Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Miscellanea littéraires

De
160 pages

BnF collection ebooks - "La plupart des morceaux qui vont suivre étaient destinés à la Correspondance de Grimm. Un certain nombre se trouvent dans les éditions qu'en ont données MM. Barbier et Taschereau. D'autres sont inédits. Il ne nous a pas toujours été facile de retrouver leur date, et pour quelques-uns cela nous a été tout à fait impossible, les renseignements donnés par Diderot étant incomplets et les ouvrages cités ayant été oubliés par les bibliographes."

BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir en version numérique des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés. Tous les genres y sont représentés : morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Le Feu

de bnf-collection-ebooks

Montmartre

de bnf-collection-ebooks

Une mauvaise étoile

de bnf-collection-ebooks

À propos deBnF collection ebooks
BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib liothèque nationale de France. Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’é diteurs,BnF collection ebookspour a vocation de faire découvrir des textes classiques e ssentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.
Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et m émoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.
Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert stan dardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.
Miscellanea littéraires
La plupart des morceaux qui vont suivre étaient des tinés à laCorrespondance de Grimm. Un certain nombre se trouvent dans les éditions qu’en ont données MM. Barbier et Taschereau. D’autres sont inédits. Il ne nous a pas toujours été facile de retrouver leur date, et pour quelques-uns cela nous a été tout à f ait impossible, les renseignements donnés par Diderot étant incomplets et les ouvrages cités ayant été oubliés par les bibliographes. Nous avons placé à la fin ces morceaux, en général très courts.
Sur l’assemblée de Cythère
1 Par le Comte Algarotti 1758
On ne savait ce qu’était devenu l’Amour ; il s’étai t renfermé dans son temple ; il y méditait sur le discrédit où son empire commençait à tomber. Il avait à ses côtés la Volupté qui languissait, les Jeux et les Ris qui ne battaie nt que d’une aile, les Grâces qui commençaient à s’attrister : il ne savait quel part i prendre. La Volupté lui conseilla de s’éclaircir sur toute l’étendue du mal avant que de songer à y remédier. L’Amour y consentit ; et à l’instant même trois jeunes Amours furent dépêchés : l’un en France, où il fut en un moment ; un second en Angleterre, où le pauvre petit pensa périr de la migraine et être suffoqué de la fumée ; et un troisième en Italie, qui s’arrêtait à chaque pas, tant il trouvait de belles choses à voir. Ils arrivèrent pourtant, et revinrent avec trois femmes fort instruites de l’état des affaires amoureuses dans l es trois royaumes. Le voyage de la Française fut court : les Françaises vont vite ; l’ Anglaise eut des accès de spleen qui la retinrent un peu sur la route ; l’Italienne ne voulait aller que de nuit, tant elle craignait les surveillants. L’Amour les attendait avec impatience : les voilà. On les introduit ; on leur apprend le sujet de leur voyage ; elles veulent par ler toutes trois à la fois. On prend le carquois d’un Amour, on y met trois billets : la plus jeune des Grâces en tire un, ce fut celui de l’Anglaise ; un second, ce fut celui de la Française ; le billet de l’Italienne resta au fond du carquois : elles parlèrent dans cet ordre… L’Ang laise dit en quatre mots que l’Amour était inconnu dans sa patrie ; que les hommes brutaux et farouches y passaient la vie sous trois différents états de stupidité : dans le vin, avec les prostituées et dans la politique… Là Française dit que son pays était le plus joli pays du monde, qu’on y aimait depuis le matin jusqu’au soir, qu’on y faisait à l’Amour, en un jour, plus de sacrifices nouveaux qu’on ne lui en offrait en un an dans toutes les contrées du monde ; que, dans cette heureuse contrée, on avait réduit la tendresse à sa juste valeur, qu’on y avait du plaisir sans peine, et des amants sans conséquence ; qu’ils ne passaient pas pour les plus discrets du monde, qu’ils parlaient un peu, mais qu’on n’en rougissait plus ; que cela était fort bien comme cela, et qu’on pouvait l’en croire, parce qu’elle avait du g oût, et que franchement elle ne connaissait personne qui en eût autant ; que l’Amou r n’avait rien de mieux à faire que d’établir la galanterie française par toute la terre ; et que de la proposer, elle, pour modèle à toutes les femmes ; parce que, sans vanité, il trouverait plus facilement à en proposer de plus mauvais que de meilleurs… L’Italienne se plaignit d’une bizarrerie des peuples de son pays, qui n’étaient pas cependant sans ressources, à ce qu’elle croyait ; ensuite elle se déchaîna contre les plaisirs des sens, et se mit à prêcher de toute son éloquence l’amour