Louise n'a rien oublié...

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Non, Louise n'a pas peur. La peur... elle a oublié ce que c'était ! Louise n'a pas peur, Louise a froid, elle grelotte de solitude, mais comme un petit soldat, elle avance. Louise se raccroche à des étoiles au ras du sol, des appels de phares pour tenter de retrouver son amour perdu... Louise, 80 ans, marathonienne de renom, perdue. Mathilde, 20 ans, chanceuse à en crever, perdue. Deux femmes face à leur destin, leur destruction, leur départ et leur survie. Drôle d'idée!
Publié le : jeudi 6 mars 2003
Lecture(s) : 134
EAN13 : 9782748128901
Nombre de pages : 96
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Louise n a rien oubliØ...Muriel Lozac h
Louise n a rien oubliØ...
NOUVELLES












 ditions Le Manuscrit, 2004
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
TØlØphone : 01 48 07 50 00
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-2763-3 (fichier numØrique)
ISBN : 2-7481-2762-5 (livre imprimØ) LesappelsdepharesontcessØ. Louiseestenroute
vers son aimØ.
Une pluie serrØe bat à les Øtrangler les carreaux
vert de gris de la fenŒtre mal fermØe. La femme, en
pantalon de sport bleu marine au pli saugrenu mais
parfait, à la permanente ondulØe dØmodØe mais soi-
gneusement copiØe sur celle de Rita Hayworth, au
corsage en dentelle des brodeuses de coiffes bre-
tonnes, la femme, prØpare le cafØ.
La cafetiŁre italienne en alu grossier ne sait plus
oø se poser. Elle vaque entre des mains malhabiles
et hØsitantes, de la table en formica jaune nantie de
rallonges automatiques, à l Øvier à un bac percutØ
en de nombreux endroits, appauvri de son Ømail si
brillant, avant.
La main de la femme dØplace la cafetiŁre, lui
trouve une place sans jamais quitter des yeux les
casesnoiresetblanchesqueformentlescarreauxde
lafenŒtre sous les halos des rØverbŁres inondØs.
La fenŒtre ruisselle ; la femme se penche et les
guette.
7Louise n a rien oubliØ...
La cafetiŁre se repose enfin, tour de garde des
tasses en porcelaine de Chine, rescapØes orphelines
du service rapportØ par le militaire de son pØriple
asiatique, obligØ de guerre.
Deux tasses sans assise, une cafetiŁre qui n a pas
chantØdepuisdeuxmois,unefemmeØlØgante,coif-
fØe etdisponible…miseen scŁne minimalepourun
public absent.
Elle, apprŒtØe, chaussØe de ses immortelles cy-
clistes marron et blanc, les mollets aussi fermes que
du temps des compØtitions, elle, la marathonienne,
championne du monde des annØes glorieuses !
Elles, les tasses et la cafetiŁre, intemporelles et
dØsolØes.
Elles, immobiles, inertes, si l’on excepte les dØ-
placements modestes de la table au plan de travail,
elles, ne se lassent plus, des heures qui Øtouffent les
heures, des sirŁnes hurlantes des paquebots en par-
tance, des sifflets des marins en escale.
Elle, seule, les attend, les scrute, eux, les appels
de l homme, de l aimØ, du jamais oubliØ.
Elle,espŁrecetØblouissementaucœurdelanuit,
cet Øclair annonciateur et fusionnel avec un rendez-
vous oubliØ.
Elle, ne vit que sous ces feux !
Louise le croit ! Louise ne croit d ailleurs qu
cela,depuisdixjoursetLouisenecroiraplusjamais
à rien d autre.
Il les a quittØes bien avant d entrer dans leur vie
etdeboireuncafØ. IllesaabandonnØesavantmŒme
d en savoir trop, avant de souffrir, pour d obscures
raisons qu il Øtait le seul à entrevoir.
Il n a pas voulu savoir, conna tre, apprØcier ou
dØtester le goßt du cafØ de Louise.
8Muriel Lozac h
Non ! Il a laissØ l autre, AndrØ, l engagØ en In-
dochine lui rapporter le service en porcelaine et ses
atours.
Il a fait place absentependant soixante ans.
AndrØ, le mari, est mort voil deux mois. Et
Louise est demeurØe avec sonservice à deux tasses,
et sa cafetiŁre cadeau de son Øpoux pour leur anni-
versaire de mariage, en 1960…
Louise est seule, gardØe par son Øvier à l Ømail
ØcaillØ, sa cafetiŁre cabossØe, ses tasses passØes,
guettant à travers les Øpais rideaux en toile de Jouy,
les lumiŁres cØlestes.
Louisenesortdechezellequelorsqu elleper oit
le signal.
Vingt-deux heures, à Calais, un soir de pluie
plombØe, une vieille femme ØgarØe, dans la douleur
del amourperdu,essuieunelarme. Etla tabled’un
coup de torchon froissØ.
HØsitantaussi,commesicegestesedevaitd Œtre
lØger, pour ne rien effacer au fond. Pour ne jamais
plus rien gommer, du passØ.
Mais ce n est pas AndrØ qu’elle pleure. Non !
C’estlui,l hommequinevoulaitpassavoir,nigoß-
ter le fameux cafØ de la Louison.
C est Jean…
"Tuesbienbelle,maLouison! Tesboucles
blondes, tes yeux d or, ta bouche sucrØe. Oui, ma
Louison,tuestoutmiel,bientropbellepourungars
commemoi. UneactricedecinØma,maLouison. Tu
seras une actrice de cinØma, ou encore une grande
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