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Magnifique, couleurs !

De
188 pages

Les familles Laval et Loba se côtoient depuis plusieurs années. Tout les oppose : culture, origine, éducation. Les parents n’ont qu’un souhait pour leurs enfants, leur transmettre de bonnes valeurs. Pourtant, entre les secrets des aînés et la célèbre rivalité des cadettes, les coups bas et les préjugés, à l’aube de l’âge adulte, ces enfants sont-ils prêts à montrer ceux qu’ils sont réellement ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-99775-3
© Edilivre, 2017
e 1partie
Valeur
Prologue
Le lieu de réception était parfaitement décoré, les invités avaient répondu présents, les mariés n’allaient pas tarder à arriver. Lise admirait de loin son travail. À vingt et un ans, c’était la première fois qu’elle organisait un mariage. La tâche n’avait pas été simple, elle s’était lancé le défi un mois plus tôt, et la mariée avait demandé que la cérémonie se déroule dans le parc du champ de Mars. Mais y avait-il un défi que Lise Laval n’était pas prête à relever ? En particulier quand celui-ci lui permettait d’être mise en avant et de pouvoir s’affirmer ? La jeune blonde se le disait souvent : « Quand on est riche, rien ne nous est impossible. » Cet après-midi d’été, Lise était radieuse pour la cérémonie, elle s’était habillée avec une création signée Valentino, une robe longue qui la mettait en valeur. La cérémonie allait bientôt commencer, Lise ne tenait pas en place, il fallait que tout soit parfait. Elle devait être crédible, si elle voulait ouvrir sa prestigieuse société dewedding planner. Soudain, elle s’aperçut qu’il manquait un musicien. Lise s’approcha des deux musiciens présents et s’exprima très clairement, tout en essayant de garder son calme. « Où est Loïc ? – On n’en sait rien, répondit Lorenzo, un jeune homme métis. – Je constate que je ne peux pas compter sur lui. Rappelle-moi qu’il est inutile de demander un service au meilleur ami de la mariée, la prochaine fois. » Lise s’empressa de l’appeler. Loïc ne répondit pas. Elle héla donc la sœur de Loïc : Loretta. « Je suppose que tu cherches mon frère, répondit-elle d’une voix sereine. – Loretta, où est-il ? Je te signale que c’est le mariage de ma sœur que j’organise, et que des personnes qui peuvent m’aider à faire carrière ont été invitées. – Tu ne fais jamais rien sans intérêt. – Où est-il ? – À vrai dire, je pensais qu’il était déjà arrivé, je l’ai vu quitter la maison. – Super ! J’espère qu’il n’a pas pris de retard sur la route. Il paraît que les Noirs ont du mal pour arriver à l’heure. – Ne prend pas un cas pour une généralité, en ce qui me concerne, je m’apprête à te rejoindre. – J’aimerais dire que je t’attends avec impatience, mais ce n’est pas le cas. Tu n’as pas intérêt à donner de mauvaises critiques à mon travail. » Lise retourna au bout de l’allée, Léopold, le futur marié, était là, elle le salua et le rassura en disant que tout allait bien se passer. Elle en profita pour lui dire qu’il était très beau. La cérémonie allait commencer, et la mariée devait faire son entrée dans peu de temps. Loretta arriva, large sourire aux lèvres, et s’installa confortablement. Lise la regarda de haut, elle redoutait les commentaires qu’elle pourrait mettre dans son article. Cela aurait une importance capitale pour son avenir professionnel. Le temps passait, et la mariée n’était toujours pas là, mais qu’avait-il bien pu lui arriver ?
