Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 10,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

avec DRM

Partagez cette publication

Publications similaires

Les Soeurs Robin

de robert-laffont

Le Printemps du loup

de calmann-levy

L'Amour de la Vie

de fv-editions

Vous aimerez aussi

Surprises sous-marines

de les-presses-litteraires

Les contes de Paris

de les-presses-litteraires

Transes digitales

de les-presses-litteraires

suivant
À cet instant parfait… Rien d’autre. Rien d’autre. Autrement dit. Rien. Le peuplier. Vide. Parfaitement dit. Le vide.
Je onge e cana, une cîgarette entre es doîgts. Peut-être a dernîère que je porte à mes èvres. J’approche e Brîquet et tîre sur e tuBe de nîcotîne pour que e jour se ève dans ’aspîratîon d’une Brûure. e papîer crépîte et a cendre encore Brûante se mêe à a poussîère du chemîn. a umée chargée d’înquîétudes empoîsonne a racheur du matîn. e tumute de ’eau, a Brîse dans es ramures et mes chaussures dans ’épaîsseur du tapîs de euîes mortes. Ma nuque est dououreuse. J’aî Beau ermer es yeux pour échapper aux apparîtîons, rîen ne peut m’épargner es pu-satîons du monde.
Je devîne une présence derrîère es troncs muets des Berges assomBrîes. Queque chose m’oBserve dans es înters-tîces. M’assîège. Me prend aux trîpes. Ce sont es sîhouettes de mes ancîens compîces quî se dressent entre es arBres. e Poîsson, ’Opossum, Musaraîgne… J’en aîssaî pus d’un sur ’autre rîve. Sans m’arrêter, sans même raentîr. Je surveîaî ceux quî me suîvaîent sans rîen dîre. Me méIant de eurs
1
1
întentîons. Et je ne vîns pas au secours de ceux quî, tentant de me rejoîndre, se noyèrent dans a traversée. Aujourd’huî, ces antômes me poîntent du doîgt. bouches sîencîeuses éterneement ouvertes. Accusatrîces. Gorges endoorîes de ne pouvoîr crîer. OmBres aux pos-tures maveîantes agîtées dans ’exhîBîtîon de eurs paîes. Spectres dont a seue présence est une vengeance. Peu împorte où se pose mon regard, j’aî a rétîne souîée. Empêchée par ’îgnomînîe d’îmages quî s’încrustent entre e monde rée et moî. Traverser ’océan à a nage ou mar-cher sur ’onde… Envîe de ponger sans savoîr nager. Putôt que d’împorer une seconde chance. Pour ceux quî peuvent encore croîre à cette îdée. Un choîx, une optîon, une oppor-tunîté. es choses comme ees se présentent. Magré nous. Avec notre consentement. Comme ees vîennent. Nécessaî-rement. Un nouveau départ… Peut-on ’envîsager pour un homme te que moî ?
Deux, c’eût été déjà trop, or î me semBe avoîr vécu un nomBre încacuaBe de vîes. Je n’en souhaîtaîs aucune. Je n’en mérîtaîs pas une seue. Qu’aî-je aît de ce temps ? Qu’aî-je aît de mes Bonnes résoutîons ? Je respîraîs dans ’omBre et dans a umîère. Dans ’omBre, je savaîs reconnatre es menteurs. Dans a umîère, jamaîs je ne prîs e droît d’être moî-même.
ï m’aura au pus de vîngt ans pour comprendre e monde, pour en aîre e tour, pour détermîner ce qu’on peut en attendre et ce que je pouvaîs raîsonnaBement uî appor-ter. Vîngt ans pour comprendre quee étaît notre actîon au VestîBue et, Bîen trop tard, comprendre que je traîtaî en sodats ceux quî urent mes seus vraîs amîs.
Vîngt ans, ce n’est rîen. Ça passe vîte. Et ça Baaîe, au mîeux, un quart de votre vîe… ïmpossîBe de revenîr en arrîère pour que e petît garçon ragîe et terrîIé que j’étaîs
12
sauve mon âme. J’aî ermé sa gueue à cet avorton, à a seue part de moî-même qu’on auraît dû épargner.
Sur a rîve opposée, es hommes Bâtîssent de nouveaux otîssements. « Comme î y avaît des oups dans es Boîs, îs rasèrent a orêt… » Au grî, a coueuvre ; dans e seau, es têtards. Après ’assèchement des maraîs, es prîmes d’arra-chage des vîgnes, a dîsparîtîon progressîve des pînèdes et e terrassement des parcees, déButent e dépoîement du ré-seau de canaîsatîons, ’apparîtîon des canîveaux et Bouches d’égout, puîs a proîératîon des veînes et des artères éec-trîques, ’émergence de ’écaîrage puBîc… Expansîon… Déveoppement… Croîssance… Comme des tîssus organîques cutîvés dans es aBora-toîres, es vîages grossîssent, devîennent de