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Maintenant

De
220 pages
Il existe dans la vie de chacun un instant après lequel rien ne sera plus comme avant  : cet instant, c’est maintenant.  Il survient  quand nous tombons amoureux, ainsi que tombent amoureux Lidia et Pietro.
Lidia, toujours à la recherche d’émotions fortes, et Pietro, introverti et prisonnier de son passé, se rencontrent.
Renonçant à toute certitude, ils s’arrêtent, même s’ils ont tous deux été trahis en faisant confiance à la vie, mais c’est peut-être pour cette raison justement que maintenant… Alors, que va faire Lidia de son désir de fuite et de Lorenzo, son «  amour éternel  » auquel la rattache encore un lien durable  ? Et comment Pietro pourra-t-il connaître la stupeur s’il n’affronte pas un traumatisme qu’il s’est habitué à oublier  ?
Avec Maintenant, Chiara Gamberale relève le défi de décrire de l’intérieur le processus en vertu duquel on tombe amoureux. Chercher des mots pour l’attirance, pour le sexe, pour la bataille incessante entre nos blessures et nos espoirs, puis s’interroger sur le mystère auquel tout cela nous appelle. Grâce à une voix tantôt rêveuse, tantôt chirurgicale, nous assistons de très près aux élans, aux résistances, aux erreurs de Lidia et de Pietro et aux nôtres, au point d’explorer ce point «  sous les côtes, à la hauteur du ventre  » où peut se produire ce à quoi nous aspirons, mais qui nous effraie tous  : le changement. Autour de nos deux héros, une série de personnages tragicomiques mettent en scène la frénésie de ceux qui, au lieu de s’arrêter, s’obstinent à poursuivre les autres pour mieux se fuir eux-mêmes…

Traduit de l’italien par Nathalie Bauer
 
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Couverture : Chiara Gamberale Maintenant Roman Traduit de l’italien par Nathalie Bauer JC Lattès

www.editions-jclattes.fr

Page de titre : Chiara Gamberale Maintenant Roman Traduit de l’italien par Nathalie Bauer JC Lattès

Titre de l’édition originale
ADESSO
publiée par Feltrinelli Editore, dans la collection I Narratori, 2016

Ouvrage publié sous la direction
éditoriale de Sibylle Zavriew

Extrait de Le luci nelle case degli altri de Chiara Gamberale
© 2010 Mondadori Libri Spa

Page 193 extrait de l’œuvre de Javier Marias Demain dans la bataille pense à moi, traduction d’Alain Keruzoré, Gallimard, 2009.

Maquette de couverture : Didier Thimonier
D’après le studio Feltrinelli
Photographies: © Getty Images

ISBN : 978-2-7096-5886-7

Copyright © Chiara Gamberale
Tous droits réservés.
Publié avec l’accord de The Italian Literary Agency.
© 2017, éditions Jean-Claude Lattès pour la traduction française.
Première édition juin 2017.

À Lui

« Car rien ne peut être unique et complet qui n’ait été d’abord déchiré. »

W.B. YEATS1

« … Malheureux celui qui prévoit
l’avenir et ses désenchantements !
Malheureux celui dont la tête,
toujours froide et logique, n’a jamais su
qu’analyser les paroles et les délires du cœur,
et qui, glacé par l’expérience, n’a jamais pu
trouver l’oubli au fond d’une rêverie mensongère ! »

Alexandre POUCHKINE,
Eugène Onéguine, IV, 512

Il y a sept milliards de personnes dans le monde.

Mais elles se divisent fondamentalement en deux catégories.

Celles que nous aimons.

Et toutes les autres.

« Tu es italienne ?

Oui. Et toi ?

— Français*1. De Metz.

Mais tu parles italien.

— Un petit peu* : de l’italien de plage.

C’est ta première fois à Santa Cruz ? »

Des mains, il forme le chiffre vingt-deux et indique du menton la planche de surf, derrière le comptoir du bar. « Je m’appelle André*. Et toi ?

Lidia.

Tu aimes Santa Cruz, Lidia ?

Je déteste.

— Alors qu’est-ce que tu fais ici* ?

Il y a un mois, je me suis séparée de mon mari, c’est-à-dire de mon ex-mari, et j’ai lu dans un livre débile – conseillé par mon analyste – qu’il faudrait, pour s’habituer aux grands changements que la vie nous impose, faire sans cesse des choses qui ne nous seraient jamais venues à l’esprit… La première a consisté à croire un livre débile, justement… Et la seconde à venir ici, un endroit que j’assimilais au mal, parce que mon mari – mon ex – m’avait persuadée que la Californie est violente, qu’elle se disperse, qu’elle s’étouffe, mais…

Mais ?

