Man Inéfô du bourg Sans Pitié

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Les jumeaux Adriel et Djoko apprendront à leurs dépens qu’il ne faut pas désobéir à leur mère...
Leur passion pour la pêche aux écrevisses les entraînera dans un lieu interdit hanté par Man Inéfô, un zombie des plus inquiétants. Commence alors une incroyable, fantastique et dangereuse équipée. Leur rencontre avec ce monstre multiforme, maître de l’illusion et expert en mesquineries tourne au cauchemar.
Mais nés coiffés, les deux frères bénéficient d’une curieuse protection ; aussi, parviennent-ils, malgré leur peur, à résister à l’impitoyable et infernale créature.
Heureusement, deux objets à l’aspect anodin mais à l’histoire tout de même singulière les accompagnent dans cet effroyable et parfois surprenant périple.


Publié le : lundi 2 décembre 2013
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EAN13 : 9782332619112
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ISBN numérique : 978-2-332-61922-8

 

© Edilivre, 2013

Résumé

Les jumeaux Adriel et Djoko apprendront à leurs dépens qu’il ne faut pas désobéir à leur mère…

Leur passion pour la pêche aux écrevisses les entraînera dans un lieu interdit hanté par Man Inéfô, un zombie des plus inquiétants. Commence alors une incroyable, fantastique et dangereuse équipée. Leur rencontre avec ce monstre multiforme, maître de l’illusion et expert en mesquineries tourne au cauchemar.

Maisnés coiffés*,les deux frères bénéficient d’une curieuse « protection » ;aussi parviennent-ils,malgré leur peur, à résister à l’impitoyable et infernale créature.

Heureusement, deux objets à l’aspect anodin mais à l’histoire tout de même singulière les accompagnent dans cet effroyable et parfois surprenant périple.

 

Une effrayante réputation

Commune retirée d’une île volcanique des Petites Antilles, Sans-Pitié vécut pendant de nombreuses décennies des évènements bien insolites et effrayants. Une pernicieuse ombre hantait ses bas-fonds ombragés. Se présentant sous diverses formes mais privilégiant celle d’une femme sans âge aux multiples visages, elle fut surnommée par tousMan Inéfô*.Aussi loin que remontaient les générations, il avait toujours été question deMan Inéfôet du coup, ses origines se perdaient dans l’opacité des nuits.

Les arrière arrière-grands-parents des habitants de Sans-Pitié avaient déjà eu affaire à elle ; aussi, sa légendaire et surprenante longévité tracassait plus d’un.

Ainsi, la rumeur allait bon train et tout propos à son sujet s’amplifiait démesurément. On raconte que lezombie* Man Inéfô se promenait la nuit aux abords de la forêt limitrophe. Du coup, tous les malheurs de la commune, tous les maux des habitants lui étaient imputés. Le moindre cercueil vous barrant la route, le plus insignifiant bœuf ou cochon se dressant la nuit devant vous, était censé être une apparition diabolique de Man Inéfô. Aussi, se perpétua sans peine, la terrifiante psychose créée autour de cette négresse multi-centenaire, aux pouvoirs surnaturels et venue de nulle part.Comment en aurait-il pu être autrement quand tout dans cette créature transpirait le mystère et inspirait la crainte.

Un dicton prétendait même que personne ne sortait indemne d’une promenade aux abords de la forêt ; pénétrer son obscur et impressionnant rempart de végétation s’apparentait à signer son arrêt de mort ; on parlait desdisparusde la forêt, ceux qui avaient été complètement fous pour s’y aventurer et n’étaient jamais revenus. Et puis on discourait sur ce braconnier ayant eu la chance d’en ressortir ; on affirmait qu’incontestablement, il était né sous une bonne étoile !

Pourtant, cette protection des astres avait été bien éphémère !

