Mémoire impossible

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Dès le premier soir de son installation dans le village de Montvignay au bord de l’Indre, Peter Flebert est confronté à des images flash déclenchées
par un mystérieux poème découvert sur le cadavre d’un chat…

Pourrait-il s’agir de réminiscences d’une vie antérieure ?


Antoine Rabier, né à Tours en 1964, nous entraîne une nouvelle fois aux frontières du possible en prenant comme décors sa région natale.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782954061610
Nombre de pages : non-communiqué
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I Peter se doutait bien que sa cliente était venue satisfaire sa curiosité. D’après le carnet de vaccination de son chien, cette dame aux cheveux gris aurait pu patienter deux mois jusqu’en mai. Malgré un comportement en apparence discret, Mme Potrieux inspectait les lieux et observait le nouvel occupant en blouse blanche. Outre la table d’auscultation pour les animaux, le mobilier contemporain se réduisait à une vitrine, à peine remplie de médicaments, et un large bureau au plateau partiellement couvert d’équipements informatiques. Trois affiches de races de chiens, de chats et de chevaux apportaient un peu de cou-leur aux murs blancs. Cet aménagement moderne cohabitait avec les poutres apparentes, le vieux parquet en chêne et l’an-cienne cheminée en marbre. Une pile de cartons à côté de la vitrine attestait de l’installation récente du jeune homme aux cheveux bruns. Il avait les mêmes yeux bleus que Mme Flebert, l’ancienne propriétaire, décédée en début d’année. Le chien resta tranquille jusqu’à ce que retentisse plu-sieurs miaulements des haut-parleurs du micro-ordinateur. Peter resta concentré sur la préparation d’une seringue, fit une caresse au chien, un Westie, puis enfonça rapidement l’aiguille sous l’épiderme. – Dites donc, il a l’air de s’impatienter votre ordinateur ! lui fit remarquer Mme Potrieux.
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 En écho à l’étonnement de sa maîtresse, ou plutôt sous l’effet de la piqûre, le chien se mit à aboyer. – C’est l’avertissement sonore de ma messagerie, expliqua Peter en retirant la seringue. Voilà, c’est fini ! ajouta-t-il en essuyant le poil à l’endroit où il avait piqué. – Windsor, tu dis merci au vétérinaire ! C’est pour ton bien, tu sais !  Cette remarque fit sourire Peter. Il avait l’habitude des maîtres parlant à leurs animaux. Il rentrait d’ailleurs assez souvent dans leur jeu. Cela les rassurait. Cette fois, cela avait un côté comique à cause de la voix un peu rauque de la maîtresse. Tandis qu’elle remettait la laisse à son chien, Peter s’assit derrière son bureau. Il nota la date de vaccination dans le carnet de Windsor et compléta sur son ordinateur le dossier ouvert au nom de Mme Potrieux. Pendant que cette dernière farfouillait dans son sac, Peter jeta un œil sur la liste de ses nouveaux messages. Le dernier provenait de Ludovic. Demain, samedi 14 mars 2009, Peter fêterait ses vingt-neuf ans. Outre Ludovic, il avait invité Kate, une ancienne camarade de promotion maintenant en couple avec un certain Vincent. Peter en voyant les cartons à côté de lui soupira. Plusieurs autres boîtes étaient également entassées à l’étage au-dessus. C’était son premier jour ici à Montvignay dans l’ancienne maison de sa grand-mère. Mme Potrieux lui tendit sa carte bleue. – Tenez ! lui dit-elle. J’espère que cette fois il ne va pas bou-der, ajouta-t-elle en jetant un œil vers Windsor. La dernière fois, il m’avait fait la tête plus d’une journée. Regardez-le !  Peter enficha la carte dans le terminal de paiement tout en jetant un coup d’œil rapide vers le chien. Windsor remuait la queue.  – Vous pouvez saisir votre code. Un bruit à l’étage fit sursauter Mme Potrieux tandis qu’elle reposait le lecteur de carte bleue. Windsor aboya et grogna. Peter leva instinctivement la tête.
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– Ça doit être mon locataire ! Il vient d’emménager aujourd’hui… tout comme moi d’ailleurs. – Vousleconnaissez bien ? demanda Mme Potrieux avec un sourire amusé en accentuant la référence au genre masculin. – Non, pas du tout ! Nous ne nous sommes pas encore vus. Comme j’étais déjà bien occupé avec ma propre installation et que cette location est provisoire, j’ai confié la recherche d’un occupant à l’agence immobilière du centre. Ça s’est passé très vite. Pourquoi ? – Parce que c’est la fille de la baronne ! – La fille de la baronne, répéta bêtement Peter, Ah ?! À l’évocation du titre de baronne, une imageflashde son enfance s’imposa à Peter. Il se revit avec sa grand-mère devant une grande grille délimitant l’entrée d’un domaine. « Non Peter ! Ici, c’est chez le baron, on n’a pas le droit d’entrer ! C’est une propriété privée ! » Mme Potrieux l’observait, étonnée que ce grand jeune homme au menton volontaire ignore à qui il louait. Elle se pencha en avant comme pour lui révéler un secret. – Eh bien, méfiez-vous d’elle ! Cette mise en garde ramena Peter, encore distrait par son souvenir d’enfance, à l’instant présent. De qui, de quoi devait-il se méfier déjà ? – Ah ?! répéta-t-il avec une intonation trahissant une curiosité grandissante. – Vous ne trouvez pas ça bizarre que la future héritière du château de Montvignay, prenne une location chez vous alors qu’elle pourrait habiter là-bas ? D’ailleurs, je n’y comprends plus rien car je croyais qu’elle était partie vivre à Paris. Jusqu’à récemment, on ne la voyait que le week-end et encore, pas souvent. Et là, tout d’un coup, on la voit aussi en semaine, habillée parfois de façon provocante. On dirait qu’elle a changé de personnalité. Autrefois, c’était pourtant une gentille petite fille. Méfiez-vous, je vous dis !
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