Chapitre un Un mois plus tôt…
À l’aéroport d’Orly, Loretta attendait impatiemment. Elle guettait au loin, de sa petite taille, l’arrivée de son grand frère. Il y avait beaucoup de monde. Elle se perdait dans la foule. La jeune femme regardait les gens retrouver leurs proches. Toutes ces embrassades faisaient battre son cœur encore plus fort. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vu son frère, il était parti à l’étranger. Ils s’étaient appelés tous les jours pendant quatre ans ; ce qui était impressionnant selon leur mère, sachant que son fils aîné avait pris la décision de faire un tour du monde. Le jeune garçon de vingt-six ans n’était pas passionné par les grandes études. Ce qu’il aimait avant tout, c’était la musique. À dix-sept ans, il entrait au conservatoire en compagnie de son saxophone. Il avait quelque chose, selon ses professeurs. On lui proposa rapidement de participer à un orchestre de jazz. Il fut amené à voyager. À chaque destination, il ne manquait pas d’envoyer une carte postale à sa sœur. Il achetait des cartes sans fin pour appeler, il lui arrivait d’oublier le décalage horaire au grand désespoir de leur mère. Ce jour-là, après plusieurs années de séparation, ils allaient se revoir, et Loretta serait la sœur la plus heureuse du monde. La jeune femme de vingt ans attendait nerveusement. Le temps lui paraissait si long. Il est vrai qu’elle fut souvent séparée de son frère auparavant. N’étant pas du même père, son aîné s’était vu quitter le domicile familial pour aller vivre au Cameroun avec son père. Loretta était restée sur la métropole avec son père, originaire de la Martinique. Leur mère, Lydia, originaire du Cameroun, était restée longtemps dans l’errance, ne pouvant ainsi subvenir aux besoins de ses enfants pendant plusieurs années. Lorsqu’elle eut une situation stable, elle fit revenir ses enfants auprès d’elle. Son fils avait alors quatorze ans et Loretta huit ans. Il était doué en cours, il arriva en terminale avec un an d’avance. C’était un garçon plutôt agréable et peu bagarreur. Il aimait la simplicité, contrairement à sa sœur. Loretta, depuis petite, a toujours aimé la photographie. Elle adorait se prendre en photo, dans des tenues toutes aussi créatives les unes que les autres. Lorsque son frère annonça son départ à l’étranger, elle était en pleine adolescence et menait la vie dure à sa mère. Lydia s’était investie corps et âme dans l’éducation de sa fille. L’inscrivant dans des écoles privées, la poussant à aller au maximum de ses capacités. Ce fut dur, mais ce pari réussit lorsque Loretta, à dix-huit ans, intégra une école de journalisme. La jeune femme n’en était pas peu fière, et son fort caractère est toujours aussi présent. Loretta, dynamique et authentique, gardait toujours le sourire. Ce jour-là, agacée par sa petite taille qui l’empêchait de bien voir, elle monta sur un banc. Ses yeux parcouraient l’horizon. Soudain, elle le vit. « Loïc ! » hurla-t-elle en claquant des mains. Le jeune homme était accompagné d’un autre jeune homme, un métis. Lorsqu’il entendit son prénom, il tourna la tête et vit une jeune femme. Elle était vêtue d’une robe cintrée de couleur vive qui mettait ses formes en valeur, et portait des chaussures à talons. Elle s’était fait faire des mèches, avait relevé ses cheveux en chignon, et elle s’était maquillée juste comme il fallait. « Qui c’est, cette beauté ? s’enquit le jeune homme qui l’accompagnait. – Je crois bien que c’est ma petite sœur. » Loretta descendit du banc, courut vers son frère et se jeta dans ses bras. Loïc la serra chaleureusement contre lui. Sa sœur n’était plus l’adolescente qu’il avait quittée. Elle était devenue une femme. « Laisse-moi te regarder. » Loretta se décolla et tourna sur elle-même doucement. « Tu n’es plus ma petite Loretta.