On raconte alors que, posant ses pièges à l’orée de la forêt profonde, ce trappeur avait été pourchassé en plein jour par le spectre d’une femme noire et âgée ; oui, un spectre…, car avec sa peau fanée virant au bistre, son odeur de charogne, la femme paraissait plus morte que vivante. Solide gaillard, bon père de famille, l’homme qui n’avait pourtant rien d’un illuminé, ne s’en était jamais remis. Ses derniers mots intelligibles : la description du terrifiant personnage… à coup sûr, une entité venue d’un autre monde !!! Aussitôt après, le malheureux s’enlisa dans un bafouillage inquiétant. Mais hélas, ces troubles du langage s’aggravèrent ! Pris de tremblements convulsifs, il tomba dans un état de profonde hébétude et pendant une semaine,méconnaissable derrière sa barbe de huit jours, les yeux révulsés, il resta recroquevillé dans un coin de sa case. Des crises d’hystérie répétées succédèrent à cet état de prostration préoccupant. Un beau matin, victime d’hallucinations, il se mit à courir tous azimuts dans les rues de la commune, en hurlant comme un forcené. Recueilli par le prêtre de la paroisse de Sans-Pitié, il crécha quelques temps dans la sacristie de l’église, plus obsédé par ses démons que par l’éducation de ses nombreux enfants. Et puis, une nuit sans étoiles, monsieur le curé le retrouva pendu à la corde du clocher.

Alors, une fois encore, le village tout entier fit amplement des gorges chaudes de Man Inéfô.

« Cela suffit !, proclama alors le curé. Nous ne pouvons laisser le pouvoir à ce personnage des ténèbres ! »

Regroupant des hommes et femmes de bonne volonté, une battue fut alors organisée par l’homme d’église pour débusquer l’esprit maléfique de la forêt.

Armés de chapelets, de croix, d’eau bénite et d’huiles saintes, le vaillant groupe, muré dans sa foi, prit le chemin des bas-fonds en scandant :

« Nous, habitants de Sans-Pitié, serons sans pitié pour Man Inéfô ! »

« Nous, habitants de Sans-Pitié, serons sans pitié pour Man Inéfô ! »

Une vingtaine de colonnes par deux avança dans un ordre rigoureux à travers la verte campagne. Suffisamment nombreux pour être intransigeants, suffisamment pieux pour ne pas être déstabilisés, suffisamment courageux pour ne pas être vaincus, hommes et femmes, exorcistes en herbe et fiers de l’être, frappaient avec force leur talon sur le sol terreux…

En approchant la forêt, leurs cœurs se mirent à battre un peu plus vite ; confiants, l’œil illuminé de mille feux, ils s’encouragèrent en braillant de plus belle :

« Nous, habitants de Sans-Pitié, serons sans pitié pour Man Inéfô ! »

« Nous, habitants de Sans-Pitié, serons sans pitié pour Man Inéfô ! »

Mais en s’engouffrant sous les hautes herbes, à peine arrivée sur la fameuse piste empruntée par les rares et infortunés randonneurs victimes duditpersonnage des ténèbres, la solennelle infanterie perdit son assurance et se mit carrément à bégayer… un cafouillage indescriptible… ! Et refoulée par une force invisible, elle se dispersa. L’heure d’après, occultant comme par enchantement sa salutaire mission, elle conversait paisiblement sur la place publique près du grand bassin circulaire d’où émergeait une fontaine à tête de dragon. Mais, quand l’eau limpide s’échappant habituellement des naseaux en fonte de la bête s’arrêta de couler et rejeta des flammes, hommes et femmes revinrent à l’hallucinante réalité et un cri de stupeur collégialretentit. Et tous décrétèrent que Man Inéfô n’avait pas supporté cette tentative d’intrusion sur son territoire et le faisait savoir.

La leçon sembla avoir servi car, depuis, les rares preux habitants de Sans-Pitié en quête de détente, privilégièrent les plages sablonneuses et ensoleillées de la commune voisine aux sentiers ténébreux et inquiétants de leur forêt : s’octroyer un délassement assuré à la mer valait mieux que se balader dans ce paradis vert pouvant à tout instant se révéler cauchemardesque.

Quant à monsieur le curé, il prononça en faveur de Sans-Pitié quatre messes libératrices par mois et ce, pendant toute l’année suivante pour éviter dans la commune, une nouvelle manifestation diabolique de Man Inéfô.

Ainsi, toute cette région en contrebas du bourg fut complètement désertée et surnommée lefief de la diablesse. Une appellation terrible, menaçante… une appellation qui résonnait comme une mise en garde… une appellation qui concrétisait une incroyable réalité et accentuait la crainte de se retrouver nez à nez avec cette abominable et insaisissable femme.

