Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 5,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB

sans DRM

Ménages d'Afrique

De
329 pages
La vie est une énigme, à chacun sa clé d'interprétation. En fait elle s'impose à nous, on ne la choisit pas. Les événements vécus ou subis dessinent votre parcours, et finissent par façonner votre personnage. Madame Nlend essaie de traduire, à sa manière, dans un langage à la fois symbolique et imagé, une existence traquée des personnages en jeu ici. Ce récit d'une observation fine et perspicace met le lecteur face à sa conscience, devant le drame que vivent les « sacrifiés » de la société.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Extrait
L'introduction dans la salle d'intercession d'une jeune et belle femme, constituait une curiosité.

La scène se passe dans le bureau du curé d'une paroisse de la ville de Douala. Ceux qui viennent y suivre ce qu'ils croient être de l'exorcisme, sont en majorité des hommes et des femmes d'âge mûr, rarement quelques étudiants surmenés font aussi la queue dans l'antichambre.

Notre curé est plutôt jeune. Parallèlement à la nouveauté qui veut que laïcs et ministres de culte se livrent à des incantations destinées à la chasse aux démons sur des malades névrosés, le Père Pierre a opté pour une psychothérapie qui fait ses résultats.

Lorsqu'il nous enseignait dans le cadre de la formation des laïcs, l'Abbé Pierre nous a fait remarquer que beaucoup de maladies incurables sont d'origine psychosomatique, des frustrations de longue date qui ont gangrené le cœur, puis l'esprit, avant de se matérialiser d'une façon ou d'une autre dans l'organisme sans aucune chance de guérison, si la libération morale n'est pas obtenue.

C'est au terme de cette formation longue de douze mois à raison de deux séances hebdomadaires, que des tâches précises ont été confiées aux paroissiens selon leurs aptitudes. J'ai été admise à la cellule d'écoute. Dans notre groupe de quatre personnes, nous recevions tous les mercredis soirs, des personnes désireuses de rencontrer le curé aux fins d'assistance spirituelle. Bon nombre de nos patients venaient des hôpitaux ordinaires ou psychiatriques. Auparavant, la majorité avait fait un tour chez les tradipraticiens de la ville ou des campagnes. Le point commun de ceux qui cherchent un prêtre pour guérison, c'est la certitude d'être envoûtés. À partir du moment où les premiers examens médicaux sont négatifs, il se trouve toujours un esprit malin qui cherche la mort du malade. Et le tour chez Alan mi mbou devient plutôt une évidence.

S'en suit alors une série de séances de désenvoûtements, toutes plus coûteuses et plus longues les unes que les autres. Le résultat immédiat étant la mésentente entre voisins et familiers, car c'est bien connu chez nous que « l'assassin ne vient jamais de loin » (proverbe bassa). Le plus souvent le malade se désolidarise de tous ceux qui de près ou de loin lui apportaient ne serait-ce qu'un soutien moral.

Il se lit une telle détresse dans les yeux d'une telle personne, que les recruteurs d'adeptes dans les nouvelles Églises ne devraient pas se vanter de trop de psychologie pour le choix de leurs adhérents. Ici, les pasteurs d'un autre genre soumettent des malades déjà très suppliciés à des privations d'eau et de nourriture dont eux-mêmes n'ont jamais fait l'expérience, afin de s'assurer le maximum des revenus de leurs victimes. On leur interdit même souvent toute fréquentation des hôpitaux, la prière devant alors suffire à procurer la guérison.

Olive Manyo est passée par tous ces écueils. Si la jeunesse entretenue par un savant maquillage fait encore briller de mille feux la beauté d'Olive, celle-ci n'est plus qu'une loque intérieure. Toute combativité Ta désertée, le goût de vivre aussi. Mais la peur de la mort est plus grande. Et c'est en désespoir de cause qu'elle se laisse amener vers nous.