Lune de samain

De
Publié par

Le récit picaresque d'une aventure fantastique dans un univers occulte décalé.

Publié le : jeudi 16 juin 2011
Lecture(s) : 144
EAN13 : 9782748117783
Nombre de pages : 211
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Lune de samain
Jean-Baptiste Defaut
Lune de samain
ROMAN
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2-7481-1779-4 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-1778-6 (pour le livre imprimé)
Avertissement de léditeur
Découvert par notre réseau de Grands Lecteurs (libraires, revues, critiques littéraires et de chercheurs), ce manuscrit est imprimé tel un livre. Déventuelles fautes demeurent possibles ; manuscrit.com, respectueuse de la mise en forme adoptée par chacun de ses auteurs, conserve, à ce stade du traitement de louvrage, le texte en létat. Nous remercions le lecteur de tenir compte de ce contexte.
manuscrit.com 5bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.com
1.
Guillaume constata avec déplaisir que le temps avait fait un bond effarant, comme chaque fois quil refermait les paupières sur limage de Caroline. Les souvenirs repoussaient le temps qui se vengeait en défilant à toute allure. Il était dix-huit heures pas-sées de douze minutes, douze minutes de retard et dincompétence qui irritèrent le vieil homme dordi-naire ponctuel à lexcès. Guillaume se hâta denfiler ses bottes de caou-tchouc et son gilet de laine élimé, il prit sa torche, sa casquette, et il quitta la pièce. Dehors, la nuit avait apporté lorage et laverse arracha au brave gardien un sourire de défaite. Sa colère nétait pas de taille à lutter contre la douce vigueur de la pluie et le sang reflua de sa tête, laissant place à la tran-quille bonhomie qui lhabitait souvent. Le cime-tière devait être fermé à dix-huit heures, certaine-ment, mais à qui pouvait nuire ces douze minutes de béance illégale du portail ? Depuis dix sept ans quil gardait, ouvrait, fermait et entretenait le petit parc de sépultures du village, Guillaume avait acquis la confiance des bigotes, le crédit des notables, ladmi-ration du prieuré et le muet assentiment des tombes elles-mêmes qui semblaient parfois sappesantir de plaisir sous ses égards constants. Le maire, qui avait
7
Lune de samain
lors dun de ses discours de mémorables envolées ly-riques, lavait gratifié dun titre dont il était secrète-ment très fier, le jour de linauguration du nouveau portail. Il lavait appelé Monsieur Guillaume, "ga-rant déternité". Cela sonnait bien mais Guillaume aurait préféré quil accompagne sa phrase dune mé-daille et dune embrassade chaleureuse, comme il lavait vu faire pour le gardien du Jardin Botanique de la ville la plus proche. Guillaume poussa le portail qui vint se clore sans autre bruit que le cliquetis du penne de la serrure. Les grincements du vieux portail, remplacé depuis un mois, manquaient au gardien nostalgique. Le nou-veau portail était flambant neuf, parfaitement équi-libré et ses gonds, ajustés et huilés, travaillaient en silence. Il était même équipé dun système de com-mande à distance qui permettait à Guillaume de lou-vrir ou de le fermer depuis sa guérite. Malgré ses rhumatismes, le vieil employé refusait lusage de la télécommande et continuait chaque soir à fermer le portail à la main. Guillaume sapprêtait à rejoindre la cabane lorsquil sarrêta brusquement, stupéfait. A quelques dizaines de mètres de lui, au centre de la nécropole rurale, un homme était assis sur une tombe, immo-bile sous la pluie. Un instant circonspect, le gardien sengagea dans lallée centrale en prenant soin de bien remuer le gravier du chemin avec les pieds à chacun de ses pas, pour avertir linconnu de son arrivée imminente. A mesure quil se rapprochait, la silhouette de lhomme assis se précisa et Guillaume réalisa quil portait détranges vêtements, comme une longue robe épaisse de toile grossière recouverte dun gilet sans manche brodé de sinueuses figures. Lhomme faisait face à Guillaume qui savançait, semblant attendre patiemment son arrivée. Ce fut lui qui parla le premier.
8
Jean-Baptiste Defaut
- Bonjour, vilain, que fais-tu en ces lieux obscurs par si pauvre temps ? - Quest-ce que vous faites là, répondit Guillaume, vous avez pas lu la pancarte ? Cest fermé à dix huit heures, vous devez partir ! - Si vous voulez. Dailleurs, cétait précisément mon souhait. Mais ce nest pas si simple. - Comment ça ? Je vais ouvrir le portail, vous sortirez, et je refermerai le portail, voilà tout. - Ca ne marchera pas, dit linconnu avec un air dépité. - Le portail est tout neuf, monsieur, objecta Guillaume, et il marche très bien. Suivez moi. - Je vous suis, je vous suis. Mais cela ne marchera pas. Pas le portail, évidemment. - Mais oui, bien sûr. Tenez, voilà la télécom-mande, jappuie sur le bouton rouge et quest-ce que vous voyez ? - Le portail souvre, constata lhomme sans conviction - Alors, conclut Guillaume, au revoir monsieur ! Lhomme debout était grand et malgré lamplitude de sa robe, on devinait sans peine une maigreur ex-trême, presque cadavérique, à voir ses mains et son visage. Il afficha un sourire narquois et sappro-cha de louverture. A linstant précis où son corps passa la ligne fictive du portail ouvert, lhomme dis-paru subitement, comme volatilisé en quelques unes des mille gouttelettes de pluie qui seules scintillaient encore dans le faisceau de lumière de la torche de Guillaume. Eberlué, le gardien chercha du regard à droite, à gauche, sondant les ténèbres dun oeil incrédule, avant de refermer le portail faute dune meilleure idée. Tout de même, on ne disparaît pas comme cela. Il devait y avoir une explication logique à tout cela,
9
Lune de samain
mais Guillaume était bien en peine dimaginer la-quelle. Retournant la situation dans son esprit, mau-gréant et ronchonnant dimpuissance à élucider le mystère, le gardien reprit le chemin de sa cabane lorsquun éclat de voix lui fit lever les yeux. - Je vous lavais bien dit que cela ne marchait pas. Croyez bien que jai essayé plusieurs fois, mais cest toujours la même chose ! Guillaume nen croyait pas ses yeux et ses oreilles. Lhomme en robe était là, au centre de son cimetière, assis comme tout à lheure, sur la même tombe. Balbutiant dincompréhension et de crainte diffuse, le gardien savança vers lhomme qui sétait levé pour le rejoindre. - Vous voyez ? Je suis toujours là. Ne vous fâchez surtout pas, je ny suis pour rien, croyez moi ! - Mais comment avez vous fait pour-...disparaître et réapparaître ici ? Pas la moindre idée. Cest ce qui se passe à chaque fois. Je sais, cest très choquant la première fois. Imaginez ce que jai pu ressentir alors ! - Qui êtes-vous donc, monsieur ? balbutia Guillaume après un silence. - Vous voulez dire mon nom ? - Oui, votre nom, enfin, votre identité ! - Je mappelle Gabriel Lowenstein., affirma lhomme. - Vous vous foutez de ma gueule, nest-ce pas ? dit sévèrement le gardien excédé. - Non, pas le moins du monde. Mais pourquoi dites vous cela ? - Gabriel Lowenstein repose depuis 1696 sous la tombe qui vous servait de siège tout à lheure. Vous vous appelez toujours comme ça ? - Si vous préférez un autre nom, dit linconnu, soit, mais choisissez le vous même, cette fois.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.