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Marie-Antoinette racontée par ceux qui l'ont connue

De
296 pages
Cette anthologie rassemble exclusivement des textes écrits par des personnes qui ont connu la plus célèbre des reines de France. Les auteurs en sont, entre autres, sa portraitiste officielle, Elisabeth Vigée Le Brun, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Louis XV, le duc de Choiseul, certaines de ses plus proches amies, comme la princesse de Lamballe, sa femme de chambre madame Campan ou la gouvernante des enfants de France, la duchesse de Tourzel.
Ces témoins de première main racontent Marie-Antoinette comme personnage privé tout autant que comme personnage public. Ils révèlent son intimité, sa parole, ses goûts, mais aussi la nature de ses rapports avec le roi, ses enfants, et ses passions amicales comme celle qu’elle a eue pour la duchesse de Polignac. On découvre comment elle a réagi aux scandales qui l’ont touchée, en particulier la fameuse affaire du collier. On aimait la qualifier de reine sotte et indigne du prestige Versailles ? On la voit défendre la monarchie avec courage et habilité. C’est aussi l’occasion de découvrir des anecdotes rarement relatées, comme sa toute première danse dans la Galerie des glaces, après son mariage avec Louis XVI, ou encore son opiniâtreté lors des interrogatoires par les révolutionnaires, avant son procès, à la prison du Temple. Et nous la suivons dans son calvaire jusqu’à la guillotine.
Voici Marie-Antoinette charmante et irritante, frivole et appliquée, ingénue et déterminée, souvent naïve, parfois calculatrice, toujours attachante.
En annexe, et pour la première fois en volume, on trouvera les deux lettres décryptées en 2016 de Marie-Antoinette à Axel de Fersen : « Je vous aime à la folie et (…) jamais, jamais je ne peux être  un moment sans vous adorer. »

L'anthologie est réalisée et préfacée par Arthur Chevallier, déjà auteur dans les Cahiers rouges des anthologies Napoléon raconté par ceux qui l'ont connu et Le Cahier rouge des chats. 
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Couverture : Arthur Chevallier, Marie-Antoinette racontée par ceux qui l’ont connue, Bernard Grasset
Page de titre : Arthur Chevallier, Marie-Antoinette racontée par ceux qui l’ont connue, Bernard Grasset

PREMIERE PARTIE

Un port de reine

Portrait de la reine en 1770.
Marie-Antoinette a quinze ans.

J’eus l’honneur de lui être présentée, ainsi que plusieurs autres jeunes filles de qualité. Elle nous reçut avec une simplicité et une bonne grâce qui lui gagnèrent tous nos cœurs, s’informa de nos noms, nous adressa à chacune un mot aimable, et ne nous renvoya qu’après nous avoir fait distribuer de superbes bouquets envoyés par les chambres des Treize et des Quinze, du Sénat et des autres autorités de la ville. J’en ai conservé la plus belle fleur séchée dans un herbier de souvenir, que j’ai donné depuis à la princesse Dorothée.

Madame la dauphine était, à cette époque, grande et bien faite, quoiqu’un peu mince. Elle n’a que très peu changé depuis ; c’est toujours ce même visage allongé et régulier, ce nez aquilin bien que pointu du bout, ce front haut, ces yeux bleus et vifs. Sa bouche, très petite, semblait déjà légèrement dédaigneuse. Elle a la lèvre autrichienne plus prononcée qu’aucun de son illustre maison. Rien ne peut donner une idée de l’éclat de son teint, mêlé, bien à la lettre, de lis et de roses. Ses cheveux, d’un blond cendré, n’avaient alors qu’un petit œil de poudre. Son port de tête, la majesté de sa taille, l’élégance et la grâce de toute sa personne, étaient ce qu’ils sont aujourd’hui. Enfin tout en elle respirait la grandeur de sa race, la douceur et la noblesse de son âme : elle appelait les cœurs.

On avait élevé, pour recevoir l’archiduchesse, un pavillon composé de trois parties dans l’île du Rhin. Je ne sais qui imagina d’y placer cette tapisserie représentant Médée et Jason, avec leurs massacres et leurs querelles de ménage. La princesse en fut frappée, et sa suite autant qu’elle.

« Ah ! dit la jeune dauphine à sa femme de chambre allemande, voyez quel pronostic ! »

On lui retira, comme c’est d’usage, les personnes de sa maison ; elle pleura beaucoup, et les chargea d’une infinité de choses pour l’impératrice, pour les archiduchesses ses sœurs et pour ses amies de Vienne. On l’habilla à la française des superbes atours envoyés de Paris, elle parut mille fois plus charmante. Elle fut logée au palais épiscopal, où le vieux cardinal de Rohan eut l’honneur de la recevoir. M. d’Antigny, comme chef du magistrat (prêteur royal), la reçut lorsqu’elle mit le pied sur le territoire. On se crut obligé de la haranguer en allemand : elle interrompit l’orateur avec une présence d’esprit et un charme incroyables :

« Ne parlez point allemand, messieurs : à dater d’aujourd’hui je n’entends plus d’autre langue que le français. »

L’accent qui accompagnait ces paroles les rendait encore plus touchantes ; tout le monde les a retenues et répétées en ce temps-là. Hélas ! Elles sont bien oubliées maintenant !

