une mythomane qui, comme tous les mythomanes, se laisse parfois prendre à la folle du logis. Si bien qu’il est, le plus souvent, malaisé de reconnaître, dans ses affirmations, où commence le mensonge, quand s’altère la vérité. Seulement sa mythomanie, toujours pratique, servira toujours au mieux ses intérêts ou ses ambitions.

Ce n’est encore qu’une petite fille qui sourit et minaude et prend des poses devant son miroir.....

Oui, mais quand Mrs Gilbert surprend sa fille à ce narcissisme, sa respectabilily s’offusque, dont les révoltes se traduisent en taloches qui laissent la gamine enragée, trépignante et meurtrie.

C’est sa faute après tout, sa grande faute, à cette mère imprudente. Pourquoi, l’an dernier, conduisit-elle Lola à cette représentation de gitanas où d’accortes sévillanes, dans l’envol onduleux des jupes pailletées et des châles de Manille, révélèrent aux pudiques indigènes du Munster, les capiteuses beautés du tango et de la rota ?

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