– Il se passe des choses en quatre ans. Je suis si contente de te revoir. » Le jeune homme donna un coup de coude à Loïc. « Je te présente Lorenzo, il fait partie de l’orchestre, comme moi. Il va rester un peu sur Paris avant de rejoindre Londres. – Un Anglais ? » Loretta sembla alors émerveillée. Elle lui tendit la main, qu’il serra. « Ma mère est dominicaine et mon père français. – Je suis sûre que tu auras le temps pour me raconter tout cela. En attendant, j’ai plein de choses à te raconter, Loïc. Allons-y. »
Loretta entraîna son frère, et Lorenzo suivit. Ce fut le début d’une longue histoire, racontée par la jeune femme. Depuis le terminal jusqu’au parking, une fois dans la voiture, jusqu’à l’appartement familial. Loretta parla de ses études et de son travail qui lui permettait de gagner un peu d’argent. La bourse ne suffisait plus selon elle. Loretta disait avoir besoin de s’acheter des vêtements de marques, des accessoires de mode. Pour cause, elle travaillait pour une grande famille vivant dans un quartier huppé de Paris. Elle était devenue photographe attitrée de la famille. Elle expliqua à son frère qu’elle prenait des photos des soirées mondaines, des cocktails et des repas de famille, et, bien sûr, de soirées qui se déroulaient dans la boîte de nuit de son employeur, le cabaret avait d’ailleurs été récupéré depuis peu par sa fille prénommée Lise. Loretta décrivit Lise comme l’une des femmes la plus belle et la plus capricieuse qu’elle n’avait jamais rencontrée. Cela fit rire les deux garçons. « Je vous assure ! se défendit-elle. Si vous la voyiez, la blonde riche et gâtée dans toute sa splendeur ! Elle cherche toujours à avoir plus. Vous vous rendez compte qu’elle a mon âge et qu’elle gère depuis peu un night-club ! – Je crois que j’aimerais bien rencontrer ta patronne, dit Lorenzo. – Crois-moi, à moins que tu sois le fils caché d’un prince, ou d’un homme fortuné, tu n’as aucune chance avec elle. – Elle doit bien avoir une centaine d’hommes à ses pieds, ajouta Loïc. – Et comment ! En particulier depuis qu’elle a repris les rênes de l’entreprise familiale. La discothèque de son père est devenue un véritable lieu dédié à la perversion. – Les lieux de perdition, je crois que je vais aimer la patronne de ta sœur, Loïc. – Rappelle-moi : où as-tu trouvé cet inutile, Loïc ? – L’inutile s’appelle Lorenzo, et nous jouons dans le même orchestre. Il est resté fidèle au saxophone, et moi à la trompette. » Loïc se contenta de sourire, le jeune homme resta calme durant le trajet. Une fois arrivé dans sa ville, en banlieue, il se sentit nostalgique. Beaucoup de souvenirs revenaient à la surface. La cité dans laquelle il avait passé une partie de son enfance n’avait pas changé. Il y avait toujours l’espace où les enfants jouaient, sous le regard de leur mère ; la superette du coin où l’on trouvait toutes sortes de produits exotiques. En entrant dans le hall d’immeuble, Lorenzo ne put s’empêcher de regarder autour de lui. Il trouva les lieux propres. Tout avait toujours été bien entretenu dans ce quartier d’immeubles. « Tu es sûr que ça ne posera pas de problème à ta mère ? demanda le jeune homme. – J’en suis sûr. – De quoi ? » demanda Loretta. Les deux jeunes hommes la regardèrent avec un sourire et sans rien dire. Loïc passa devant elle et se précipita vers les escaliers, il était pressé de rentrer chez lui. Cela faisait quatre ans qu’il était parti. Il monta les quatre étages à toute allure avec son sac au bras. Lorenzo le suivait sans problème, mais cela était plus difficile pour Loretta qui peinait à les rattraper. Une fois devant la porte, Loïc leva le bras, prêt à appuyer sur la sonnette, mais la porte
s’ouvrit avant qu’il ait eu le temps de le faire. Là, il vit sa mère et se jeta dans ses bras sans plus attendre. La femme, âgée d’une cinquantaine d’années, semblait fatiguée. Des larmes coulaient le long de ses joues, tellement la joie était difficile à exprimer. Lorenzo resta en retrait et admirait la scène. Il n’avait pas connu une telle relation avec sa mère. Loretta arriva essoufflée à son côté. « Rentrons ! ordonna-t-elle. Je meurs de faim et je dois aller bosser ce soir. – Tu vas bosser à la discothèque ? demanda Lorenzo. – Oui, hors de question que tu m’accompagnes. »