petîtes vîes quî se transorment d’ees-mêmes en mégapoes avec eurs zones îndustrîees en pérîphérîe, eurs déchetterîes, eurs cîmetîères d’oBjets, eurs statîons d’épuratîon. Comme des anîmaux, ees mutîpîent es déjectîons, suîntent et dîs-pensent eurs Luîdes, s’entre-dévorent et se reproduîsent. OBscène înectîon. EnIn, dans cette proîératîon de struc-tures et de détrîtus, î audra pacer des âmes. a nature ’a vouu aînsî… Et a vîe contînue comme s’î ne s’étaît jamaîs rîen pas-sé de grave, comme sî e monde dans eque nous vîvîons n’avaît jamaîs connu cette catastrophe et qu’î n’aaît pus jamaîs suBîr d’autres catacysmes. Comme sî nous n’avîons pas échappé au pîre, et comme sî nous avîons échappé au pîre maîs sans e savoîr. Même sî nous avons ’întuîtîon que e pîre est à venîr…
Quoîqu’îs aîent Beaucoup changé, ces îeux me sont amîîers. À ’époque, ces terraîns étaîent înexpoîtés, es co-înes îndomptées et es étendues sauvages. Je grandîs sur ces
1
3
terres. J’en connaîssaîs es raccourcîs, es ayons et es sentes. Je courraîs à travers es Broussaîes et es arBustes, coec-tîonnant es égratîgnures et es morsures d’araîgnées. Sur-prîs par es crépuscues, je pîaîs chevîe sur ces mêmes caî-oux et mangeaîs a Boue après chaque dégrîngoade entre es sarments. Des après-mîdî soîtaîres, à crapahuter dans es garrîgues et es orêts de pîns avant de rentrer cradîngue, épuîsé, maîs content. Rassuré à ’îdée que a atîgue pourraît estomper e Boucan dans ma tête et me procurer queques heures de répît. Trouver e sommeî… Dormîr un peu…
Je saîs que nous gardons tous nos vîeîes Bessures au pus proond. es enants que nous étîons ne dîsparaîssent jamaîs totaement. es dîférentes versîons de soî restent pus ou moîns accessîBes dans e dîsque dur. (Rîen n’est aussî IaBe que e numérîque maîs conservez tout de même es copîes papîer de vos documents…) Nos peurs îrratîon-nees et nos craîntes justîIées persîstent cachées queque part en nous. Ees exercent eur pouvoîr, însîdîeusement, nous aîssant croîre que nous sommes matres de nos décî-sîons et responsaBes de nos comportements. Aujourd’huî, je ne tréBuche pus et je dors sur commande. On m’a enseî-gné ça. Ça et Bîen d’autres choses sur moî-même. Je ne suîs pus cet enant apeuré, tourmenté par es voîx quî s’învîtent, suBmergé par es preuves de ’exîstence, sufoquant dans e ventre de a panète. Je suîs devenu quequ’un d’autre. Je suîs devenu autre chose.
Cînq événements quî ont marqué votre enance ? a pupart des Bîographîes manquent d’orîgînaîté. es gens se ressemBent… 1 - Mort de ’anîma domestîque de a amîe. 2 - Dîvorce des parents. 3 - Premîer touche-pîpî avec a petîte voîsîne.
14
4 - Fracture d’un memBre et convaescence. 5 - Premîer voyage à ’étranger. Je ne pourraî pas vous donner es mêmes réponses. C’est sûr… Premîèrement, mes séjours à a cînîque. a vîoence des premîères crîses. Je dus apprendre seu. Quî auraît pu m’aîder de toute açon ? Personne. J’étaîs empêtré dans a vîscosîté de sensatîons qu’aucun être humaîn ne peut saî-sîr, séquestré dans a tour soîtaîre quî garde es secrets de ce monde, îsoé dans ’acôve sînîstre où rêve et réaîté sont îdentîques. Aucun médîcament ne put înLéchîr ce qu’îs dîsaîent êtrema pathologie, aucun éectrochoc ne modîIa ma vîsîon de ’exîstence, aucun traîtement ne me ramena du pays des spectres maîs, parce que j’avaîs comprîs ce quî m’attendaît, parce qu’î aaît împératîvement sortîr de à, je Is mîne d’être guérî.
Deuxîèmement, a premîère oîs que j’entendîs un cœur cesser de Battre. Ceuî de mon grand-père sur un ît d’hô-pîta. J’étaîs e seu dans a pîèce à pouvoîr entendre ça, à oreîe nue. Je suaî et j’eus terrîBement roîd car c’est un sîence à nu autre pareî. Je âchaî a maîn maternee et ce vîde îmmense me saîsît. a poîtrîne du vîeî homme devînt un goufre maveîant au ond duque des âmes patîentes attendaîent de m’arracher es yeux. De ’autre côté de cette Brèche, une chose quî se dépaçaît moement me cracha au vîsage…
