Mélodie pour l'orchidée

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Deux jeunes que tout sépare s'aiment depuis toujours. Marcel vit à Cayenne où il est mécanicien, il est issu d'une famille défavorisée et éclatée. Emeline fait des études de médecine à Paris et vient d'un milieu bourgeois. Afin de se rapprocher d'Emeline, Marcel, entame une carrière de chanteur et part en France pour une tournée de deux ans. A son arrivée, il découvre qu'elle est repartie en Guyane, mais il ignore qu'elle attend un enfant de lui, et qu'elle était rentrée pour être à ses côtés. De malentendus en quiproquos, cet amour sans cesse contrarié par les péripéties de la vie, s'approfondit et se renforce. Cette histoire qui prend sa source dans la réalité sociale et économique de la Guyane de cette fin de siècle, en donne une vision pleine d'espoir pour l'avenir.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844506078
Nombre de pages : 172
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Seul au milieu de la cour de la graNde école, le maNguier ceNTeNaire filTraiT les rayoNs du soleil de ce maTiN de mars. La cloche soNNa l’heure de la récréa-TioN, Mme Jouvelle l’iNsTiTuTrice apparuT, uNe louche à la maiN. Elle s’approcha d’uNe immeNse Table garNie de bidoNs de laiT, « offrir uN verre de laiT à Tous les eNfaNTs des écoles », éTaiT uNe des direcTives du miNis-Tère de la SaNTé publique, à Travers ses orgaNismes locaux Tel, le Service de PréveNTioN eT d’HygieNe « La gouTTe de laiT ». Impériale, Mme Jouvelle mulâTresse, au visage fermé eT au regard froid commeNça à remplir les poTs, uNe femme de service les remeTTaiT aux écoliers qui s’éTaieNT raNgés eN file iNdieNNe. La bousculade allaiT boN TraiN eT Marcel comme à l’accouTumée éTaiT le meNeur. Il se pressaiT « pas quesTioN de raTer soN Tour » Le bol de couac à l’eau sucrée du maTiN N’éTaiT plus qu’uN souveNir, sa maiN se crispa discrèTemeNT sur sa poiTriNe, ses lèvres semblaieNT murmurer « viTe ! ViTe ! » ENfiN, il euT soN poT. Alors là ! FiNis les gros bras ! Il se fraya uN passage à Travers la file d’eNfaNTs avec précauTioN eT d’uN regard choisiT uN baNc à l’écarT où s’asseoir. A la miNuTe où il aTTeigNiT celui-ci, uN gar-çoN le heurTa : - PardoN ! diT-il, eT s’eN alla. Le poT se reTrouva au sol eT le laiT se répaNdiT eN uNe large Tache blaNche. Marcel, péTrifié regarda sa
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maiN. Il éTaiT furieux, il auraiT voulu se baTTre avec ce garçoN maladroiT, il regarda du côTé de Mme Jouvelle, celle-ci raNgeaiT seaux eT louche, la disTribuTioN éTaiT TermiNée. D’uN coup, les larmes se mireNT à couler sur ses joues, rageur, il se dirigea vers la salle de classe TouT eN essuyaNT les Traces de pleurs sur soN visage. Que persoNNe Ne s’avise de veNir lui parler, siNoN c’esT la bagarre. Les idées se bousculaieNT daNs sa TêTe. « Oh ! noN ! s’écria T-il, Nous sommes veNdredi, jour du poissoN… sa mère N’avaiT pas uN sou, ils auraieNT droiT autètèwèlèdes jours maigres : poissoN salé rôTi, avec du couac eT uNe sauce piquaNTe à l’huile, j’espère qu’il y aura de l’huile, SeigNeur ! » « Oh ! noN de NoN ! s’éNerva-T-il, c’esT aussi le jour où ce parasiTe de Paulo vieNT à la maisoN ! Ce vorace va se servir la plus grosse parT eT il Ne resTera que les mieTTes ! Ah ! S’il pouvaiT s’éTraNgler avec uN os ! » Marcel se rappelaiT comme si c’éTaiT hier, du jour où sa mamaN avaiT rameNé Paulo. C’éTaiT uN jour de marché, il pleuvaiT à TorreNTs, sa mamaN éTaiT parTie saNs preNdre soN parapluie. UN iNs-TaNT il peNsa à le lui apporTer, mais il devaiT garder ses sœurs eT soN peTiT frère AlphoNse. Emma éTaiT apparue daNs le corridor, uN moNsieur, graNd, TouT eN muscles, uNe vériTable armoire à glace l’accompagNaiT, il TeNaiT uN parapluie d’uNe maiN eT de l’auTre, le paNier rempli de provisioNs, Emma souriaiT. - Les eNfaNTs ! avaiT-elle diT, voici M. Paulo, il a eu la boNTé de me raccompagNer, il pleuT TellemeNT ! ET se TourNaNT vers l’iNcoNNu : « Vous preNdrez bieN uN peTiT puNch Paulo ! » - Ce N’esT pas de refus mademoiselle Emma.
