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Lucter l'Eburon

De
209 pages
Dans "Le torque d'or" Lucter, jeune Gaulois du pays des Eburons,parcourait la Gaule à la poursuite de l'assassin de sa mère:"Brennos",un farouche et cruel chef de guerre. Une première fois,à Gergovie, son chemin rencontra celui de son ennemi. Dans "Lucter l'Eburon", sa quête obstinée, toujours sous l'égide des dieux,le conduira juqu'à Alésia. Dans la cité assiégée des Mandubiens, Lucter trouvera un terme à sa vengeance mais Brennos, en révélant son secret,donnera un autre sens à sa vie. Jean-Pierre CROIZIER, sans doute inspiré par Lug et Taranis, aime à raconter des histoires... Alors, ne boudons pas notre plaisir, revêtons nos saies bariolés et partons avec lui parcourir la Gaule chevelue.
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2
Lucter l'Eburon

3Jean-Pierre Croizier
Lucter l'Eburon
Le secret de Brennos
Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9032-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748190328 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9033-5 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748190335 (livre numérique)

6





En l’année 55 av.J.C. , une des légions de César
envoyée prendre ses quartiers d’hiver chez les Eburons,
est massacrée par Ambiorix. La riposte de César est
immédiate. En toute hâte, les Eburons se préparent à se
disperser, à fuir vers le Nord, en laissant derrière eux
un pays incendié. La veille de cet exode, pour s’attirer la
faveur des dieux, un grand rassemblement est organisé
dans une clairière servant de sanctuaire. Des sacrifices
ont lieu. Druides, devins et bardes officient devant les
chefs de guerre et la population. Du groupe des femmes
s’élève une seule clameur, celle d’un refus à incendier
leurs maigres biens. Brennos, un chef cruel est dépêché
pour mater la révolte qui gronde. Les druides exigent de
nouveaux sacrifices, dont celui d’une mère… Lucter voit
ainsi sa mère désignée par Brennos pour être égorgée sur
l’autel sacrificatoire.
Renié par son père, l’enfant sera secouru par une
poètesse-magicienne qui lui enseignera la magie et
l’initiera aux rites druidiques. Devenu adolescent,
Lucter va parcourir la Gaule, rencontrer d’autres
peuples, certains ralliés à César, d’autres à
Vercingétorix. Les circonstances ou la volonté des dieux
l’amèneront jusqu’à Gergovie où il découvrira les
premiers émois de l’amour. Dans la capitale des
Arvernes, il croisera de nouveau la route de Brennos…

