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Titre
Lutchy
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Titre Nidhal Marsoumi
Lutchy
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com
ISBN : 2-7481-8498-X (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748184983 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-8499-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748184990 (livre numérique)
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I
I
D’un pas allègre, la vieille bergère remontait la pente de la montagne en conduisant ses chèvres devant elle à l’aide d’un bout de bois mort en guise de bâton. À son habitude, elle s’époumonait à chanter une vieille mélopée folklorique dont les accents lugubres se perdaient lentement dans le paysage crépusculaire, auguste de paix et de solitude. Mais ce n’était qu’une chanson ! À la vérité, la mère Zohra, ainsi s’appelait la bergère, eût rivalisé avec les pinsons pour la gaieté et l’entrain ! À la façon dont elle y allait de sa besogne, accablée de fardeaux sur le dos et la tête qui ne semblaient pas la gêner, on aurait peine à croire qu’elle fût octogénaire. Layal, la jeune femme réfugiée depuis peu chez elle avec mari et enfants, se disait en l’apercevant de loin que la convenance lui commandait de se lever pour aller à sa rencontre et l’aider, mais elle n’en éprouvait aucune envie, incapable qu’elle se sentait de s’arracher à cette sorte de torpeur qui s’était emparée d’elle depuis son arrivée ici, annihilant ses forces et la clouant du matin au soir sur le
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Lutchy
banc de pierre ensoleillé adossé au mur de la cabane, un petit gîte que la vieille, moyennant un prix modique, avait mis à sa disposition en attendant qu’elle fuie du pays. De sa place, elle contemplait admirativement la démarche éner-gique de son hôtesse et son allure insouciante qui dénotaient une tranquillité d’esprit d’autant plus enviable qu’elle lui faisait défaut. « Gens légers, songeait-elle avec amertume comme chaque fois qu’elle percevait la joie autour d’elle, comme je vous envie ! Sans vous en vouloir, votre quiétude, cet idéal auquel j’avais espéré toute ma vie sans y parvenir, me fait mal. » Un instant elle se prit à rêver, comme à un bonheur inaccessible, à ce jour où elle chanterait, à l’exemple de cette paysanne, sans penser à rien ; mais elle dut vite rentrer dans sa mélancolie coutumière, comme si elle avait l’habitude de ces brefs moments d’espérance auxquels succédait le pire abattement. On dirait qu’une sorte d’argousin implacable se campait, gourdin au poing, à l’entrée de son cœur et défendait à toute joie d’y pénétrer. Son existence, qui n’avait été jusqu’ici qu’une longue suite de transes au point que certains mots désignant la paix et le repos tombaient dans son cœur comme des braises, ne lui permettait malheureusement aucune chimère. Même en ce moment, où elle s’apprêtait à s’en aller vers d’autres cieux, elle ne croyait pas vraiment à sa délivrance. Au reste, cette décision de quitter illégalement le pays pour
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