Baronne d’Oberkirch, Mémoires sur la cour de Louis XVI et la société française avant 1789

LESREMONTRANCESDUNEJEUNEÉPOUSÉE

Portrait de la reine à son arrivée à Versailles. Le comte de La Marck relève que le goût de Marie-Antoinette pour la plaisanterie était tel qu’elle était prête à rire aux moqueries les plus acides.

Marie-Antoinette n’avait pas une très grande étendue d’esprit ; mais elle saisissait et comprenait rapidement les choses dont on lui parlait. La gaieté de son caractère lui inspirait pour la plaisanterie un certain penchant qui quelquefois allait jusqu’à la moquerie : c’était un tort dans une personne placée comme elle ; car les gens qui l’entouraient lui connaissaient cette faiblesse, cherchaient à la divertir aux dépens des autres ; et comme il régnait alors en France, dans la bonne compagnie, un ton léger accompagné de beaucoup de grâce et de finesse, on ne manquait guère d’amuser la reine et de lui plaire, en flattant son goût pour la moquerie.

Comte de La Marck, Correspondance entre le comte de Mirabeau

Portrait de la reine en 1776.
Marie-Antoinette a vingt et un ans.

Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, traitait avec une bonté particulière tout ce qui lui était attaché ; elle était adorée de son service intérieur : c’était même là qu’étaient les puissances qui la gouvernaient, sans projet et sans plan, car elle ne s’en était fait aucun, que de s’affranchir des coutumes et de la gêne de son rang, dont elle avait toute la dignité et le maintien quand elle le voulait ; mais elle voulait plus souvent ne pas l’avoir.

J’ai beaucoup entendu parler de la beauté de cette princesse, et j’avoue que je n’ai jamais absolument partagé cette opinion : mais elle avait ce qui vaut mieux sur le trône que la beauté parfaite, la figure d’une reine de France, même dans les instants où elle cherchait le plus à ne paraître qu’une jolie femme. Elle avait des yeux qui n’étaient pas beaux, mais qui prenaient tous les caractères : la bienveillance ou l’aversion se peignait dans ce regard plus singulièrement que je ne l’ai rencontré ailleurs : je ne suis pas bien sûr que son nez fût celui de son visage. Sa bouche était décidément désagréable ; cette lèvre épaisse, avancée, et quelquefois tombante, a été citée comme donnant à sa physionomie un signe noble et distinctif ; elle n’eût pu servir qu’à peindre la colère et l’indignation, et ce n’est pas là l’expression habituelle de la beauté : sa peau était admirable, ses épaules et son cou l’étaient aussi ; la poitrine un peu trop pleine, et la taille eût pu être plus élégante : je n’ai plus revu d’aussi beaux bras et d’aussi belles mains. Elle avait deux espèces de démarche, l’une ferme, un peu pressée, et toujours noble, l’autre plus molle et plus balancée, je dirais presque caressante, mais n’inspirant pourtant pas l’oubli du respect. On n’a jamais fait la révérence avec tant de grâce, saluant dix personnes en se ployant une seule fois, et donnant, de la tête et du regard, à chacun ce qui lui revenait. En un mot, si je ne me trompe, comme on offre une chaise aux autres femmes, on aurait presque toujours voulu lui approcher son trône.

Quant aux traits distinctifs de son caractère, dont, je le répète, je ne veux pas m’occuper de suite, j’en citerai seulement deux, parce qu’ils sont très prononcés et qu’ils se retrouvent sans cesse dans l’habitude de sa vie privée et publique : ils sont d’ailleurs la source de ses erreurs et de ses infortunes sans mesure et sans exemple chez les nations civilisées : je veux parler de son dégoût pour les formes environnantes de la royauté, plus nécessaires en France qu’en aucun lieu que je connaisse, et de son incurable prévention (quoique, en général, elle fût d’un naturel incertain et hésitant) pour ou contre ceux qui étaient signalés à ses bontés ou à sa haine, ou qu’elle-même y avait souvent désignés sans réflexion.

Elle me traita, à mon arrivée, comme tous les jeunes gens qui composaient ses pages, qu’elle comblait de bontés, en leur montrant une bienveillance pleine de dignité, mais qu’on pouvait aussi appeler maternelle, en ce qu’elle y joignait une politesse digne et affectueuse qui la rendait, s’il est possible, plus respectable, en la faisant encore plus aimer. Avez-vous fait, me dira-t-on, toutes ces observations à l’époque dont vous parlez, dans un âge encore voisin de l’enfance ? Je réponds, oui ; car, à quinze ans, je valais mieux qu’aujourd’hui ; mon esprit, beaucoup moins corrompu, était infiniment plus juste : je ne dirai rien de cet esprit ; je fais un cas médiocre, non seulement du mien, mais de celui des autres, quand ils n’ont que cela.

Comte de Tilly, Mémoires