Après des retrouvailles émouvantes, Lydia s’installa avec son fils et Lorenzo au salon. Loïc demanda à sa mère si son ami pouvait rester un peu, le temps avant de retourner à Londres. Elle accepta sans problème. Elle était tellement contente de voir son fils, qu’elle dirait oui à tout, ce jour-là. Loïc lui parla de ses nombreux voyages, des concerts et de la possibilité qu’il a désormais à s’installer dans une belle maison. Lydia n’avait pas rêvé mieux, son fils était heureux et en bonne santé, c’était tout ce qui lui importait. Pendant qu’il parlait, Loretta s’était enfermée dans sa chambre pour se changer. Elle avait prévu de préparer le repas pour le retour de son frère avant d’aller chez Lise. Lorsqu’elle fut prête, la jeune femme se rendit dans la cuisine. Lorenzo la vit passer et s’éclipsa du salon pour la rejoindre. « C’est toi qui cuisines ? – Bananes plantains et gigot d’agneau. Loïc a toujours aimé ce plat. – Et après ? – Et après quoi ? – Tu vas partir travailler ? – Tu ne viens pas avec moi. – Et pourquoi ? – C’est un club privé. Si tu n’es pas sur la liste, tu n’entres pas. – Même chez les plus tordus, il y a un laissez-passer maintenant ? Allez, s’il te plaît, mets-moi sur ta liste, je suis sûr que tu veux t’amuser aussi. – Je bosse. – Prends-moi comme photographe. – Pourquoi tu tiens tant à te rendre à cette soirée ? – J’éprouve le besoin de savoir ce que ça fait d’être riche, ne serait-ce que pour une soirée. – Tu as vraiment un problème. – J’irai un jour, avec ou sans ta permission. – Je te souhaite bien du courage. Allez, laisse-moi cuisiner ou aide-moi si tu n’as rien à faire. – Je vais t’aider, étant donné que ta mère a accepté que je dorme quelque temps ici. Il faut bien que je mette la main à la pâte. – Quoi ? – Je suis sûr que dans le fond, tu es heureuse, dit-il avec un sourire. – Tu n’iras pas à la soirée. » Il continua de sourire sans rien dire. Il se lava les mains sous le regard de Loretta. Elle allait le surveiller de près, il pouvait en être sûr.
Chapitre
Lechampagne fut servi dans un verre en cristal dont la main qui le tenait affichait une manucure parfaite, une bague en diamant. Le verre mené à la bouche montrait des lèvres maquillées d’un rouge vif. La belle blonde était assise au bar de l’entreprise familiale :Le Margaret. Elle était vêtue d’une robe courte de grand couturier. À peine eut-elle fini son verre, qu’elle en demanda un autre. Soudain, une main d’homme la prit par la taille. Elle sourit avant de se retourner. Lise n’était pas surprise de voir Larry venir l’inviter à danser. En l’espace d’un instant, ils se retrouvèrent au milieu de la foule. C’était le vendredi soir, et comme chaque soirée du week-end, tout était permis. L’alcool coulait à flots, des filles et des garçons dansaient, d’autres oubliaient la pudeur, et certains négligeaient l’interdit de produits illicites. Il ne fallait pas oublier les danseuses burlesques qui dansaient chaque soir. La plus connue d’entre elles n’était autre que la propriétaire, elle-même, qui avait pris l’habitude de se montrer en spectacle. Elle quittait alors sa robe chic et classe, faisant d’elle une femme distinguée de la haute société, et son chignon de fille sage, pour devenir ce qui, selon elle, lui correspond plus, une fille libre. Chaque week-end, on l’applaudissait pour cela. D’un autre côté, cela ne la dérangeait pas plus que cela. Depuis qu’elle avait changé les conditions d’entrée, l’argent rentrait beaucoup plus facilement. Une fois son plaisir fini, elle retourna près du bar où un autre homme l’attendait. Elle le connaissait tout aussi bien. Il y avait aussi ce soir-là, à son côté, une femme qu’il embrassait tendrement avant que Lise vienne s’asseoir auprès de lui. Lorsque celle-ci fut partie, le jeune homme adressa un petit sourire malin à Lise. Elle lui rendit le même sourire. Il lui tendit une cigarette, qu’elle accepta. « N’oublie pas que tu épouses bientôt ma sœur, Léopold, dit Lise doucement. – N’oublie pas que ce qui se passe ici, n’est pas toujours très légal. » Elle eut un sourire gêné et le laissa repartir à ses occupations préférées. L’homme retourna auprès de la jeune femme qui lui prit la main et l’entraîna dans un endroit où il n’y aurait pas de regards indiscrets. Lise resta au bar et se tourna vers la salle. Au même instant, elle fut éblouie par un flash. Il immortalisa à jamais son regard surpris et mécontent.
