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Ma vie de chien

De
120 pages
Qu’est ce qu’un chien dangereux ? Pourquoi le devient-il ? Bochko est un rottweiler. Après une première année heureuse dans une ferme orléanaise, il connaît plusieurs maîtres dont le comportement vont l’influencer. Tour à tour, chien de combat puis chien de garde forestier, héros local puis ennemi public, il reviendra finalement à l’état de sauvage. Avec ce roman, André Steiner nous fait entendre une voix bien singulière, celle de l’animal. « Ma vie de chien » est avant tout un cri d’alarme. L’éducation d’un chien et son environnement immédiat conditionnent sa conduite.
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Ma vie de chien André Steiner
Ma vie de chien

Roman








Éditions Le Manuscrit
Paris


© Éditions Le Manuscrit -www.manuscrit.com-
2010
ISBN : 978-2-304-03548-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 978230403548304-03549-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304035490 (livre numérique) PREFACE
Le gardien ouvre la trappe et glisse une
écuelle remplie d’eau à l’intérieur de mon
chenil. Un bol de pitance rejoint l’écuelle. Le
gardien referme la trappe et s’en va. Je me sens
comme un prisonnier texan dans son couloir de
la mort, attendant le jour de son exécution. Il
paraît que j’ai été reconnu coupable d’agressions
multiples envers des humains et que la sentence
est : MORT PAR EUTHANASIE. Depuis, je
guette les moindres mouvements et dans mon
for intérieur je me dis : je ne lutterai plus.
J’accepte le verdict des hommes.
Et pourtant tout avait si bien commencé, dix
ans auparavant dans un village de l’Orléanais.


7 MA NAISSANCE
J’ouvre les yeux, mais ne voit rien. Je dresse
mes oreilles mais n’entends rien. Normal ; je
viens de naître, dans une portée de six chiots.
Eh oui, je suis un chien ! Je sens comme une
râpe me frotter le poil, me lisser et me sécher.
Cela doit être la langue de ma maman. Je sens
d’autres petits êtres tout autour de moi. Ce sont
mes frères et sœurs, nés en même temps que
moi. Et puis, je sens une douce chaleur, celle
d’un ventre encore rond, les mamelles dressées
comme pour dire : A table les enfants, la soupe
est servie ! En guise de soupe, le bon lait
maternel que j’avale goulûment. Peu à peu, les
agitations de la couvée s’estompent pour laisser
place à une image de paix, celle de bébés
Rotweiler dormant sous la patte protectrice de
leur mère.

Les jours passent et la vision des choses
devient plus nette. Mon ouïe se développe à
grande vitesse et je perçois des bruits de toutes
sortes. Mais ce que j’entends le plus sûrement,
9 André Steiner
c’est le grognement de notre mère lorsque l’un
d’entre nous s’éloigne à plus d’un mètre d’elle.
Là, elle pose sa patte sur son dos et le ramène
en arrière. En dehors de manger et dormir, ce
que nous faisons le plus clair du temps, c’est
nous chamailler. J'ai deux frères et trois sœurs.
Nous sommes aussi la fierté de la famille
Grosbois. Ce sont les humains qui nous ont
recueillis sous leur toit. Ils sont très attentionnés
à notre égard, ce qui a le don d’agacer notre
mère. En effet, les enfants de la famille
Grosbois nous prennent constamment dans
leurs bras, comme si nous étions des peluches.
Il faut dire que notre allure un peu pataude
nous font ressembler plus à des jouets qu’à de
futurs prédateurs. Ils rient beaucoup de nous
voir si maladroits. Comme dehors c’est l’hiver,
nous logeons dans un coin de l’étable, non loin
d’autres êtres à quatre pattes ceux-là ; les
vaches. Les Grosbois sont agriculteurs et tirent
leurs ressources de l’élevage de vaches laitières.
Tous les matins nous assistons à la traite. Le
liquide blanc qui coule dans les tuyaux nous fait
penser au bon lait de notre mère et en un clin
d’œil, nous voilà tous agrippés aux mamelles de
notre génitrice pour son plus grand plaisir.

Il est temps que je me présente. Je m’appelle
Bochko. C’est du moins ce que disent les
humains quand ils s’adressent à moi, enfin je
10 Ma vie de chien
crois. L’hiver est enfin terminé et je passe mon
troisième mois d’existence à découvrir les
environs de la ferme. Bien entendu, les tétées
sont finies et notre nourriture est devenue plus
solide. J’ai quelque fois du mal à digérer la
pitance, celle-là même que mangent les
humains. Lorsque je me promène dans la cour,
je vais souvent du côté du poulailler. Les poules
s’effraient à mon arrivée et cela me fait plaisir.
Alors j’aboie, ce qui a pour effet de les affoler
encore plus, jusqu’au moment ou je reçois un
coup de balai sur les fesses. La vieille m’a
encore surpris. Tout en fuyant, je me retourne
et lui montre mes crocs, histoire de lui faire
comprendre que je me laisse pas intimider par
un coup de balai. Le soir, nous nous retrouvons
tous au chenil. Tous sauf deux. Un frère et une
sœur ont été vendus à des voisins il y a un mois,
dès la fin de notre sevrage.

Le travail dans les champs éloigne nos
maîtres pour toute la journée de la ferme. Ainsi
c’est Rose, la plus vieille des humains, qui veille
sur nous et qui nous donne à manger.
Contrairement à mes frères et sœurs, je suis de
nature plutôt calme et il n’est pas rare, qu’elle
m’emmène dans la cuisine. C’est là que j’ai, un
jour, découvert ce qu’est la viande fraîche, crue.
Elle prépare le dîner pour la famille et nettoie
une grosse tranche de bœuf qui va rejoindre
11 André Steiner
une quantité non négligeable de légumes dans
une énorme marmite. Un des morceaux destiné
à la poubelle tombe à terre sans qu’elle ne le
remarque. Je n’ose pas bouger, de peur qu’elle
le voie. Je réussis, malgré tout, en rampant, à
m’approcher de l’objet de mes convoitises et
délicatement je le prends dans la gueule. Cette
odeur nouvelle qui envahit mes sens me rend
comme fou. Cette odeur est celle du sang. S’en
est au point que le soir même je refuse de
manger la nourriture habituelle qu’on nous
donne. De plus je suis de mauvais poil, c’est le
cas de le dire. J’en veux à tout le monde et je ne
sais pas pourquoi. Un de mes frères n’arrête pas
de sauter sur moi, pour jouer. Je l’attrape par
une des pattes et le mords. Et à nouveau,
l’odeur du sang se répand en moi. Notre mère
doit avoir senti quelque chose se passer. Elle se
dresse entre mon frère et moi. Quand j’ai voulu
m’approcher de son museau, elle m’a
violemment rejeté et, pour la première fois de
ma courte vie, j’ai goûté à la solitude. J’ai passé
toute la nuit éloigné du groupe familial.
Plusieurs jours durant, je suis resté isolé du
groupe, la tête basse. J’aurai bien voulu jouer
avec les autres, mais à peine je m’approche
d’eux que notre mère se dresse entre nous avec
un grognement qui en dit long sur ses
intentions.

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