8






Cher Maecilius,
Toi, à qui ma reconnaissance t’est à jamais
acquise, tu me laisses sans nouvelle…
Neuf mois se sont écoulés depuis ton départ
pour Antioche et je ne sais pas si les dieux te
sont toujours favorables ni si mes premiers
écrits te sont parvenus…
Ce soir, enfin, il pleut sur Rome…
Une pluie drue qui s’abat sans discontinuer
sur les tuiles de ma soupente. Une pluie bien
attendue car de ma lucarne, en me haussant sur
la pointe des pieds, j’ai pu observer tout le jour
quatre incendies dont le plus important devait
se situer dans le quartier des colporteurs du
Trastevere… C’est ainsi, il ne se passe pas de
jour que Rome ne flambe et que le ciel ne
s’orne d’un voile de fumée que le vent d’ouest
se refuse à dissiper…
Ce matin, aux latrines publiques, la
conversation portait sur les préparatifs de la via
Sacra et du jour prochain où César célèbrera
son Triomphe. Le foulon du coin, bien
informé, m’a appris qu’un chef gaulois, retenu à
la prison du Tullianum, y serait exhibé,
enchaîné avec d’autres ennemis vaincus. « Le
9 Lucter l'Eburon
roi des Arvernes » me précisa-t-il ! Quand, ayant
dominé une vive émotion, je lui citai le nom de
Vercingétorix, il me répondit que cette
consonance ne lui disait rien…
Six ans se sont consumés depuis la cuisante
défaite d’Alésia… Comme tu le sais, les
dernières tribus gauloises à s’être rebellées à
Uxellodunum ont subi l’atroce courroux de
Rome… Si quelqu’un doit être livré à la vindicte
de Rome, en aucun cas il ne pourra s’agir du
chef valeureux dont j’ai croisé le chemin un jour
et qui m’honora de son amitié.
Vercingétorix est mort cinq mois après sa
reddition… Je tiens l’information d’un nommé
Gaius. Ce Gaius a été pendant deux années l’un
des secrétaires d’Hirtius, rédacteur du VIIIéme
livre, celui ayant trait aux dernières convulsions
de l’indépendance gauloise. Mort et oublié, celui
qui fit trembler César ! Je ne me mêlerai pas à la
foule en délire… Que le peuple de Rome
acclame le conquérant, se réjouisse à la vue des
trophées. Loin des clameurs, j’irai marcher sur
la rive du Tibre…
Cher Maecilius, que te dire me concernant ?
Que je poursuis ma tâche de pédagogue auprès
des enfants de Dujus… Ses deux fils sont
dissipés et arrogants. Il faut leur tenir la main
pour tracer l’ébauche d’une lettre et l’étude de
l’arithmétique n’est pas pour eux une plus
grande joie ! Comment me plaindre ? Dujus n’a
10 Lucter l'Eburon
pour moi aucune considération et me rappelle
constamment mon statut d’affranchi… Tâche
bien ingrate mais qui m’assure tout juste de
quoi vivre modestement… Depuis peu, près du
forum, je trouve parfois à m’employer comme
écrivain public, infime besogne à la rétribution
dérisoire.
Chaque nuit, mes rêves m’entraînent
inexorablement vers les contrées froides de la
Meuse qui virent s’écouler ma prime jeunesse.
C’est avec un grand bonheur que, sous un soleil
pâle, je laisse les vents glacés de l’hiver me
transpercer le corps, me raidir la peau du visage
comme au temps lointain où je chassais le cerf
en compagnie de mon père… Tous mes
compagnons sont là, autour de moi ; Accon,
l’homme blond, Dumnorix, Surus… Mais ce
sont des fantômes silencieux qui semblent
inlassablement répéter les mêmes gestes et ne
point me voir… Je suis triste. Depuis que je
suis à Rome, pas un de mes songes ne m’a
ramené sur les rives de ma chère île. Mes
compagnes si douces se sont éloignées… Peut-
être ont-elles gagné une île plus vaste, celle de
Bretagne où souffle encore le vent de la liberté ?
Trêve de lamentations… Sais-tu que, la
semaine dernière, aux jeux que célébra Pompée,
en dépit des rampes de fer, vingt éléphants
s’échappèrent et semèrent dans l’arène un effroi
sans nom ?
11 Lucter l'Eburon
Cher Maecilius, demain matin, à l’hora prima,
je me rendrai au Port d’Ostie remettre le
présent courrier à l’armateur Pylade dont le
navire doit, tantôt, lever l’ancre pour la Cilicie.
Il chargera un coursier de te le remettre.
Comme convenu, joint, tu trouveras ma prose
maladroite qui reprend le récit de ma pauvre
vie, là où je l’avais interrompu ; dans les fossés
de Gergovie… Souviens-toi : je tenais à la main
le torque de Brennos. Les légions du proconsul
venaient d’être défaites et de la citadelle montait
une clameur ininterrompue…
Puissent les dieux te préserver.
LUCTER.
12
GERGOVIE
Pendant deux jours la population de
Gergovie célébra la victoire sur les six légions
du proconsul. Une victoire acquise de justesse,
les nôtres ayant, au moment ultime de l’assaut,
