Mambangou

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Son balluchon sur la tête, et portant d'une main un petit bidon de pétrole, Koumba suit les pas de sa mère sur la piste bordée d'herbes folles gorgées de rosée froide. Son père ouvre la marche, le fusil de chasse calibre 12 en bandoulière. Régulièrement, à l'aide de son coutelas tranchant, il sectionne en quelques coups secs les végétaux qui entravent sa progression. Les grandes vacances scolaires enfin venues, le petit Koumba va séjourner dans la lointaine forêt de Mambangou en compagnie de ses parents qui y fondent de nouveaux champs. Dans cet univers présumé hostile et plein de mystères, il goûtera le bonheur de vivre à l'air libre, de s'amuser gaiement et de se délecter des douceurs qu'offre généreusement la nature.
Publié le : jeudi 12 décembre 2013
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Source : http://www.monpetitediteur.com/librairie/livre.php?isbn=9782342016925
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782342016925
Nombre de pages : 108
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Bonaventure Kassa-Mihindou
MAMBANGOU
 
Mon Petit Éditeur
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IDDN.FR.010.0119176.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
À mes parents Qui mavaient fait aimer La forêt et ses vertus
I Mouila se dévoile en repoussant lentement les brumes mati-nales du début de saison sèche. Un vent frais agite les feuillages des palmiers et des grands arbres comme pour saluer lapparition du soleil qui redessine la ligne de lhorizon. Lancien conglomérat villageois de Moussime-Nzambi fondé par les in-digènes pounous de la tribu Simbou sort de sa léthargie sous les pépiements des tisserins. Les cocoricos claironnés depuis les toits des habitations rappellent le rituel hommage de la basse-cour au soleil émergeant. Un nouveau jour commence. Dans les quartiers où le tout-venant sest installé tant bien que mal, en espérant y prospérer avantageusement, Mouila se déploie sur les deux rives de la Ngounié en lumière et en sons. Que de péripéties pour en arriver là ! La coloniale a laissé des traces dans cette bourgade, hélas ! De la flagellation aux coups de pieds administrés aux fesses des sujets. Des travaux forcés aux collectes de café, de palmistes et darachides. Enfin, la ville sest faite à la sueur des indigènes et dune main-duvre hété-roclite. Elle a établi progressivement son plan durbanisme, aménagé ses rues en latérite, construit ses bâtiments administra-tifs en briques de terre cuite, ses écoles, ses lieux de culte, ses commerces.
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Ce matin, les activités humaines reprennent sur les deux rives de la ville. Le passeur qui a veillé la nuit bavarde plaisam-
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ment avec son collègue qui va le relever aux commandes du bac. Dans des gobelets faits de phalanges de bambou de Chine, ils sirotent ensemble le contenu de la calebasse retirée dun palmier couché tout près. Un peu plus dun litre de vin dont lamertume des écorces du wali suffit à les stimuler. Lunique camion-citerne de la ville arrive et amorce une lente marche arrière en direction de la rivière afin de pomper leau qui sera distribuée immédiatement aux populations. Comme à son habi-tude, on entendra le boy chauffeur crier à chaque carrefour : « Mamba, Mamba »* ! Femmes et enfants accourront avec leurs récipients pour se faire servir gratuitement les quantités deau réglementairement attribuées à chaque famille. Le boulanger haoussa, sest déjà mis au travail, sur la rive droite. Il pétrit, roule et modèle la pâte quil dépose en bon ordre sur une feuille de tôle ondulée préalablement huilée. Lensemble passe ensuite la lunette incandescente du four quil ferme hermétiquement à laide dun solide assemblage ferreux maintenu par une cale en bois. Cest un homme vraiment sym-pathique venu du Congo pour faire du pain à Mouila. Sétant épris dune jeune fille de la contrée, il se fixa pour de bon. On voit les domestiques se hâter en direction des résidences. Dès leur arrivée chez les patrons respectifs, ils sattellent aux taches diverses. Les femmes lavent la vaisselle, balaient les pièces et essuient le mobilier, tandis que les jardiniers entretien-nent les potagers, et les espaces verts autour des concessions. Il faut dire quà la cité des « Évolués », au bord de la Ngounié, où habitent tous les patrons blancs et quelques rares cadres afri-cains dits évolués, tout est propre et beau. Les parcelles sont clôturées et bordées de palmiers, de cocotiers, ainsi que de fleurs multicolores. Le calme qui y règne nest interrompu que par des aboiements des chiens des responsables.
