Memento

De
Publié par

Les jours avançaient... Le soleil semblait reculer, trop pâle, il ne brûlait plus, tout juste il réchauffait... Le ruisseau, la mer, beaucoup trop tièdes, s’assombrissaient en plus. La nature se préparait à un changement, un bouleversement qui l’obligeait à prendre les devants. Hugo n’avait pas voulut y penser, reculant toujours à demain car demain peut-être il se pourrait que... Mais le miracle n’avait pas lieu. Ces derniers jours, il agissait comme à son habitude, mais il était impuissant face au déroulement. Il passait même beaucoup moins de temps dans l’eau puisque les frissons couraient sous sa peau en sortant. La fontaine n’avait plus l’utilité de rafraîchissement et semblait ne plus tenir de rôle dans le décor. Le mois de septembre était déjà bien trop entamé.
Publié le : vendredi 10 juin 2011
Lecture(s) : 72
Tags :
EAN13 : 9782748105780
Nombre de pages : 85
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Avertissement de l’éditeur
manuscrit.com — maison d’édition francophone — a pour
vocation de réunir les conditions idéales pour que tous
les manuscrits trouvent leur public.
Pour ce faire, manuscrit.com s’est doté du plus grand
réseaudelecteursprofessionnels: composédelibraires
et de critiques, il est entièrement voué à la découverte
et à la promotion d’auteurs de talent, afin de favoriser
l’édition de leurs textes.
Dans le même temps, manuscrit.com propose — pour
accélérer la promotion des œuvres — une diffusion
immédiate des manuscrits sous forme de fichiers
électroniques et de livres imprimés. C’est cette édition
quelelecteuraentrelesmains. Lesimperfectionsqu’il
y décèlera peut-être sont indissociables de la primeur
d’une telle découverte.
manuscrit.com
5bis, rue de l’Asile Popincourt
75011 Paris
Téléphone : 01 48 07 50 00
Télécopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.comMémento© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0579-6(pourle fichiernumérique)
ISBN: 2-7481-0578-8 (pour le livre imprimé)Sébastien Bonnemason-Richard
Mémento
ROMANEDEN
Hugo était assis prés de la fenêtre. Il guettait
lemoindreventfraispouvantessuyerlamoiteurqui
dégoulinaitentraçantdeslayonsdanslapenne.
De là, il pouvait voir comme un voile qui ra-
vageaitlesecpaysagedeProvence,uneflammequi
lécheraitlentementleboisincandescent.
La fraîcheur qu’il attendait ne venait que par
à-coups, furtifs et brefs… trop brefs pour Hugo
qui exigeait de leurs fréquences qu’elles deviennent
continues pour enfin sécher cette eau toujours plus
abondante.
Définitivement résigné, l’enfant associait le
velouté tant espéré à ces instants propices au bon-
heur mais trop vite évincés par les longues heures
exécrablesetinsupportablesquel’onaenviedetuer.
Le jeune môme restait oisif dans son siège d’osier,
abasourdit et oppressépar la chaleur.
Ilvoulaitalorspoursuivrelalecturedel’œuvre
qui lui avait déjà beaucoup appris sur l’éphémérité.
Il désirait la déguster, la faire durer, au moins la
ralentir,avantqueletempsnel’emporteaussidanssa
fuite. Hugoselimitaitdoncàquelquespages…mais
ilendévoraledouble. Sesagissementsledésolaient.
6Sébastien Bonnemason-Richard
Unbruititératifetpéniblevenantdutoit,de-
venaitplusfortetrégulier. Hugoregardaitparlafe-
nêtre. Un sourire remplaça la passivité et la réso-
lution qui dominaient son visage quelques instants
avant. Sespiedsinertesposéssurleloquetdurebord,
étaient frappés par une douce et tiède pluie qui ve-
naitrafraîchiraussi,touslesarbrescuitsdeProvence.
Onentenditànouveaulechantdescigalesqui,acca-
blaientparlalourdechaleur,s’étaient résignées.
Hugodécidadeprofiterdecetteaverse. Ils’as-
sit dehors prés de l’oranger et observa la vallée es-
suyée par la bruine. Le ciel avait l’air insatisfait -
hésitant sans doute entre le soleil et l’eau. Il mit
un point d’orgue à leur rivalité en construisant un
arc-en-ciel. Hugo assistait à l’empilement des sept
couleurs qui le formaient. L’enfant rêvait de s’en
approcher,ilvoulaitletoucheretconfirmerainsila
sensationqu’ilavaitfantasmée. Maisilnebougeapas
de peur de décevoir son imagination qui devait cer-
tainementembellirlaréalité. Deplus,l’écharpeétait
troploin: l’enfantauraitétéenretardpourledîner.
La pluie avait cessé et inexorablement, la cha-
leur combinée à la nuit, s’était imposée. L’eau de
pluie, mélangée à la sueur et à la poussière, for-
mait une pellicule opaque, moite et dégoûtante à la
surface de sa peau. Sa mère le pria vivement de se
nettoyer avant de se présenter au repas. Il esquissa
un sourire car elle était si prévisible, il la connais-
saitsibienqu’ilpouvaitprévoirlesmoindresparoles
qu’elle avait prononcées. Mais l’attitude de l’enfant
irritaitsérieusementlafemmequipercevaitdel’iro-
nie dans ce sourire, du mépris. Il aurait voulu ex-
pliquersonintentions’iln’avaitpasétésommédese
taire.
Hugo montait lentement l’escalier avec déta-
chement, la tête baissée comme peuvent l’être celles
destournesolsaffligésparlaretraitedusoleil.
7Mémento
Le lendemain matin, comme à l’ordinaire,
Hugo était réveillé par les rayons de soleil qui
n’avaient aucune peine à pénétrer les vieux volets de
boiseffrités. Cetteluminositéforméedespointillées
plus ou moins grands sur les murs de la chambre.
Le jeune garçon pouvait voir le village s’animait
toujours de la même façon : les mêmes personnes
achetaient le pain encore tiède chez Georgette, sur
lagrand-place,toujourslesmêmesbahurlesrâlaient
après le cochonnet et sur les terrasses, les mêmes
boit sans soif comme disait son père, commentaient
ironiquementlesnombreusespartiesdepétanquece
qui contribuait un peu plus encore à l’énervement
des joueurs. Et c’était pour cela que Hugo aimait
tant la Provence et ses gens : il pouvait passer des
heures à les observer, leur charme ne désemplissait
pas une seconde.
Par habitude, l’enfant sortait de la chambre à
toute hâte pour dévaler les marches qui paraissaient
souffrir à chacun de ses pas. Il ne pouvait s’empê-
cher de courir sur le vieil escalier de bois lustré qui
laissaitéchapperl’enivranteodeurdevernis. Quand
il n’utilisait pas les marches, Hugo se laissait glisser
le long de la rampe ce qui irritait sa mère. En fait,
elles’enrendait compte lorsqu’il négociait mal l’at-
terrissage et qu’il manquait de s’ouvrir le crâne. Un
bruiténormeondulaitleplancheretperturbaitl’au-
ditiondescigales. Quelquesfois,sortantmiraculeu-
sementindemneetvictorieuxdesachute,Hugo,fier
delui,riaitauxéclatspourretournerl’ironiecontre
sa mère, pour lui montrer son assurance et son in-
vincibilité. Maisquandcelle-ci oubliaitdesemani-
fester, l’affaire se noyait dans les larmes face à l’ar-
moire à pharmacie.
Ce matin là, Hugo marchait sur le planché
tiède. Lamaisonétaitassezsombreàcausedesvolets
8

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.