Louise

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« Louise va bien. C’est un principe de base. Une loi fondamentale. Alice est enfermée, Jean est perdu, Marie et Roger ont pris quinze ans dans la figure. Ne vous inquiétez pas, il en faut plus pour entamer Louise ! Elle est forte. C’est un soleil et le soleil ne s’éteint pas. Même la fée Clochette se remet à briller quand on recommence à croire en elle. »
La sœur de Louise, Alice, se noie dans l’alcool. Roger et Marie, leurs parents, les noient dans un trop-plein d’amour. Louise, elle, va tout faire pour garder la tête hors de l’eau.
Roman à l’écriture affûtée, Louise plante son scalpel au cœur des relations familiales. Autopsie d’un bonheur obligé, d’un débordement d’affection qui provoque l’asphyxie, il est un lumineux récit d’apprentissage et une formidable leçon de vie.
Publié le : mercredi 20 août 2014
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EAN13 : 9782756105284
Nombre de pages : 164
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Julie Gouazé
Louise
roman





«  Louise va bien. C’est un principe de base.
Une loi fondamentale. Alice est enfermée,
Jean est perdu, Marie et Roger ont pris
quinze ans dans la figure. Ne vous
inquiétez pas, il en faut plus pour entamer
Louise  ! Elle est forte. C’est un soleil et le
soleil ne s’éteint pas. Même la fée
Clochette se remet à briller quand on
recommence à croire en elle.  »

La sœur de Louise, Alice, se noie dans
l’alcool. Roger et Marie, leurs parents, les noient dans un trop-plein d’amour. Louise,
elle, va tout faire pour garder la tête hors
de l’eau.
Roman à l’écriture affûtée, Louise plante
son scalpel au cœur des relations
familiales. Autopsie d’un bonheur obligé,
d’un débordement d’affection qui provoque
l’asphyxie, il est un lumineux récit
d’apprentissage et une formidable leçon de
vie.

Julie Gouazé est née en 1977 à Lyon. Elle
vit aujourd’hui à Paris. Louise est son
premier roman.

