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Aux Éditions Gallimard
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Atelier du givre  Éditions Soriano
L E C OUT E A U DU ME NDI A NT – L ’ E A U T R A NQUI L L E
RODRIGO REY ROSA
M A N È G E
r o m a n
Traduit de l’espagnol (Guatemala) par Claude Nathalie Thomas
G A L L I M A R D
Titre original : cabal l e ri z a
© Rodrigo Rey Rosa, 2006. © Éditions Gallimard, 2012, pour la traduction française.
Pour Mario Francisco de Jesús Rey Rosa
u n
De nombreux écrivains en ont fait l’expérience : au moment où on s’y attend le moins, un inconnu s’approche de vous et dit : « Vous devriez écrire quelque chose sur ceci. » En général, il n’en résulte rien, mais j’étais à la recherche d’un thème sur lequel écrire et l’idée me parut intéressante. — Oui, disje à mon interlocuteur, seulement je ne connais pas assez ce milieu pour me mettre au tra vail. — Cela ne devrait pas faire obstacle, me ditil. Moi, je le connais bien et, si vous vouliez, je pourrais vous aider. Nous étions à Palo Verde, un domaine aux envi rons de Pueblo Nuevo Viñas, dans l’arrièrepaysdu Pacifique oriental, région que je connaissais mal. Nous venions d’assister à une présentation de che vaux andalous annoncée dans les cartons d’invitation à l’occasion du quatrevingthuitième anniversaire d’un patriarche local, don Guido Carrión.
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Dans les années soixante, mon père qui approche aujourd’hui de ses quatrevingts ans avait fait venir au Guatemala un étalon andalou, issu de l’écurie d’Alvaro Domecq, le Pregonero, encore inscrit dans le registre équestre comme le premier des pursang importés d’Espagne vers notre petite république. Ainsi, dans le milieu équestre très répandu au Guate mala, mon père avait la réputation d’être un précur seur en matière de chevaux espagnols et on lui rend encore aujourd’hui un certain hommage. On l’invi tait presque toujours à de tels spectacles équestres, alors que, depuis vingt ans, il ne possédait plus aucun cheval de race pure et que, depuis dix ans, il avait cessé de monter. En l’occasion présente, les invités étaient prévenus, leurs épouses ne seraient pas les bienvenues. Il en découlait que les hôtesses d’ac cueil et quelques rares amazones seraient les seules femmes dans l’assistance et ce fut donc à moi, en tant qu’unique fils, d’accompagner mon père. Les chevaux étaient fort beaux, leurs prix étaient très, très élevés. L’animateur qui commentait l’évé nement au microphone, doté d’une ignorance stu péfiante, avait commis un impair qui faisait du bruit dans l’assistance : il avait mentionné le prix d’un étalon, lauréat d’un récent concours international, monté par une femme et qui valait cent mille dollars. Quelqu’un ayant sans doute attiré son attention sur ce faux pas, le maladroit se mit à parler du soin et de l’amour dont faisaient preuve les propriétaires de ces
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