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- PreNds uNe chaise pour moNsieur, nelly ! UNe fois les préseNTaTioNs faiTes, ils s’éTaieNT mis à discuTer, MamaN riaiT à gorge déployée. Elle éTaiT si belle quaNd elle riaiT, aussiTôT Marcel seNTiT la haiNe l’eNvahir, il savaiT déjà que Paulo resTeraiT eT il osa. - Il esT Tard, moNsieur, vous devez parTir, MamaN doiT préparer le déjeuNer ! - Excuse-moi moN garçoN, je N’avais pas vu l’heure diT Paulo. Au revoir, mademoiselle, j’ai éTé Très heureux de vous reNcoNTrer ! Vos eNfaNTs soNT char-maNTs ! UNe fois Paulo parTi, Emma s’eN priT à Marcel. - Qu’esT-ce qui T’arrive, mal élevé, Tu N’avais pas le droiT de Te coNduire aiNsi ! - C’esT uN meNTeur, MamaN ! Elle l’aTTrapa par les oreilles : « Fais aTTeNTioN, moN gaillard ! tu Ne fais rieN de boN à l’école, Tu passes ToN Temps à Te bagarrer eT Tu veux me doNNer des coNseils ! Sors devaNT moi eT va preNdre uN livre, créTiN !
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- Marcel ! cria Mme Jouvelle Il sursauTa - Oui, maîTresse ! - Veux-Tu répoNdre à la quesTioN ! - Euh ! Euh ! bégaya le garçoN
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ENcore uNe fois, il éTaiT pris. tu Ne suis pas, je plaiNs Ta mère, Marcel, je Ne vois pas ce que Tu pourras bieN faire de Ta vie, plus Tard ! - tchipp ! ArrêTe ToN char ! tu me faTigues, vieille choueTTe ! toujours la même chaNsoN ! - Que dis-Tu ? - RieN ! Madame. La soNNerie reTeNTiT, la classe éTaiT TermiNée. Les écoliers se levèreNT daNs uN fracas de Tables eT de baNcs bousculés. Ils aTTeNdireNT le sigNal, puis se ruèreNT vers la sorTie. Marcel éTaiT pressé, il Ne peNsaiT qu’à uNe chose : maNger, maNger eNfiN. Il allaiT viTe, le gar-gouillis daNs soN veNTre TourNaiT au cauchemar. « BoN saNg ! Que fauT-il faire pour qu’il y aiT plus de choses à la maisoN ! J’eN ai marre de voir ma mère se Tuer au Travail alors qu’il y a TaNT de boNs à rieN, qui oNT TouT ! UN de ses quaTre maTiNs, je vais preNdre des provisioNs chez le ChiNois eT il aura iNTérêT à la meTTre eN sourdiNe, siNoN je lui fais péTer les deux deNTs qui lui resTeNT daNs la gueule ! J’ai hâTe d’êTre à la-maisoN ! »
* * *
« A la maisoN », c’éTaiT uN bieN graNd moT, uNe baraque de deux pièces eT uN réduiT, daNs la plus graNde, Emma avaiT mis uN rideau au milieu, d’uN côTé, elle avaiT iNsTallé soN liT, de l’auTre, uN sommier à deux places eT uN peTiT liT où dormaiT Marcel, l’aîNé des eNfaNTs. Les deux filles dormaieNT sur le sommier
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eT le bébé AlphoNse couchaiT daNs uN berceau eN bois près du liT de la mère. L’auTre pièce servaiT de salle à maNger-saloN… Que de graNds moTs pour décrire l’eN-droiT. Il y avaiT pour TouT meuble : uNe Table eT uN buf-feT doNT uN pied éTaiT remplacé par uN billoT de bois. DaNs uN coiN, seul suprême sigNe de richesse, TrôNaiT uN vieux phoNographe oublié par VicTor, avec quelques disques.
DaNs le réduiT, Emma avaiT placé uN garde-maN-ger, espèce de buffeT eN bois avec des porTes grillagées à la double foNcTioN : préserver l’aéraTioN eT proTéger les produiTs eNTreposés des cafards eT des souris. Il le fallaiT bieN, elle coNservaiT la viaNde, le poissoN séchés eT salés ; la réserve d’huile, de saiNdoux, de roukou, de couac, de cassaves eT bieN d’auTres choses eNcore, quaNd elle eN avaiT la possibiliTé
La cuisiNe éTaiT daNs la cour, les saNiTaires aussi. La salle de baiNs à l’aNcieNNe éTaiT immeNse, les eNfaNTs pouvaieNT s’y baigNer à plusieurs. DaNs la peTiTe cour, quelques poules picoraieNT çà eT là, elles avaieNT uN cerTaiN mériTe, elles survivaieNT TaNT bieN que mal, même aux jours de graNd déNuemeNT. Marcel avaiT Très peur que sa mère Ne soiT obligée de les Tuer, par NécessiTé, il faisaiT aTTeNTioN à ce qu’elles N’ailleNT pas picorer daNs les plaNTes médiciNales eT aroma-Tiques qu’Emma avaiT réussi à plaNTer. Elle avaiT peNsé à meTTre eN Terre TouTes celles uTiles pour soigNer ses eNfaNTs eN cas de maladie. VeNir à bouT d’uNe fièvre, d’uNe migraiNe, de douleurs abdomiNales éTaiT chose facile avec les TisaNes eT décocTioNs de plaNTes : le vinérè, lerazié,lafièv’, le pompom, leté péi, l’envè, l’arbre seNsible voisiNaieNT avec la ciTroNelle, Telle-
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