Mais certains individus croient que le malheur n’arrive qu’aux autres ; ils sont sourds aux perpétuels avertissements. Alors, quand le destin s’en mêle, il suffit d’une insouciance débordante pour tout faire chavirer et transformer une agréable équipée en une véritable descente aux enfers.

L’aventure que vécurent à l’époque, Adriel et Djoko, des jumeaux âgés de douze ans, pris dans une tourmente insoupçonnable dans cette forêt, illustre bien cette pensée. Mais drôle de paradoxe, elle mit fin définitivement à la triste renommée de ce lieu si décrié. A compter de ce jour, la bourgade retrouva sa sérénité et sa joie de vivre. Toute peur disparut mais, fait marquant, la topographie, la faune et la flore de toute la contrée en furent bouleversées. Les habitants ne surent jamais la cause d’une telle transformation. Mais après avoir pris connaissance des tenants et aboutissants de l’équipée des adolescents, leur mère, Man Dèdette, comprit que ces évènements n’avaient pas de commune mesure. Et pour cause !

Elle avait l’impression qu’il s’agissait là de la suite logique des faits déroutants vécus douze ans auparavant.

Un plongeon dans son passé la conforta dans cette idée…

 

Agizul Lebrave

Charmée par le fossoyeur Agizul Lebrave, elle avait fait fi des réticences de sa famille en devenant sa concubine attitrée. Neuf mois plus tard, elle lui donnait deux fils Adriel et Djoko. Homme obscur, ténébreux et craint, Agizul avait trépassé la nuit suivant leur naissance et sa mort fulgurante restait encore à ce jour une véritable énigme.

Quand Agizul était revenu du cimetière, il n’avait déjà pas l’air dans son assiette ; en apprenant l’arrivée de deux fils au lieu d’un, il n’avait pas apprécié, mais vraiment pas apprécié du tout. Mais en réalisant que ses jumeaux étaient de surcroîtnés coiffés*, au bord du malaise, il avait complètement changé de couleur. A croire que tout ça le dérangeait…

Pourtant, les distinguant du commun des mortels, cette particularité leur conférait des facultés exceptionnelles. Mais, quimboiseur impénitent, Agizul ne pouvait ignorer les grandes lois régissant les destinées.

« Aucune puissance n’est attribuée sans contrepartie ! » disait-il ordinairement pour justifier les sacrifices qu’il exigeait de sescrédules patients.

Consulté secrètement pour résoudre des problèmes sentimentaux, familiaux ou sociaux, l’homme ne se sous-estimait pas. La puissance, il la possédait et s’en vantait. Il disait la puiser des mortsqu’il enterrait le jour en grande pompe avec les familles et qu’il déterrait seul, la nuit, sans même un trident ou une pioche… mais simplement à la force de la parole. Toutes ses sombres manigances n’étaient ni plus ni moins que des pratiques sataniques enrichies d’une profusion de prières mystiquesarchi-mystérieuses*.

Aussi, cette inquiétante puissance, il disait pouvoir en faire bénéficier tout individu venant le consulter. Il s’attira ainsi une grande clientèle des plus disparates. Mais n’ayant aucun scrupule à mettre sur la paille des êtres déjà très démunis, il réclamait des sommes faramineuses pour la moindre de ses interventions magiques. Leur promettant monts et merveilles, il se jouait des désespérés…

Mais en fait, Agizul n’améliorait la vie de personne. Toutefois, de peur de représailles, nul n’osait se plaindre d’Agizul, ni avouer l’inefficacité évidente de sontravail. Qui oserait affronter un hommeaux mains sales*et au mauvais œil… un homme pétri de vices, vindicatif à l’excès… qui n’éprouvait aucune pitié pour son prochain et donnait la chair de poule à sa simple vue ?

Lanceur de sorts, entremetteur maléfique et acteur principal de pactes diaboliques, ce grand escogriffe bedonnant, à la tignasse plus sombre que la boue, incarnait le Mal et ne pratiquait que le Mal.

Pour toutes ces duperies et forfaitures, le quimboiseur-fossoyeur avait reçu pendant la grossesse de sa concubine de nombreux messages de l’Au-delà.

Pour lui, le temps de l’expiation était venu ! Quand, comment ? Agizul l’ignorait !

Mais il était conscient d’être condamné et que sa fin était proche. Une abominable réalité qui, les derniers temps, lui avait fait perdre le sommeil.