© Éditions Léo Scheer, 2014.
© Photo de Sophie Schulze : Thierry Rateau


EAN numérique : 978-2-7561-0527-7978-2-7561-0528-4
EAN livre papier : 9782756104515
www.leoscheer.com LOUISE© Éditions Léo Scheer, 2014
www.leoscheer.comJULIE GOUAZÉ
LOUISE
roman
Éditions Léo ScheerPour Sophie au pays des merveilles.
Pour Léopold et Armand, mes lutins ensoleillés.I
Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise
aura 18 ans. Ce week-end est le dernier avant
l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc.
Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.
Plus âgée, Alice est partie il y a des années faire sa
vie ailleurs. Son départ, Louise s’en souvient
encore. De la déchirure. De la solitude. Du cœur
qui se serre. Et du silence qui s’abat sur la maison.
Qu’il est assourdissant, ce silence. Elle met les
mains sur ses oreilles pour ne pas l’entendre.
Avant, Louise s’endormait bercée par les 45 tours
d’Alice. Le son arrivait dans la chambre mais la
chaîne était dans le salon. Il fallait aller les retourner
tout le temps. Entre les disques d’Alice et ceux de
ses parents, Louise s’est forgé une culture musicale
qui ne ressemble pas à celle de ses copains. À
l’époque, elle se serait damnée pour avoir un vinyle
de Jeanne Mas et elle chérissait par-dessus tout sa
cassette Les Hits des années 80. À la maison, pourtant,
9selon l’heure de la journée, elle allait de Brassens à
Angelo Branduardi en passant par Ferrat, Maxime
Le Forestier, Ogeret, les Clash, Marie-Paule Belle,
Bobby Lapointe, Serge Reggiani, Renaud,
Charlebois… Brel était considéré comme misogyne
et Serge Lama n’avait pas droit de cité. Guy Bedos
avait la cote. Raymond Devos était adulé. Et Zouc,
avec sa robe noire et sa gueule de travers, tirait
encore des larmes.
Louise ne supportait pas de s’entendre dire
qu’elle était un peu comme une fille unique.
Quatorze ans d’écart, c’est comme si elle avait eu
une deuxième maman. Non ! Louise a une sœur.
Une sœur chérie. Adorée. Imitée. En fouillant bien
dans sa mémoire, Louise pourrait se souvenir
d’une soirée dans un restaurant chinois avec Alice
et ses copains. Elle avait tellement insisté pour faire
partie de l’une des virées nocturnes de sa grande
sœur. Alors ça y est, elle est assise là. Il fait nuit.
Et c’est le bonheur. Aujourd’hui, les restaurants
chinois, elle déteste. Pendant des années, Louise a
gardé précieusement un tee-shirt à capuche, avec
des rayures bleues, jaunes et roses, parce qu’Alice
avait le même. Après le départ de sa sœur, Louise
allait faire régulièrement des incursions dans sa
chambre inoccupée. C’est là qu’elle a récupéré un
vieux pyjama orange en éponge. Des pulls tricotés
10main. Lorsqu’elle ouvre la porte de la chambre, la
vie est partie. Reste encore un peu l’odeur d’Alice.
Alors Louise ferme les yeux. Elle revoit les débuts
de soirée d’hiver lorsque la nuit était déjà tombée
et que sa sœur travaillait, penchée sur sa table
d’architecte, son Rotring à la main. Elle entend
encore le grattement de la lame de rasoir sur le
calque. Un parfum mélangé de savon, de déodorant
et de fumée de cigarette. La seule qui avait le
droit de fumer dans sa chambre sans s’attirer des
regards noirs, c’était Alice. Tout, pourvu qu’elle
rentre. Surtout, qu’elle reste. Encore un peu. Une
minute. Toujours. Tout était beau, chez Alice. Tout
était parfait. Elle sentait bon. Elle était belle. Elle
était drôle. Et comme la vie reprenait lorsque Alice
était à la maison ! Quand l’homme qui venait
d’entrer dans sa vie était là, c’était beaucoup moins
bien. Il la taquinait jusqu’à ce qu’elle pleure. Pour
rien. Par jeu.
Et puis les années ont passé. Le collège. Le lycée.
Un soir, Louise est rentrée à la maison. Sa mère lui
a lancé de la cuisine : « Ta sœur est enceinte. » Un
bébé ? C’est du sérieux, là. Alice est une brindille.
Une brindille au pays des saucisses. Les deux
jeunes gens ont déménagé en Allemagne. Alice
mange comme six. Un soir de dîner, elle remplit
son ventre rond de fromage à raclette. Alice repart.
11Elle accouchera en Allemagne. D’un garçon. Jean.
Une crevette. Sur les premières photos, il est relié à
des fils, chétif et minuscule. Jean a failli ne pas
ressortir de l’hôpital. Quelques semaines après,
Louise a fait le voyage avec sa mère pour aller voir
le miraculé. Elles ont pris le train de nuit toutes
les deux. Alice fatiguée mais rayonnante qui se lève
la nuit pour le nourrir. Louise a quinze ans, les
cheveux ondulés et des boutons sur le visage. Elle
porte des pantalons informes et des pulls jaunâtres.
C’est très moche. Mais ce bébé ne semble pas le
voir. Il s’accroche à son doigt et l’écoute chanter.
C’est le bébé d’Alice. Un bout d’Alice. Louise l’aime
très fort.