Le photographe abaissa son appareil, et elle put voir Loretta. Lise montra encore plus son insatisfaction. La photographe avait cependant les yeux qui brillaient et un sourire que pourrait afficher une guerrière après avoir gagné la bataille. Elle repartit aussitôt se fondre dans la masse. Elle prenait les photos les moins compromettantes tout autant que les plus préjudiciables. Lise savait désormais qu’elle était là, et se promit de se tenir à carreau. Pourtant, il n’était pas exclu que le mal se soit déjà produit.
Chapitre
Au petit matin, de bonne heure, Lise se réveilla en sursaut. Elle vit Lydia près de la porte grande ouverte. Auprès d’elle, son père. Celui-ci était rouge de colère. C’était lui qui l’avait réveillée en hurlant son nom : « Lise Laval ! » La jeune femme se leva aussitôt, mais semblait encore ne pas s’être remise de la soirée d’hier soir. « Bonjour papa. – Dépêche-toi de te préparer. Ta sœur ne va pas tarder à arriver. » Il partit aussitôt. Lydia s’avança alors près du lit de la jeune fille. « Vous avez bien dormi ? – Je déteste ta fille, Lydia. – Je suppose que non. » Lise se leva et alla dans sa salle de bain. Lydia s’assit sur le lit et attendait que la jeune fille, dont elle s’occupe depuis son enfance, lui raconte sa soirée qui a mal tourné à cause de sa fille. « Loretta prend un malin plaisir à montrer à mon père les photos qui ternissent ma réputation. Elle veut que je perde sa confiance, son argent et son héritage. Je ne peux pas la laisser continuer à me traiter ainsi. Quand je pense que c’est toi qui l’as mise sur terre. Enfin, Lydia, quelle idée stupide ! Si Lysis n’avait pas décidé de se lancer dans la musique, crois-moi qu’elle aurait récupéré le night-club de papa. C’est vrai que maman m’a beaucoup aidé, si elle n’avait pas été là, papa ne m’aurait pas donné cette chance. Je dois trouver une solution pour que Loretta arrête de salir mon image. Et tu vas m’y aider. » Lydia l’écoutait toujours attentivement, elle avait souvent droit au même discours, pratiquement chaque samedi matin. Elle attendait ainsi qu’elle termine de se préparer dans sa salle de bain. Pendant ce temps, elle faisait son lit et triait son linge. Lorsque Lise sortit enfin prête, elle lui demanda : « Alors, qu’est-ce que je pourrais faire ? – Mademoiselle Lise, chaque samedi matin, vous me posez exactement la même question, et je vous réponds la même chose. » Lise montra aussitôt un regard grave, comme si elle venait d’apprendre une terrible nouvelle. Elle partit alors à toute vitesse, ce qui accentuait le bruit de ses talons. Lydia n’était plus étonnée. La jeune femme alla retrouver ses parents qui déjeunaient. Elle leur dit bonjour et s’assit, attendant d’être servie. Lydia arriva non loin derrière elle et souriait comme toujours. « Je vois que le retour de Lysis nous réunit enfin ! Commença Lise de manière à ne pas avoir à répondre au chantage de l’employée. – Ne dis pas n’importe quoi, Lise, rétorqua sa mère. Nous étions là il y a un mois. Évidemment, tu avais tellement bu que tu n’avais pas pu venir manger avec nous. – Si je me souviens bien, vous êtes venus parce que j’avais annoncé l’arrêt de mes études. – Une idée vraiment stupide, reprit son père. Je te rappelle que cette école n’est pas gratuite. Si seulement tu avais l’intelligence de ta sœur ou de Loretta. – Lysis déteste notre milieu et Loretta est pauvre, c’est normal qu’elle se tue à la tâche pour ses études. – Lysis ne déteste pas notre milieu, elle est tout simplement plus sage et plus raisonnée que toi. Quant à Loretta, bien qu’elle soit d’un autre milieu et d’une culture différente, elle a tout de même des capacités que tu devrais avoir. – Finalement, je préfère quand vous n’êtes pas là. – Calmez-vous, tous les deux, dit sa mère. Je vous rappelle que Lysis arrivera d’une