déjoué la feinte grossière de César qui consista à
nous laisser croire que l’attaque allait se porter à
l’Ouest. Près de sept cents légionnaires et une
cinquantaine de centurions périrent dans
l’affrontement. L’orgueil de Rome ne serait plus
la même, ébranlée par la hardiesse du « roi des
grands guerriers » : Vercingétorix.
J’avais dix-sept ans.
Du haut des remparts de la citadelle, désertés
par les sentinelles, je pouvais voir le champ de
bataille et les corps sans vie, laissés à l’abandon,
sans armes, sans enseignes ni cuirasses. Un
butin qui serait partagé, joué aux dés, vendu,
réutilisé…
Fermant les yeux, toute la hargne des
combats me revint à l’esprit. Jamais je n’avais
vu autant d’hommes s’affronter, mener ou
repousser des assauts dans des mêlées où les
13 Lucter l'Eburon
corps s’agglutinaient, où les épées taillaient dans
la chair… Sous une grêle ininterrompue de
traits, de flèches, de pierres, fantassins et
cavaliers se pourfendaient, enfonçaient les
lignes adverses, reculaient en désordre sourds
aux ordres des trompes couverts par les cris.
Les chevaux piétinaient les morts, les morts
étouffaient les blessés… Tout un déchaînement
baigné de sang qui, par ses outrances, finissait
par sembler vain.
L’horizon s’éclairait d’un nouveau jour. Au
loin, près des rives de l’Allier, une légère brume
persistait, léchant la plaine que Gergovie
dominait telle l’immense proue d’un navire. Le
soleil serait chaud et accentuerait la puanteur
des cadavres. Les terrassiers chargés de creuser
les fosses en contre-bas du plateau exigeaient
toujours plus car donner une sépulture aux
Romains, déjà flairés par des meutes de chiens
sauvages, les révulsait…
J’avais dix-sept ans. Je tenais en main le
torque de Brennos. Ce torque que j’avais rêvé
de posséder, preuve que celui qui avait
ordonné, sous couvert de sacrifice rituel, la
mort de ma mère n’était plus de monde ! Trois
ans s’étaient écoulés sans qu’un instant ma
haine ne se relâche. Je me remémorai les
paroles de la prophétie : « Tu croiseras le
chemin de Brennos mais tu ne le tueras pas. »
C’est à un Romain agonisant dans les fossés de
14 Gergovie
Gergovie que j’arrachai le collier d’or avec son
pendentif solaire. Pourquoi le détenait-il ? A ses
côtés, j’aurai voulu voir le cadavre de mon
ennemi. Désir vain ! Brennos, mort ou vivant,
avait disparu. Je dus pleurer de rage de ne
pouvoir tenir une promesse faite sur les terres
lointaines qui retenaient en leurs froides
entrailles la dépouille de ma mère…
Tous les fantassins invités aux festins étaient
considérés comme des « héros », portés haut sur
les boucliers par la foule. Femmes et enfants
s’accrochaient à eux, leur servaient à boire,
voulaient connaître leur nom, leur offraient des
présents… les mêmes qui, au moment critique
de l’assaut, se disposaient à se soumettre aux
soldats romains, cheveux défaits, mains
implorantes !
Aux blessés portés sur des brancards, on
concédait la part du roi, c’est à dire l’attribution
du meilleur morceau d’une pièce de viande,
bien souvent le cuissot qu’ils se partageaient ou
qu’ils se disputaient avec des torrents
d’injures… Ivres de gloire et d’orge fermenté,
certains se mesuraient encore dans des tournois
sanglants. D’autres, épée en main, mimaient le
combat qui les avait exposés à un corps à corps
mais, grisés par la bière, perdaient l’équilibre…
– Les Romains se battent comme des
femmes, ils attendent que vous leviez l’arme sur
15 Lucter l'Eburon
eux pour vous enfoncer leur glaive dans le
ventre !
Quant aux plus atteints, moribonds aux
plaies béantes, tous réunis dans les salles basses
des tours, ils étaient laissés sans soins, dans des
mares de sang, à la charge des esclaves…
Quand on passait au pied de ces tours, cris et
geignements montaient des soupiraux… Pour
eux, la fête se poursuivrait dans l’autre monde,
par delà les nuées avec pour hôte Taranis, Lug,
Esus.
Tandis que les coupes de bière circulaient de
bouche en bouche, des bardes accompagnés de
la lyre chantaient les exploits des plus valeureux
mais aussi des plus généreux. Ils flattaient à
outrance le courage des soldats, mais c’était là
leur rôle et en étaient d’autant plus honorés.
– Barde, raconte comment, cerné par dix
Romains, sans bouclier, j’ai sabré ces chiens !
Raconte leur débandade et la manière dont ils
ont roulé dans le ravin !
Le chantre sollicité tirait trois notes de son
instrument, reprenait la description de
prouesses inimaginables puis, son chant couvert
par les vociférations, partait à la recherche d’un
autre quémandeur.

