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Marianne, conteuse en Finistère

De
70 pages
Ma grand-mère ne quittait pas souvent sa commune. Aller jusqu’à Concarneau prenait des allures d’expédition lointaine. Il lui fallait bien s’y rendre parfois pour consulter un spécialiste, par exemple, avant de faire un tour au marché aux chiffons pour oublier les prescriptions contraignantes du médicastre.

C’est lors de ces sorties exceptionnelles qu’elle évoquait les histoires réunies dans ce recueil.

La Dame Blanche et le serpent, La pierre du coq, Les moutons d’Ouessant, La Faux du Diable, Le vase de Locmaria, Les loups du Coatloc’h, Les trois sœurs.

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Extrait
Ma grand-mère ne quittait pas souvent sa commune. Aller jusqu’à Concarneau prenait des allures d’expédition lointaine. Il lui fallait bien s’y rendre parfois pour consulter un spécialiste, par exemple, avant de faire un tour au marché aux chiffons pour oublier les prescriptions contraignantes du médicastre.

C’est lors d’une de ces sorties exceptionnelles qu’elle évoqua l’histoire qui va suivre.



Nous étions face à la baie de Concarneau, à deux pas du calvaire la Croix, à l’endroit où les marins teintaient leurs filets à sardines au début du siècle. Quelques hommes désœuvrés prenaient l’air, assis en rangs d’oignons sur le muret de granit. En passant devant eux, elle les toisa de sa haute stature et j’ai remarqué que ses yeux pétillaient déjà comme du champagne !

— Toul ar Zarpant, me dit-elle tout à coup en montrant du doigt le promontoire s’avançant vers la mer dans le prolongement des usines. C’est à cet endroit qu’il y avait le trou d’un serpent dont je vais te raconter l’histoire.



***



Au lieu-dit Coat-Pin, une partie de la corniche de Concarneau, il y avait un énorme trou dans un morceau de terrain vague bordé de pins malmenés par les vents. Personne ne savait vraiment pourquoi ce trou était là et personne ne se souvenait d’avoir vu quelqu’un le creuser. L’excavation faisait partie du paysage comme une verrue sur le visage d’une aïeule.

Quelques ajoncs et des broussailles diverses avaient poussé sur son pourtour. L’entrée en était ainsi masquée et la végétation empêchait les promeneurs d’y tomber par faute d’inattention.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, ce n’était pas un terrain de jeu pour les enfants du quartier bien que la galerie s’enfonçant sous terre aurait pu être le théâtre d’histoires extraordinaires.

Il y avait une bonne raison à cela. C’est que ce trou avait une bien mauvaise réputation. Les parents en éloignaient leurs petits en leur racontant l’histoire d’un jeune mousse qui aurait disparu définitivement, un soir de lune noire, happé par la gueule ouverte d’un énorme serpent, gardien fidèle du trésor enfoui par la Dame Blanche.


Les discussions allaient bon train à la fontaine. On affirmait que le soir, quand la brume des Glénan s’approchait du continent comme un linceul déroulé par des anges, la Dame Blanche, une grande femme brune vêtue d’une robe immaculée, sortait de son royaume et se mettait à flâner en ces lieux en regardant la mer de ses yeux de diamant. On disait aussi que son cerbère à longue queue patrouillait dans les parages afin d’éloigner tout importun.

Cette évocation suffisait à faire de ce trou noir un endroit à éviter en toutes circonstances et les enfants n’oubliaient pas la leçon rabâchée par leurs parents. Les adultes eux-mêmes auraient pu suivre le conseil. On verra pourquoi.