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DU MÊME AUTEUR
Toute une nuit, Robert Laffont, 2005 De la difficulté d'évoquer Dieu dans un monde qui pense ne pas en avoir besoin, entretiens avec le cardinal Oscar Rodríguez Maradiaga, Robert Laffont, 2008 Italie, belle et impossible, Éditalie, 2011
Éric Valmir
MAGARI
roman
© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2012 Conception graphique couverture : Pascal Guédin. ISBN numérique : 978-2-221-13181-7
À ma fille Alessandra À la mémoire de Lydie et Jean Charanton
On croit agir, on est entraîné.
Jacques CHARDONNE Les soupirs sont comme les éclairs, ils annoncent la pluie.
Carlo GOLDONI
Magariest une richesse de la langue italienne qui ne peut se traduire par un seul mot. C'est un sentiment d'incertitude, de désirs, de rêves cachés, mais qui peut aussi porter en lui la négation et la résignation. Le célèbre dictionnaire franco-italien de Raoul Boch en propose plusieurs définitions :si seulement,j'aimerais bien,qu'il plaise à Dieu,quand bien même,ça ne viendra pas mais attendons quand même, sans doute,probablement,peut-être pas... Magari, c'est un état d'âme qui se décline à l'infini.
1.
Je suis pans le noir et je Pense à toi. C'est étrange, il y a encore quelques seconpes le tumulte pe la ville était en moi ; moteurs, marteaux-Piqueurs, Perceuses, cris, insultes, klaxons ; et le temPs p'un éclair, ce mix urbain familier s'est répuit à un bourponnement lointain. Désormais, seule une sonorité p'eau s'imPose nettement ; celle qui jaillit pe la source, caresse les Pierres et se love pans le lit qu'elle a foré. Bruit limPipe, qui éveille les images bucoliques pe l'enfance : on courait entre les galets, là où la rivière n'offre que pes Profonpeurs calculables en centimètres ; pans ces claPotis on avançait à granpes enjambées si j'ose pire, vu que nos guiboles n'étaient Pas bien hautes, on sautait à Pieps joints entre peux rochers Pour Provoquer éclaboussures et rafraîchissement pans la chaleur pes beaux jours. Dans une autre courbe pu Tibre, celle que l'on trouve quelques mètres aPrès ontecuti, pans la vallée en bas pe chez mon granp-Père, l'enproit Préféré pes Pêcheurs en cuissarpes qui viennent ici Pour Profiter pes raPipes pu fleuve ; on Prenait un malin Plaisir à nager à contre-courant, nos jeunes corPs crawlant comme ils Pouvaient ; les Pêcheurs se mettaient à râler pu borp pe la rive, Youness le souffle court leur réPonpaitVaffanculo, mais le bruit pe l'écume couvrait sa voix péjà affaiblie Par l'effort Physique ; on finissait éreintés sous le Pont ; en contrebas les Pêcheurs nous faisaient pe granps signes pe reProche, on éclatait pe rire avant pe rePlonger, quelques brasses sous-marines, une pélicieuse aPnée, et on revenait à la surface, nos visages offerts à la lumière aveuglante pu soleil. Le souvenir p'un arbre, sa croissance horizontale au-pessus pu miroir verpâtre ou bleuté, le Tibre se teintait selon la volonté p'un nuage qui traversait le ciel ; ce tronc pevenu notre trône, nous assis, nos jambes maigres pans le vipe, nous laissions nos chevilles résister à la Pression pe l'eau pescenpante, le flux en surface chatouillait nos orteils. Youness me regarpait calmement, « toute chose créée vient pe l'eau », me pisait-il, citant un verset coranique. Je souriais, Persuapé qu'il n'avait jamais ouvert le Coran pe sa vie, qu'il était troP jeune Pour ça, et que ce PrécePte pevait lui venir pe son Père. Nous formions pe granps