Tétanisée par le personnage, Man Dédette s’était confinée dans une totale et incompréhensible soumission. Elle qui avait toujours eu la langue bien pendue se taisait en permanence. Quant aux sorties et aux agissements nocturnes d’Agizul ! Elle n’en parlait jamais puisqu’elle les ignorait totalement. D’aucuns disaient qu’une entourloupe magique de son cher concubin l’avait complètementaveuglée* !

Cependant, le comportement d’Agizul, la nuit précédant son accouchement, l’avait fort intriguée. Pendant de longues heures, le visage décomposé, il avait gardé l’oreille collée à la porte.

Avec qui conversait-il ? De qui était-il à l’écoute ? Visiblement son interlocuteur le terrifiait !

Elle-même en avait eu froid dans le dos ; et fait exceptionnel, courageusement, avait osé le questionner.

Elle se rappelait qu’Agizul lui avait ri au nez… un rire mauvais, bruyant et torrentiel ; puis il l’avait regardée intensément. Elle s’était sentie dépossédée de son âme, transpercée par un glaive brûlant avant qu’elle ne tombât dans une léthargie des plus suspectes.

Le matin à son réveil, assaillie par les premières douleurs de l’accouchement, Dèdette avait relégué au fin fond de ses pensées cette bien troublante nuit.

En conséquence, elle ne prit jamais la mesure de l’abjection et du machiavélisme de son concubin.

En vérité, en ultime recours, l’exécrable Agizul avait, lors d’un pacte ambigu avec la Mort, offert la vie de sa progéniture à la place de la sienne. Un rite macabre le matin au cimetière avait même scellé cette offrande. Mais les funestes projets du fossoyeur avaient été contrariés. Deux garçons à la place du fils unique qu’il avait espéré ! De plus, nés avec leurcoiffeinsolite sur la tête, nantis de lapuissance, ses jumeaux s’étaient avérés intouchables.

Le mortel marché n’avait pu être conclu…

Du coup, Agizul avait fait, à contrecœur, don de sa vie en juste contrepartie de ce don singulier, tombé du ciel et fait à ses enfants…

Ce fut, peut-être, pour lui, une élégante manière de s’absoudre de tous ses péchés… Qui sait ?

Man Dèdette revint à l’instant présent.

Elle regarda avec tendresse ses jumeaux ; ils avaient bien grandi depuis.

Deux ans déjà que leur visage ne portait plus cette empreinte d’innocence qui le caractérisait.Des traits presque identiques,forts, aux proportionsharmonieuses laissaient deviner un gros appétit d’aventures et une perpétuelle soif de vivre. Les yeux d’Adriel brillaient d’une clarté intelligente révélant sa précoce maturité. Quant à ceux de Djoko trop heureux de partager des petits bouts de vie avec son frère, ils pétillaient.

A vrai dire, ses fils ne se quittaient jamais mais tels chien et chat, ils minaudaient ou ronchonnaient à qui mieux mieux.

Ils répugnaient de parler d’Agizul, ce père défunt fossoyeur-quimboiseur, détestable et encore détesté dont le souvenir vivace à Sans-Pitié les avait obligés, tout comme elle, à vivre comme des pestiférés. Ils se félicitaient d’ailleurs de n’avoir rien de commun avec cet individu ; malgré leurs prédispositions à surmonter l’insurmontable, Man Dèdette avaient toujours pensé que celles-ci étaient bien relatives. Ils restaient avant tout des enfants et comme tout enfant, ils se laissaient submerger par leurs émotions ; du coup, leurs peurs face aux phénomènes paranormaux et aux monstres se justifiaient.

Réputée entitéincrevable, Man Inéfô avait été anéantie.

A coup sûr, inculqués par ses soins, les rudiments d’une magie ancestrale les avaient aidés à combattre le phénomène mais celle-ci avait incontestablement été suppléée par d’autres forces. Apparemment, les deux objets déposés furtivement sur sa table par un visiteur invisible, la nuit de leur naissance, n’avaientpas dévoilé leur secret ; mais ils n’étaient certainement pas arrivés là par hasard puisque douze ans plus tard, ils contribuaient amplement à cet exploit des plus invraisemblables !

Et dire qu’elle ne le comprenait que maintenant !

« Oui, cet exploit n’a pas sa pareille ! Sans-pitié est sauvée !!! », s’enthousiasma-t-elle.

...

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