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Mes ombres

De
115 pages
Le deuil. Comment faire le deuil ? Qu'est-ce que le deuil ? La nostalgie de l'enfance, la perte de l'être aimée, la douleur du temps qui passe, la terre qui s'enterre, l'histoire sans cesse renouvelée. Une femme cherche son chemin dans la douleur et regarde l'avenir à travers ce filtre de brume. Se construire de nouveaux repères et avancer doucement. Le livre se faufile dans cette détresse. Le récit suit un fil sensible et fragile, que l'auteur ose à peine tirer. Ténu comme ces liens qui se renforcent et s'achèvent.
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2 Titre
Mes ombres

3Titre
Mahault L’herbe
Mes ombres

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00608-7 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006087 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00609-4 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006094 (livre numérique)

6





Ce matin un ginkgo brillait petit lampion doré au
bord de la Seine, ses feuilles portaient des mantilles
écarlates… juste de la lumière dans cette grisaille…
Ainsi commence l’hiver.
. .
8






Nous avons passé deux nuits ensemble avant
de nous séparer. Nuits emportées par le désir,
balayées par un soupir d’étoile, émoustillées par
la lune, feutrées à l’aube, les draps m’enlacent.
Après. Trop intimes. Trop distantes. Trop
lointaines. Trop fugaces. Trop attendues.
Jusqu’à la dernière, où tu te levais pour écrire à
une autre personne. Qui était-ce ? Que lui as-tu
dit ? Le saurais-je un jour ?

– Où es-tu ?
– Je suis au fond d’une poubelle, dans le
noir.
– Tu dois avoir froid tout seul et moi, je
n’arrive pas à dormir sans toi. Est-ce que
quelqu’un t’a ramassé ?
– Une fille m’a piétiné avec ses talons tout
pointus, une personne âgée m’a posé sur le
rebord d’une fenêtre, mais la concierge m’a
flanqué dehors.
– Maman s’est mise en colère contre ma
baby-sitter. Elle a téléphoné à papa pour qu’il te
cherche.
9 Mes ombres
– J’aimerais bien être dans tes bras, que tu
me serres à m’étouffer, que tu me caresses en
suçant ton pouce, au chaud sous la couette.
– D’habitude quand je pleure, tes petites
oreilles rondes toutes râpées m’écoutent, tes
yeux noirs me sourient, ton corps entier
recousu de toute part me console, avalant mes
larmes, laissant glisser ma tristesse et ma colère.
– C’est tout humide et tout sale.
– Maman a éteint la lumière. Et au bout du
couloir, je ne les entends pas. Mais où es-tu ?
J’ai peur.
– J’ai peur moi aussi.
– Tu avais deux ans quand tes parents
avaient déménagé. Toute la journée, nous
avions cherché ta paire de baskets préférée et
Bulgomme. Bulgomme, le nounours qui avait
accompagné mon enfance et mon cadeau pour
ta naissance. Le soir, nous les avions retrouvés
dans la malle, où tu les avais cachés pour qu’ils
déménagent avec toi, eux aussi.

D’une des fenêtres de ton appartement, je
regarde le Sacré-cœur. Il est juste dans l’axe. Les
branches un peu agitées des arbres sur la place
donnent à cette photo touristique figée un air
inhabituellement décalé. Je pense à la Tour
Eiffel qui part en balade et fredonne Y’a de la
joie. Pourquoi suis-je seule chez toi là dans le
noir. Je ne sais plus. Pourquoi rien ne s’est
10 Mes ombres
jamais produit entre nous ? Je ne sais pas.
D’ailleurs d’où cette histoire est-elle partie ?

Je regarde la femme en face de moi qui me
sourit. Elle a un air triste et bienveillant et
quand elle s’affaire à son bureau, distraite, on
sent parfois une grande lassitude, mais dès que
son regard se pose sur moi, une énergie
rassurante m’entoure.
J’aurais aimé que tu ne sois pas là à ce
moment-là. J’aurais aimé ne pas t’avoir eu.
J’aurais aimé m’en sortir pour toi. J’aurais aimé
que tu n’aies pas à comprendre tout cela.
Elle me parle gentiment comme tout le
monde ici. Ils voudraient que je raconte le
meurtre de ma mère ce matin. Lapidée à coup
de parpaings. Ils voudraient que j’échappe au
mauvais sort qui s’abat sur les femmes du
Guatemala.
Tu ne sauras rien de moi car plus personne
ne sait rien de moi depuis longtemps, bien
longtemps. Un homme sait qu’il m’a entraînée
dans la drogue, la prostitution. Un homme,
auquel j’ai voulu échapper, sait que je n’étais
plus qu’une marchandise. Que t’importe ce que
cet homme sait. Tu l’as su et tu le sauras.
On me parle d’avenir, d’école, de
déménagement peut être, de méfiance, de
vengeance, de ce lieu qui recueille les enfants
comme moi. On aimerait comprendre en vrac
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