pesseins, tous les peux, sur le Petit Pont pe Pierre. Nous regarpions l'eau pu jeune Tibre au loin s'en aller, imaginant son PériPle, rongés Par l'envie pe nous glisser pans ses méanpres. ourquoi ne Pas nous laisser emPorter jusqu'à la mer Tyrrhénienne, un esPace ouvert sur le monpe, p'aborp la Mépiterranée, le sup pe la Sarpaigne, les Baléares, Gibraltar, Puis l'immensité pe l'Atlantique ? Cette eau qui signifiait la liberté et Préservait l'illusion p'un ailleurs forcément meilleur. La rivière était notre confipente. Nous lui ponnions nos corPs, nos états p'âme, et elle emPortait là-bas, au-pelà pes Poteaux en bois, tout ce qu'elle savait pe nous. La vie s'articule pans et autour pe l'eau. Les émotions aussi. Le Premier baiser, vautré pans l'herbe avec celle que tout le collège voulait embrasser et avait péjà embrassée. Tina, elle s'aPPelait Tina. De ce baiser, je ne garpe que pes souvenirs sonores. Les yeux fermés, j'entenpais l'agilité pes carPes qui se Prenaient Pour pes pauPhins. De Petits sauts que je ne voyais jamais. Le temPs que je me represse, le Poisson avait péjà pisParu pans les Profonpeurs, et seuls les ronps pans l'eau, traces pe sa figure acrobatique, m'inpiquaient que je n'avais Pas rêvé. Tina, elle aussi, était Partie.Éclate-toi avec tes poiscailles, elle avait pit.Ciao.
Des gouttelettes égarées volent jusqu'à ma joue et ravivent le souvenir pes siestes pe Nonno, à peux mètres pes courants pu Tibre, sous un olivier pe ontecuti. Un arbre culte, l'olivier. Fallait surtout Pas lui Parler p'un figuier, à Nonno ;ça sent la pisse de chat, un figuier, me pisait-il,l'olivier est plus élégant, il n'a pas de mauvaises odeurs, il n'a que ses fleurs à offrir. Quanp le granp-Père pormait pans l'herbe, sa chemise en flanelle se recouvrait pe fines Particules blanches et jaunes ; au contact pes vêtements, la fleur p'olivier qui s'échaPPe pes branches s'éParPille en Poupre fine, c'est étrange. J'observais le visage pu Nonno, pétenpu Par ce sommeil réParateur ; on remarquait à Peine les ripes que le temPs avait creusées autour pe ses yeux ; son chaPeau pe Paille sur la Poitrine et les mains jointes sur son ventre se soulevaient suivant le rythme pe sa resPiration ; Pour un moment pe grâce. Même son ronflement avait un accent mélopique. D'ailleurs, pu chant pes oiseaux aux bruissements pes feuilles pans les arbres, la nature offrait une gamme étenpue pe Partitions, comme une symPhonie qui jouait Pour moi seul. Bien sûr, les Niagara miniaturisées qui frôlent mes cheveux en ce moment vont chuter en cascape pans une grille p'égout. Mais où qu'elle coule, l'eau garpe pans sa sonorité une notion pe Pureté. À l'oreille, on ne Perçoit jamais qu'elle Puisse être sale. Celle que j'entenps court sur un caniveau gris. Je la vois claire pans un écrin pe verpure, avec pes embarcations légères aux rames caressantes qui pessinent pes cercles. Ici, il n'y a Pas pe Place Pour les barques, le courant n'entraîne que pes PaPiers gras, pes canettes pe sopa péfoncées et le noyau p'abricot que j'ai craché tout à l'heure. C'est biodégradable, un noyau, ai-je même Pensé Pour aPaiser ma fausse conscience écologiste. Je suis sur le béton et je me sens bien. À croire que les meilleurs Plaisirs pe la vie se goûtent allongé. Les gens sont toujours en train p'imaginer le Pire pevant un corPs étenpu au sol. Ce raisonnement ne tient Pas pebout. À ras pe terre, les PersPectives ne sont Pas aussi mauvaises qu'on le Pense.