Marie-Antoinette et Axel Fersen

De
Publié par

Il convient à un livre comme celui-ci d'avoir des parties romanesques;mais je n'ai pas voulu qu'il fût un roman. Aucun épisode n'est fictif; de rares détails sont supposés vrais, d'après des inductions vraisemblables; je prends soin, là où elle se dérobe, de ne jamais violenter l'histoire. La discrétion des deux personnages, les ratures ou les lacunes dans le "Journal" de Fersen, dans ses lettres et celles de Marie-Antoinette, rendent délicates à suivre les phases des sentiments.
Publié le : dimanche 1 janvier 1933
Lecture(s) : 9
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246799429
Nombre de pages : 271
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
DU MÊME AUTEUR
Les Grandes formes de la Musique (Albin Michel, éditeur).
L’Immolé (Bernard Grasset, éditeur).
La Fosse aux lions (Bernard Grasset, éditeur).
Trois Villes Saintes (Bernard Grasset, éditeur).
Le Baptême de Pauline Ardel (Bernard Grasset, éditeur).
L’abbé Chevoleau, caporal au 90ed'Infanterie (Perrin, éditeur).
La Paix du septième jour (Perrin, éditeur).
Le Fer sur l’enclume (Perrin, éditeur).
Job le prédestiné
(Bernard Grasset, éditeur).
L’Anneau d’or des grands mystiques (Bernard Grasset, éditeur).
Saint Paul, édition courante (Bernard Grasset, éditeur).
Saint Paul, édition illustrée, in-4 couronne (Bernard Grasset, éditeur).
Le Signe sur les mains (Bernard Grasset, éditeur).
Intermèdes (Bernard Grasset, éditeur).
Mon Frère le Dominicain (Bernard Grasset, éditeur).
Les Chartreux (Bernard Grasset, éditeur).
Bossuet (Bernard Grasset, éditeur).
Abel et
Caïn (Bernard Grasset, éditeur).
Hors commerce :
Heures d’été au Mont Saint-Michel (avec des gravures sur bois de René Pottier).
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.
© Éditions Grasset et Fasquelle, 2012.
9782246799429 — 1re publication
AVANT-PROPOS
Il convient à un livre comme celui-cid’avoir des parties romanesques ; mais je n’ai pas voulu qu’il fût un roman. Aucun épisode n’est fictif ; de rares détails sont supposés vrais, d’après des inductions vraisemblables ; je prends soin, là où elle se dérobe, de ne jamais violenter l’histoire. La discrétion des deux personnages, les ratures ou les lacunes dans le Journal de Fersen, dans ses lettres et celles de Marie-Antoinette, rendent délicates à suivre les phases des sentiments. On serait aujourd’hui ridicule de qualifier « innocente idylle »1 une liaison si forte et tragique. Sur l’intimité de la Reine et de son ami je me garde pourtant d’une conclusion décisive. Ni l’un ni l’autre n’a fait d’aveux à personne — à personne du moins qui les ait trahis, — nul témoignage contemporain n’impose une présomption, encore moins une certitude. Quant aux rumeurs publiques, on sait le peu qu’elles valent à l’égard d’une femme assassinée
chaque jour par les plus atroces calomnies et trop souvent insouciante de mettre contre elle les apparences.
J’ai cru devoir toucher à un tel sujet comme à une ancienne tapisserie mutilée dont les morceaux intacts permettent d’imaginer l’ensemble, mais sans prétendre à rétablir exactement ce qui est disparu.
D’ailleurs, la question : Fersen fut-il l’amant de Marie-Antoinette ? part d’une curiosité frivole ou suspecte, et je ne me serais pas occupé d’eux pour débrouiller un mystère d’alcôve. Regarder à travers le trou d’une serrure, est-ce un geste d’historien ? Laissons aux pauvres morts les secrets qu’ils ont défendus. Plus j’étudie ces deux-là, moins j’incline à croire que la Reine se soit offerte jusqu’au don total. Quoi qu’on en pense, le manque de certitude exige du narrateur la déférence la plus prudente ; rien ne serait odieux comme un acharnement sournois ou cynique à soutenir que la dernière des reines de France a trahi le dépôt d’honneur légué par toutes — ou presque toutes — les mères de nos rois.