minute à l’autre. Il ne faut pas qu’elle sente une tension entre nous. Montrons-nous unis. » Lydia arriva avec le plateau de Lise qui était bien garni. « Comme la famille de Lydia, dit la jeune femme en la regardant. Unis et solidaires. – Je peux vous apprendre à devenir plus aimable », suggéra Lydia. Cette remarque fit sourire Lionel, le père de Lise. Sa mère, Léonie, la trouva déplacée, mais en voyant le visage apaisé de son mari, elle ne dit rien. Lise resta bouche bée. Elle mangea une fraise et se leva. « Lise ! » s’exclama son père. La jeune femme se tourna vers lui. « Durant ces deux mois de vacances, j’espère que tu auras changé d’avis concernant tes études et sur ton comportement. – Je n’ai pas renouvelé mon inscription. – Je crois savoir que Loretta fait les mêmes études que toi. – C’est exact, monsieur, confirma Lydia. – Tu n’es pas sérieux ? demanda Léonie. – Pourquoi pas ? C’est en partie grâce à elle que le night-club a davantage de succès. C’est elle qui s’occupe du site Internet. – Je te signale que c’est tout de même moi, la propriétaire, rétorqua Lise. – Je crois savoir que tu passes plus de temps sur la barre de strip-tease que derrière le bureau. – Comment ? s’écria Léonie. – Elle t’en a parlé ? Elle t’a montré les photos ? demanda Lise. – Elle n’a pas eu besoin de le faire. Les commentaires laissés sur le blog ne parlent que de cela. Je suis surprise de voir que ta mère n’est même pas au courant. Lise, même de loin, j’ai un œil sur mon entreprise. Fit savoir Lionel. – Je te rappelle que c’est la mienne, reprit Léonie. C’est toi qui gères tout depuis notre mariage, mais c’est mon père qui m’a laissé ce bien. Ne t’avise pas de mettre ma fille à un niveau moindre de celle de la domestique. » Lydia, blessée, retourna dans la cuisine. Léonie avait le même caractère que Lise. « Lise fait du bon travail. C’est une femme qui vit avec son temps, et j’en suis fière. Concernant tes études, il va falloir qu’on paye le prix fort pour que tu retournes dans une école d’excellence. Même si tu portes le nom de Laval, tu es une Lord. – J’ai tout de même mon mot à dire », reprit Lionel. Lise partit après avoir adressé un sourire à sa mère. Léonie regarda son mari. « Je n’en suis pas sûre. Je te signale qu’à la base, tu n’es que fils d’ouvrier, il y a certaines choses que tu ne peux pas comprendre. – Est-ce qu’il n’y a que cela ? – À part le fait que je sois informée que ton fils métis est de retour sur Paris. » Lionel resta sans voix. « Oui, reprit-elle, il n’y a que cela. » Léonie continua de manger comme si de rien n’était. Soudain, la sonnerie de la porte d’entrée résonna. Lydia s’empressa d’aller ouvrir. Elle reconnut la jolie brune aux yeux noisette qui lui sourit. Elle reconnut sa simplicité dans sa tenue et dans son maquillage léger. Elle se souvint de la raison de son départ. Tout comme son fils Loïc, la jeune fille jouait d’un instrument. Elle avait choisi le violoncelle et elle faisait partie d’un orchestre. Lysis, de sa petite voix douce, lui dit : « Bonjour Lydia. »