Manège

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'Vous devriez écrire quelque chose sur ceci'. Notre protagoniste se retourne et regarde l’inconnu qui lui a adressé la parole. La tension est palpable. Un incendie vient d’interrompre abruptement la célébration du quatre-vingt-huitième anniversaire du patriarche local, don Guido Carrión, et l’exhibition des plus beaux chevaux andalous de son haras annoncée dans les cartons d’invitation. Visiblement inquiets, les hommes de la sécurité ne tardent pas à se déployer autour du domaine, comme pour rassurer les quelque trois cents personnes qui ont fait le déplacement jusqu’à Palo Verde, l’une des plus belles propriétés du Guatemala, dans l’arrière-pays de la côte pacifique.
'Vous devriez écrire quelque chose sur ceci', insiste l’inconnu alors que la nouvelle devient le principal sujet de conversation parmi les invités : le corps du Douro II, l’étalon aux cent mille dollars, l’un des animaux préférés de don Guido, a été retrouvé carbonisé au fond des écuries. Derrière cette découverte macabre, il n’est pas difficile d’imaginer en effet une histoire, mais notre protagoniste comprend aussitôt qu’elle ne sera pas facile à raconter. Car nul n’ignore qu’en Amérique latine aujourd’hui, le prix à payer pour s’engager dans ce type d’aventures littéraires peut être à la fois très élevé et extrêmement cruel.
Rodrigo Rey Rosa nous offre ici un thriller passionnant que le lecteur dévore d’une traite, en essayant de suivre les méandres d'une affaire dont les multiples tiroirs dévoilent graduellement la face cachée d’une famille et d’un pays rongés par la violence et le mal.
Publié le : jeudi 6 septembre 2012
Lecture(s) : 25
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072473968
Nombre de pages : 151
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 rodrigo ReyRosa Manège
roman Gallimard
D U M Ê M E A U T E U R
Aux Éditions Gallimard
UN R Ê V E E N F OR Ê T L E P R OJ E T L E S I L E NC E DE S E A UX L ’ A NGE B OI T E UX P I E R R E S E NC HA NT É E S L A R I V E A F R I C A I NE
Atelier du givre  Éditions Soriano
L E C OUT E A U DU ME NDI A NT – L ’ E A U T R A NQUI L L E
RODRIGO REY ROSA
M A N È G E
r o m a n
Traduit de l’espagnol (Guatemala) par Claude Nathalie Thomas
G A L L I M A R D
Titre original : cabal l e ri z a
© Rodrigo Rey Rosa, 2006. © Éditions Gallimard, 2012, pour la traduction française.
Pour Mario Francisco de Jesús Rey Rosa
u n
De nombreux écrivains en ont fait l’expérience : au moment où on s’y attend le moins, un inconnu s’approche de vous et dit : « Vous devriez écrire quelque chose sur ceci. » En général, il n’en résulte rien, mais j’étais à la recherche d’un thème sur lequel écrire et l’idée me parut intéressante. — Oui, disje à mon interlocuteur, seulement je ne connais pas assez ce milieu pour me mettre au tra vail. — Cela ne devrait pas faire obstacle, me ditil. Moi, je le connais bien et, si vous vouliez, je pourrais vous aider. Nous étions à Palo Verde, un domaine aux envi rons de Pueblo Nuevo Viñas, dans l’arrièrepaysdu Pacifique oriental, région que je connaissais mal. Nous venions d’assister à une présentation de che vaux andalous annoncée dans les cartons d’invitation à l’occasion du quatrevingthuitième anniversaire d’un patriarche local, don Guido Carrión.
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Dans les années soixante, mon père qui approche aujourd’hui de ses quatrevingts ans avait fait venir au Guatemala un étalon andalou, issu de l’écurie d’Alvaro Domecq, le Pregonero, encore inscrit dans le registre équestre comme le premier des pursang importés d’Espagne vers notre petite république. Ainsi, dans le milieu équestre très répandu au Guate mala, mon père avait la réputation d’être un précur seur en matière de chevaux espagnols et on lui rend encore aujourd’hui un certain hommage. On l’invi tait presque toujours à de tels spectacles équestres, alors que, depuis vingt ans, il ne possédait plus aucun cheval de race pure et que, depuis dix ans, il avait cessé de monter. En l’occasion présente, les invités étaient prévenus, leurs épouses ne seraient pas les bienvenues. Il en découlait que les hôtesses d’ac cueil et quelques rares amazones seraient les seules femmes dans l’assistance et ce fut donc à moi, en tant qu’unique fils, d’accompagner mon père. Les chevaux étaient fort beaux, leurs prix étaient très, très élevés. L’animateur qui commentait l’évé nement au microphone, doté d’une ignorance stu péfiante, avait commis un impair qui faisait du bruit dans l’assistance : il avait mentionné le prix d’un étalon, lauréat d’un récent concours international, monté par une femme et qui valait cent mille dollars. Quelqu’un ayant sans doute attiré son attention sur ce faux pas, le maladroit se mit à parler du soin et de l’amour dont faisaient preuve les propriétaires de ces
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