La qualité d’une âme se révèle dans les grandes crises. Celle qui écrivait, le 7 novembre 1790, à Léopold II, son frère :
« Je sais que c’est le devoir d’un roi de souffrir pour les autres ; mais aussi le remplissons-nous bien », pouvait attendre de l’amour quelque chose de plus profond qu’un égarement charnel : et Fersen, amoureux sincère, sujet respectueux, cœur d’une générosité certaine, était capable de taire ses désirs de les sacrifier si la Reine le voulait. Elle gardait la fierté de son sang et de son rang. « Qu’est-ce qui se familiarisait avec elle ? observait le prince de Ligne. Elle en imposait même à ceux qu’elle voyait le plus souvent, si par hasard ils étaient oubliés2. »
Assurément bien des femmes cohabitent en une seule femme. Marie-Antoinette eut des coins de futilité puérile, le goût de plaire et d’être adulée, de faire des avances. Le charme moelleux de sa personne, un air de bonté facile, son besoin romanesque de tendresse enhardirent plus d’une fois les insolents. Si le : Sortez, Monsieur, que s’attira Lauzun est authentique, la coquetterie de la Reine avait autorisé ses espérances indiscrètes. Lauzun, s’il a vraiment tenté de la séduire, a reconnu son échec ; et Fersen ne ressemblait pas à ce libertin passionné ; le fond de son attachement était grave.
Leur amitié me captive par tout ce qu’elle exprime de sévère, de poignant, d’héroïque. Ainsi qu’à maints héros de légendes amoureuses, les minutes de bonheur leur furent âprement comptées. Ils s’unirent moins dans l’illusion des joies que dans l’attente d’un destin sinistre, mêlés tous deux au plus formidable des cataclysmes, victimes précieuses de son débordement ; car Axel Fersen, né comme Marie-Antoinette sous le signe des fléaux, — lui, le
4 septembre, elle, le 2 novembre 1755 — devait périr comme elle, et d’un supplice encore plus atroce, sous la furie des haines populaires, le 20 juin 1810.
Il m’est douloureux d’évoquer avec leurs souffrances la chute de la monarchie, la série des fautes incroyables par où elle se renversa elle-même, le suicide d’un ordre séculaire qui faisait du royaume, selon le mot de Marie-Antoinette après le sacre, « le plus beau du monde ».
Je ne crois pas à la fatalité des événements. Il y eut une heure où Louis XVI pouvait monter à cheval, rallier autour de son épée contre la Révolution indécise la France saine et fidèle. La paralysie de sa volonté, sa déchéance, ses humiliations, sa mort inique devaient pourtant satisfaire de mystérieuses fins expiatrices.
Tout cela est d’autant plus cruel à revivre que les suites du désastre, depuis un siècle et demi, continuent et qu’à moins d’un réveil tardif, miraculeux, il aura pour terme la disparition de l’Occident chrétien, le règne prédit « d’une verge de fer », c’est-à-dire de la barbarie parfaite.
J’ai donc regardé Fersen et Marie-Antoinette comme deux acteurs d’un énorme drame qui n’est pas fini. Je conçois leur tentation de voguer pour une île heureuse et secrète où la laideur, les haines, la méfiance n’auraient pas eu d’accès. Mais cette traversée vers un Paradis de leur choix devait avoir son débarcadère en face de la guillotine. Le réel semble fait pour le châtiment de ceux qui ont rêvé. Je me sens, malgré tout, plus près de ceux-là. Mais ils ont tort devant l’expérience. Il faut vivre, le Moyen-Age l’avait compris, comme le Saint Georges des vieilles images, toujours prêt à combattre, la targe au poing, la lance tendue contre le Dragon ; sans quoi le Dragon qui veille fait son œuvre en nous dévorant.
1 C’est le mot du marquis de Ségur dans son livre sur Marie-Antoinette.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Notre cœur

de bnf-collection-ebooks