Trois ans après, c’est un garçonnet aux anglaises
toutes blondes qui débarque en ce dimanche chez
les parents de Louise, tenant la main de sa mère.
Roger est allé les chercher en Allemagne. Alice ne
pouvait pas voyager seule. Elle a appelé au secours.
Alice tremble. Elle tremble tellement que Marie
devra la nourrir à la fourchette. Sous les yeux de
Louise. L’épreuve de philo, c’est demain. Et sa
mère donne la becquée à sa grande sœur. Alice
boit. Alice est alcoolique. La philo, c’est demain.
Le sujet : « Une passion sans illusion est-elle
possible ? » Louise n’a pas croisé le regard d’Alice ce
soir-là. La philo, c’est demain. Et Louise pleure.
12Qui est cette femme aux yeux creusés, aux cernes
noirs et au pauvre sourire ? Où est Alice ? Rendez-lui
Alice ! La philo, c’est demain. Et Louise ne dit rien.
La philo, c’est demain. Et le cauchemar commence.II
Le lendemain, Louise est en retard. Le centre
d’examens est loin, dans un quartier appelé «
ÉtatsUnis ». Son père l’accompagne en voiture. Il brûle
tous les feux rouges et la dépose devant la porte du
lycée. Louise court. De cette semaine d’épreuves
écrites, elle ne garde que de vagues souvenirs. Ses
parents sont venus la rejoindre un jour pour
déjeuner avec elle. Peut-être entre les
mathématiques et l’anglais. Ou l’histoire et la physique. Elle
ne sait plus. Elle ne voit plus ni les murs ni les
visages. À la fin de la dernière épreuve, Louise est
sortie sur le trottoir. Il faisait sûrement soleil. Le
vide à l’intérieur d’elle. Même pas envie de faire la
fête. Avec un été infini qui s’étirait sous ses yeux.
Les villes, quand il fait chaud, paressent au soleil.
De l’ennui du matin et de l’après-midi. Quand la
nuit tarde à venir et que le sommeil fuit. La fenêtre
est ouverte. Louise entend les oiseaux qui pépient
encore le soir. Les étourneaux et les moineaux. Ils
15sont dehors. Pas elle. Louise est dedans. Dans le
dedans de la maison. Et dans le dedans d’elle.
Elle trempe ses pieds dans le ruisseau qui
serpente sur la place de l’opéra. La place est blanche.
Accablée de chaleur. Louise retourne les jambes de
son jean. Pas trop. Pour ne pas montrer ses jambes.
Louise ne s’épile pas alors elle a un peu honte. Elle
voudrait s’acheter une jupe longue pour cacher
ses longues jambes blanches. Des poils contre une
bouteille d’alcool, de la futilité contre le drame.
Elle regarde les jupes des filles. Louise trempe les
pieds dans l’eau. Elle attend les résultats du bac.
Elle l’a, c’est sûr. Peut-être ses parents souriront-ils.
Un peu, mais pas longtemps. Juste le temps d’une
larme qui sèche avant qu’une autre coule de
nouveau, poussée par la suivante.
Le matin des résultats, tout le monde est là. Ses
parents. Alice aussi. Elle ne sait plus qui est allé
voir les résultats. Elle a réussi et pourtant elle ne se
souvient plus du sourire de ses parents. Elle ne se
rappelle que de son étonnement face à l’absence
de bonheur, de jubilation. Elle a le bac. Et alors ?
Les autres crient leur joie ou leur désespoir. Les
rondes s’improvisent. Louise est debout. Les
émotions tourbillonnent autour d’elle. Elle voudrait
tendre la main pour en attraper une. La faire
sienne. Elle attend le rire. Elle lui ouvre les bras.
16Mais rien ne vient. Si c’est ça la réussite, à quoi
bon ? Ses amis attendent le soir pour s’enivrer. Ça
commence aujourd’hui. Les soirées à répétition,
l’été, la vie. Louise pense qu’elle n’a rien fait. Elle
est restée dans le dedans. Marc est au rattrapage. Il
va réviser jusqu’en juillet. Sur le petit bureau de
son père. À la merci de ses colères et de son poing.
Alors Louise retourne tremper ses pieds dans le
ruisseau. Elle a toujours son jean retourné sur les
chevilles. Elle n’a toujours pas de robe longue. Elle
a chaud dans son pantalon. Mais elle préfère. Car
dans le dedans, il fait froid et il fait noir. Dans la
pénombre de l’alcôve, sa mère est couchée sur le
canapé. La télévision est éteinte. Le silence est
allumé. Louise entend la respiration difficile de sa
mère. Quand Marie est malheureuse, elle respire
mal. Elle cherche son souffle. Louise ne peut pas
caler sa respiration sur celle de sa mère. C’est
l’hyperventilation assurée. Louise veut vivre mais
elle se traîne.
De ces jours sans fin. Toujours recommencés.
Pareils aux précédents. Et pareils aux suivants.
Louise n’a qu’un seul souvenir précis. Celui de
la langue de Nicolas dans son oreille. Mouillé.
Dégoûtant. Mais vivant.
De l’été, rien. Louise ira à la fac. De ce grand
bâtiment des années 1970 aux cailloux glissants
17XLI
— Bonjour, je m’appelle Louise…
— Bonjour, Louise.
— Je suis la sœur d’Alice qui n’a pas bu depuis
4 974 jours.
Applaudissements.
— Bravo Alice.

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