Absente à ces festivités, toute la cavalerie,
divisée en trois corps, s’était lancée à la
poursuite des légions en retraite.
16 Gergovie
Vercingétorix savait qu’une tâche difficile
l’attendait aussi délaissa-t-il ces banquets
auxquels il ne se montra que deux fois et très
furtivement. Son discours était toujours le
même.
– Souvenez-vous, amis, que les Romains en
fuite vers la province ne cesseront jamais les
hostilités, ils reviendront avec d’autres forces…
La sécurité du lendemain n’est pas encore
acquise. Soyons patients, les ordres sont donnés
pour que César dans sa retraite ne trouve que
désolation…
Tous l’acclamèrent et demandèrent à se lier
par un serment les engageant à traverser les
rangs ennemis par deux fois… Pourtant,
Vercingétorix se refusa à ce que l’infanterie aille
pour le moment rejoindre et appuyer la
cavalerie.
– Point de confrontation avec l’ennemi. Il
faut l’affamer. Les pelotons de fourrageurs
prendront tous les risques en s’éloignant des
camps. Ce sont eux que nous devons d’abord
prendre pour proie !
Décision que certains interprétèrent comme
une faute tactique… mais dont nous
comprîmes plus tard la raison.
Dans les jours suivants, les transfuges nous
apprirent que César, pour trouver du
ravitaillement chez les Sénons, faisait retraite
vers le nord, suivant la rive droite de l’Allier…
17 Lucter l'Eburon
De cité en cité, la victoire du roi des
Arvernes se répandit très vite et nous vîmes
nombre d’ambassades passer les portes de
Gergovie. Certaines furent accueillies avec
chaleur, d’autres sous les huées.
– Il en va ainsi, me confia le sage Dumnorix,
quand l’ennemi prend le large, les ralliements
sont plus aisés que les dissidences… Mais que
le vent tourne et tout ce beau monde aura tôt
fait de regretter certaines « bontés » de César.
– Des bontés ?
– César sait payer à prix d’or les défections et
sait distribuer titres et honneurs, ce à quoi les
classes dirigeantes sont sensibles… Cet attrait a
su faire fléchir Vercingétorix lui-même…
– Je sais, dis-je.
C’était un fait connu de tous que, dans sa
jeunesse, le vainqueur de Gergovie avait servi
l’armée de Rome en tant que cavalier. Il y fut
même paré du titre d’« ami de César » Titre qui
se prêta à bien des commentaires
désobligeants…
– As-tu remarqué que les émissaires des
Eduens sont arrivés les derniers et ont attendu
la nuit pour pénétrer dans la citadelle ?
– Pour quelle raison, demandai-je ?
– En prenant position contre les Romains,
avec lesquels il a longtemps pactisé, ce peuple
puissant va émettre des exigences !
– Lesquelles ?
18 Gergovie
– Ecarter Vercingétorix, prendre la tête de la
coalition, imposer ses chefs, faire de Bibracte la
capitale de la Gaule réunifiée…
– Vercingétorix ne pliera pas.
– N’en doutons pas, sa victoire à Gergovie
en a fait le commandant suprême des armées !
– Les Eduens n’ont donc rien à exiger…
– Ce n’est pas si simple… Les cités sont
versatiles surtout si on leur offre de l’or. La
richesse des Eduens est grande. Toujours
l’appât du gain !
Dumnorix leva les bras.
– A se mêler des affaires des hommes, même
les dieux doivent en perdre la tête !
Etrangement, Vercingétorix céda.
Pressé par les Eduens, il quitta discrètement
Gergovie pour se rendre à Bibracte.
Quatre jours passèrent qui donnèrent lieu à
un flot de rumeurs alarmantes… « Les Eduens
et les Rèmes se seraient mis d’accord pour
tendre un piège au roi des Arvernes…
Eporédorix aurait lui-même poignardé
Vercingétorix avant de se proclamer chef tout-
puissant de tous les peuples de la Celtique. » Je
vis combien l’ingratitude de certains chefs de
guerre pouvait être grande. Accréditant la
rumeur avec force détails, ils se posèrent en
dignes successeurs de Vercingétorix, firent
distribuer en leur nom des pièces d’argent…
Mais le roi des Arvernes revint de Bibracte.
19 Lucter l'Eburon
Les Eduens avaient dû s’incliner devant le
suffrage populaire, faisant de celui qu’ils avaient
cru berner le chef tout-puissant de la coalition.
Le soir de son retour triomphal, au soleil
couchant, de grands feux furent allumés sur les
remparts de Gergovie et leurs éclats montant
vers les étoiles durent intimider les dieux car la
lune s’assombrit d’un coup… Chacun prit peur.
Comme une vague qui meurt, dans la citadelle
tout bruit s’estompa. La foule s’immobilisa et
des milliers de regards anxieux fixèrent l’astre
devenu terne. Abella qui se tenait à mes côtés
serra plus fort ma main.
– Si la lune devient noire, n’est-ce pas le
signe annonciateur de désastres ?
– Ne sois pas effrayée, dis-je, il y a dans le
mouvement des astres des conjonctions, des
ordonnances qui font se rencontrer lumière et
ombre. Les druides savent cela et peuvent
même prédire le phénomène.
– Tu veux me faire croire que les druides
sont allés sur la lune pour en apprendre sa
marche ? Tu es stupide Lucter ! Et, je te le dis,
un jour la foudre de Taranis te tuera pour te
montrer si présomptueux.
– Je suis instruit, c’est tout… La lune
retrouvera une partie sa brillance avant que tu
n’aies fini de compter jusqu’à cent…
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