Mais je l’ai trouvée violente, j’ai trouvé qu’elle se disperse, qu’elle s’étouffe.

Tu aimes boire, non ?

C’est une des nouvelles choses que j’apprends…

— Une autre* Bud ?

— Merci*.

— Plus tard* ?

Quoi, plus tard ? »

Plus tard, ils se retrouvent dans un restaurant mexicain et font semblant de se partager un burrito, car ils sont déjà occupés à se déshabiller mentalement, enfin : vite, vite, ils gravissent l’escalier de la pension où André a une chambre, la numéro 26, pardonne-moi le désordre, mais non voyons, de l’eau* ?, juste une goutte, merci.

« Viens là*. »

Les jours passent, environ dix. Lidia confie à André que lorsqu’on se sépare d’un être qu’on a vraiment aimé, on a l’impression de se séparer intérieurement, André n’arrive pas à tout comprendre, mais il trouve que la voix de Lidia a un timbre qui dessine des vagues vierges ; elle lui demande parle-moi de toi, elle ne saisit pas tous les mots, il a peut-être un magasin de chaussures orthopédiques à Metz, il est peut-être né en juin, cependant elle est captivée par ses yeux, semblables à des fenêtres tout juste lavées, par ses bras forts, par son naturel, par son intensité, par le désir incessant qu’il a d’elle, alors que Lorenzo n’avait jamais envie, par sa façon de l’embrasser du front jusqu’aux doigts de pied puis des doigts de pied jusqu’au front, alors que, les derniers temps, Lorenzo n’acceptait même pas qu’elle dépose un baiser sur sa joue, chaque fois qu’elle essayait il répliquait d’un vilain geste de la main, arrête Lidia, comme pour effacer le baiser.

L’aube de leur dernier jour à Santa Cruz va se lever, juste avant de s’endormir André lui glisse une main entre les jambes, comme ça, pour qu’elle puisse la garder, et Lidia a l’impression de sentir une petite boule remuer sous ses côtes, à la hauteur du ventre.

« À Paris dans quinze jours*, promet-il à l’aéroport avant de voir le contrôle de sécurité engloutir Lidia.

À Paris dans quinze jours », promet-elle.

Quinze jours après, les voici à Paris.

Ils sont déjà nus lorsqu’ils pénètrent dans la chambre de bonne qu’un ami a prêtée à André – dans le Marais semble-t-il à Lidia, qui se trompe peut-être parce qu’ils ne sortent même pas pour faire les courses, ils mangent ce qu’ils trouvent, des gaufres au chocolat, des galettes de riz, de la mayonnaise, boivent du jus de myrtille et des Heineken.

Ils se rhabillent au bout de trois jours, quand André lui dit j’aimerais t’emmener chez moi.

« Oui, André. Oui, oui*. Allons-y. »

Ils y vont.

METZ, 12 km, assure un panneau.

Lidia prie André de s’arrêter.

« Je ne me sens pas bien.

— Qu’y a-t-il* ?

Je ne comprends pas. Parle italien, s’il te plaît.

Qu’y a-t-il ?

Rien. »

Ce n’est pas vrai, il y a quelque chose. Ou mieux : il n’y a plus rien. La petite boule qui s’était nichée à la hauteur de son ventre, à Santa Cruz, après qu’André avait glissé une main dans sa culotte, cette espèce de moineau sans plumes aux yeux collés, hop !, s’est envolée. Et a laissé un vide – le vide habituel – là où elle était, malédiction, l’espace d’un instant : une nouvelle chance.

Qui est ce type qui conduit et me tient la main comme si nous lui appartenions – ma main et moi –, comme si la voiture était à nous et, de surcroît, comme si tout ça n’était pas du délire, mais des prémices ? s’interroge Lidia, qui vomit, pliée en deux, au bord d’une route surélevée dans le nord de la France. Qui est-ce ? Lorenzo ? Non, ce n’est pas Lorenzo. Dans ce cas, qu’est-ce que je fiche ici ? Qu’est-ce que Metz signifie ? Pourquoi devrais-je me trouver à douze kilomètres de cette ville ?

Non, non, non.

Pas moi, pas avec lui.

Pas à Metz.

Pas maintenant.