Troîsîèmement, mon comBat permanent avec a créature quî vîvaît sous mon ît. a premîère oîs que nos regards se croîsèrent ut aussî a dernîère. e pus dîicîe ut de cacher sa carcasse éventrée sans attîrer ’attentîon, de nettoyer es souîures sur e parquet, d’évîter à mes parents a vîsîon de ses vîscères phosphorescents.
1
5
Quatrîèmement, e jour où mes génîteurs me dévîsagèrent comme sî j’étaîs un monstre parce qu’îs avaîent comprîs ce dont j’étaîs capaBe. a In de eur întîmîté, e déBut de eur paranoa. eur désarroî, eur répusîon aichée, eur dégoût de moî. ’îgnorance quî mène à a coère et a cupaBîîté.
Maîs s’î est un moment quî changea ma vîe radîcae-ment, ce ut ma premîère rencontre avec e Chîen. ï y a deux décennîes, à queques enjamBées d’îcî…
Jusqu’aors, mes parents avaîent compensé ’aBsence d’amour par a pratîque quotîdîenne de ’îmîtatîon du Bon-heur, maîs cette année-à, îs décîdèrent de se har ouverte-ment. À cette occasîon, je découvrîs es manîestatîons de ’amertume et de a détestatîon. es Bouteîes qu’on vîde, es portes quî caquent, es assîettes qu’on se jette à a gueue, es gîLes admînîstrées, es coups de poîng dans es murs, es peurs asphyxîés, es crîs quî paraysent.
Comme j’étaîs assez grand pour sortîr de a maîson, je uyaîs es dîsputes parentaes et me réugîaîs sur es Berges du cana. Je marchaîs jusqu’en amont du déversoîr pour oB-server a nage des poîssons entre es gaets. Avec de ’eau jusqu’aux genoux et des armes dans e nez, c’est à que, pour a premîère oîs, e Chîen vînt à moî. J’entendîs es anîmaux quî s’écartaîent sur son passage, es rampants quî se cachaîent dans es pantes aquatîques, es voatîes quîttant es Bran-chages et es craquements de carapaces d’însectes écrasés sous son pas décîdé. Je perçus son soule ourd et proond, preuve de sa détermînatîon ; e dépacement de ’aîr quand î esquîva es Brîndîes ; e déchîrement du tîssu agrîppé par es ronces ; a conrontatîon des musces et des roseaux, eurs craquements respectîs ; a percussîon étoufée des semees dans a poussîère quand î enjamBa es racînes et es caîoux. Et puîs, Bîen que ce ût împossîBe, î aîît me surprendre en arrîvant au pîed du taus pus vîte que prévu.
16
ï se posta derrîère moî et se massa a nuque. a soî e It dégutîr. Je pouvaîs entendre son cœur : magré ’efort our-nî, î Battaît entement. Nous restâmes sîencîeux pendant de ongues mînutes jusqu’à ce que, sans quîtter es écaîes des yeux, je demandaî : « Tu as marché ongtemps… Tu veux quoî ? – Je saîs que tu vîens îcî tous es jours. Maîs je ne saîs pas encore pourquoî. – Tu m’espîonnes ? Je t’aî jamaîs vu dans e coîn. – Pas Besoîn de te surveîer pour savoîr où tu es. Savoîr ce n’est pas devîner. Quand on devîne on peut se tromper. Moî, je ne me trompe jamaîs quand î s’agît de retrouver es autres. Car c’est cea que je saîs aîre : je saîs où îs sont. Tous. » ï paraît comme un adute. Je n’aîmaîs pas ça. Je evaî a tête. ï se tenaît entre e soeî et moî. Ses chaussures rouges empestaîent a course. Son t-shîrt étaît aussî trempé qu’aBmé. a sueur paquaît es cheveux sur ses tempes. C’étaît un garçon de mon âge maîs î avaît e regard d’un che d’entreprîse, e ront soucîeux d’un type quî a des proBèmes Bancaîres, e sourcî sceptîque d’un dîpomate en échec. « ï y en a d’autres comme moî ? demandaî-je. – Ouî, î y en a d’autres commenous… Aors ? Pourquoî vîens-tu îcî ? – Mes parents s’engueuent tout e temps à a maîson… ïcî, c’est pus tranquîe. – Je t’aî posé une questîon. Pourquoî vîens-tu îcî ? – Je… – Tu n’as pas à avoîr honte… C’est dououreux ?
1
7
– Un peu. Ça aît ma… – a nuque. – Ouî… à a nuque. » ï savaît ça aussî… ï remua a vase du Bout des doîgts. « Sî tu ne devîens pas ou en grandîssant, tu déveoppe-ras d’autres acutés… – C’est quoî des acutés ? – Ça veut dîre que petît à petît, tu apprendras à aîre d’autres choses. – Et sî j’veux pas ? – Un oîseau saît voer, un poîsson respîre sous ’eau. Croîs-tu qu’on eur a aîssé e choîx ? » ï sortît un paquet de cîgarettes de sa poche aînsî qu’un Brîquet et puîs î s’accroupît à côté de moî : « Cope ? – C’est pour es adutes ces trucs-à. – Parce qu’avec ce que tu es capaBe de aîre, tu penses encore être un enant ? »