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Devant leurs cases, des hommes, le pagne noué autour du cou, bâillent bruyamment en dégageant des vapeurs de leurs bouches. Les basses-cours ségaient au fur à mesure que les poulaillers souvrent par-ci et par-là. Les individus voués aux travaux champêtres apprêtent déjà leurs outils : machettes, haches, limes. Cest ainsi quon les voit saffairer autour des cases pour prendre le chemin de la brousse avec femme et en-fants. Koumba, adolescent de onze ans, a déjà sauté de son petit lit et fait ses ablutions au-dehors. Pour lui cest le grand jour : il va, comme promis, accompagner ses parents dans la forêt vierge deMambangou.* Il est tout excité à lidée de sy aventurer. Au lieu des bosquets tout proches où sa maman lemmène souvent entretenir le champ où poussent larachide, le maïs et le manioc, cest plutôt dans des lointains espaces quil va sengouffrer. Il pensait à cette expédition depuis deux mois déjà. La veille, avant de sendormir, il avait soigneusement fait son balluchon. Pas grand-chose, en tout cas : une couverture, un pagne, quelques vieux habits et une serviette de bain. Il a aussi pris soin de remiser dans une malle livres, cahiers et autres fournitures scolaires. Ceux-ci nauront aucune utilité au cours des trois mois que durera environ son expédition. De retour dans la case, il shabille dune culotte kaki et dun polo vert délavé, chausse des sandales en plastique et sort dis-crètement pour le domicile de son camarade. Il va lui rendre un roman emprunté il y a de cela deux jours. Son titre :Voyage dans la jungle dAfrique Équatoriale,lavait tellement emballé quil avait lu avidement les différents chapitres de ce bouquin. Excellent élève, il faisait la joie de son instituteur qui lui donnait à lire à haute voix les textes des grands auteurs. Il a pu ainsi dévorer les descriptions des sites sauvages, les attitudes des bêtes féroces, mais aussi les portraits plutôt négatifs des autochtones appelés indigènesqui se paraient des os de leurs ennemis et portaient sur
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la tête des plumes doiseaux. Au fil des pages, il a découvert les péripéties de lerrance de ce curieux aventurier blanc qui se fai-sait transporter sur les solides épaules de ses esclaves acquis contre du tabac et des alcools. Il allait au hasard, à la recherche des nouvelles aventures, de la faune, de la flore et des odeurs exotiques. Couchant sous la tente, celui-ci prenait du temps à observer tout ce qui se passait autour de lui. Koumba, désabusé, a vite compris que les vues de cet explorateur sur les présumés sauvages africains étaient délibérément exagérées. Car, il aurait été tué si, réellement, il était tombé sur de vrais cannibales. Cette lecture a donné quelques frissons à lenfant dont les as-cendants, à son entendement, nont rien de commun avec ces indigènes si négativement caricaturés. En refermant son livre, il se souvint fort heureusement des propos quavait tenus le maître, un jour, à propos du roman. Celui-ci avait, en effet, pré-venu toute la classe que le roman nest en général que de la fiction, une histoire sortie de limagination de son auteur.
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En rentrant, il voit sa mère Pemba revêtue dune salopette défraîchie, sa tenue réservée pour les travaux champêtres, en train de ranger tout ce qui traîne autour de la grande case en torchis recouverte de paille. Elle se dirige ensuite vers sa cuisine aux parois en écorces frappées de pittoresques motifs croisées. Les travaux manuels nont pas entamé la beauté de cette jeune maman de trente ans au corps gracieux, et dont lenfant senorgueillit auprès de ses camarades. À lintérieur de la cuisine où elle entrepose ses ustensiles de cuisine ainsi que ses paniers en raphia et en liane, elle va prélever lessentiel des denrées sur létagère placée au-dessus du feu. Pendant ce temps, Kombila, lépoux, un solide gaillard fri-sant la quarantaine, prend son petit déjeuner en compagnie de Koumba qui la rejoint. Au menu, une savoureuse soupe de
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