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Manuel El Negro

De
368 pages
C’était un soir de baptême, tous les gitans flamencos de Jerez et de Triana étaient là. Dans le patio, un cercle s’est formé autour du jeune Manuel, qui s’est enfin abandonné au chant. Alors une main a tendu sa guitare à Melchior, pour qu’il accompagne son ami, son frère. En un soir, Manuel entrait dans la légende, celle qui s’enrichit de nuit en nuit dans les faubourgs populaires de Basse-Andalousie. Un tel exploit suffit à lancer une carrière. Manuel devant, Melchior derrière. Le génie du chant sous les feux de la rampe et le guitariste dans l’ombre, à courir de corde en corde après la voix bouleversante de son ami. L’époque était propice, le flamenco s’exportait aussi bien que le vin de Jerez, bueno, pourquoi ne pas en profiter ? Ce fut d’abord Madrid, puis Paris, Londres, Tokyo, New York… Mais loin des rues poussiéreuses où les deux hommes avaient grandi, les racines s’effilochaient, leur amitié aussi. Melchior entretenait la flamme de cette pureza, la « pureté » si chère aux flamencos, tandis que Manuel perdait peu à peu le fil de son chant, de sa vie, qui sont une seule et même chose. Les vieux cantaores d’Andalousie connaissent par cœur des milliers de couplets du répertoire traditionnel, dont les vers jaillissent spontanément, mot pour mot, dans leurs conversations, donnant aux palabres nocturnes des allures de joutes de poètes. Confrontant ses deux héros, purement romanesques, à des figures réelles de ce mundillo dans lequel il s’est immergé, c’est cette "langue flamenca" que réinvente David Fauquemberg, et avec elle la fièvre de ceux qui la parlent, leur foi en l’art qui sublime les âpretés de l’existence.
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