platonique… Quoiqu’elle parlât comme un ange, et qu’elle citât souvent Pétrarque qui avait aimé et chanté pendant vingt ans madame Laure, en tout bien et en tout honneur, et qui l’avait pleurée en chantant pendant vingt autres, l’Amour ne put s’empêcher de bâiller, et la Française d’éclater de rire. Alors l’Italienne comprit qu’elle en avait assez dit, et l’Amour se leva de dessus son trône… Il dit un mot à l’oreille de la Volupté ; et voici le jugement que la Volupté prononça : Qu’il fallait qu’incessamment on commençât à Londres d’aimer, sans faire toutefois de la tendresse une affaire trop sérieuse ; qu’on ferait bien d’y mettre un peu plus d’importance en France ; et qu’en Italie on fe rait encore mieux de le spiritualiser un peu moins. Elle ajouta beaucoup d’autres belles cho ses au milieu desquelles l’Amour disparut, et les trois femmes sortirent du temple… Elles trouvèrent des amants sous le vestibule : l’Anglaise avait l’air assez gaie, et ne paraissait plus menacée de vapeurs ; on remarquait une empreinte de langueur et de mélancolie dans les regards de la Française ;
l’Italienne laissait apercevoir à travers un air pa ssionné des désirs assez vifs et peu platoniques… On servit une collation où l’Anglaise but des liqueurs d’Italie qui lui parurent fort bonnes ; la Française, de la bière d’Angleterr e qui lui parut admirable, et l’Italienne, quelques verres d’un vin de Champagne mousseux qui lui donnèrent beaucoup de vivacité… Et ce fut la fin de l’ouvrage, que je trouvai mauvais parce qu’il ne faisait ni sentir ni penser.
1L’ouvrage, écrit en italien, sous le titre :Il Congresso di Citera,a été traduit sous ceux de le Congrès les États généraux,… l’Assemblée de Cythère. Ce dernier titre appartient à la lle traduction de M Menon, 1758, in-12.
1 SurFrédéric II
1760
Frédéric II, né en 1712, a depuis vingt ans donné à l’univers le spectacle rare d’un guerrier, d’un législateur et d’un philosophe sur le trône. Son amour pour les lettres ne lui fait point oublier ce qu’il doit à ses sujets et à sa gloire. Sa conduite et sa valeur ont longtemps soutenu les efforts réunis des plus grandes puissances de l’Europe. Sans faste dans sa cour, actif et infatigable à la tête des ar mées, inébranlable dans l’adversité, il a arraché le respect et l’admiration de ceux même qui travaillaient à sa perte. La postérité, qui ne juge point par des succès que le hasard guide, lui assignera parmi les plus grands hommes un rang que l’envie ne peut lui disputer de son vivant. On a publié sous son nom différents ouvrages de prose en langue française ; ils ont une élégance, une force, et même une pureté qu’on admirerait dans les productions d’un homme qui aurait reçu de la nature un excellent esprit, et qui aurait passé sa vie dans la capitale. Ses poésies, qu’on nous a données sous le titre d’Œuvres du Philosophe de Sans-Souci, sont pleines d’idées, de chaleur et de vérités grandes et fortes. J’ose assurer que si le monarque qui les écrivait à plus de trois cents lieues de la France, s’était promené un an ou deux dans le faubourg Saint-Honoré, ou dans le faubourg Saint-Germain, il serait un des premiers poètes de notre nation. Il ne fallait que le souffle le plus léger d’un homme de goût pour en chasser quelques grains de la poussière des sables de Berli n. Nos poètes, qui n’ont que de la correction, de l’expression et de l’harmonie, perdront beaucoup de valeur dans les siècles à venir, lorsque le temps qui amène la ruine de tous les empires, aura dispersé les peuples de celui-ci, anéanti notre langue, et donné d’autres habitants à nos contrées. Il n’en sera pas ainsi des vers du philosophe de Sans-Souci ; l’œil scrupuleux n’y reconnaîtra plus de vernis étranger ; et les pensées, les comparaisons, tout ce qui fait le mérite réel et vrai d’un morceau de poésie brillera d’un éclat sans nuage ; mais ce qu’il y a de singulier, c’est que ce petit défaut ne se remarque nullement dans les lettres mêlées de prose et de vers ; elles sont pleines d’esprit, de légèreté et de déli catesse, sans le moindre vestige 2 d’exotérisme. Il n’a manqué à cette flûte admirable qu’une embouchure un peu plus nette .
1Cette appréciation doit avoir été provoquée par la publication desŒuvres du Philosophe de Sans-Souci,(Paris), 1760. La première phrase nous don ne aussi cette date, Potsdam Frédéric étant monté sur le trône en 1740. 2On peut voir ici une allusion à l’instrument favori de Frédéric.
La mort d’Abel
1 Poème en cinq chants traduit de l’allemand 1761 (Inédit)
Ce sujet, ingrat en apparence, devient entre les mains du poète une source de situations intéressantes.
Premier chant
Le poète débute par une invocation où il s’occupe à relever les charmes de la poésie et à peindre le bonheur du poète, lorsqu’il est conduit par son génie dans la solitude, où il écoute son cœur. Cet exorde est très beau, mais c’est celui d’un art poétique et non d’un poème. Milton a trouvé des choses aussi sublimes et plus liées à son sujet. Il nous montre ensuite Abel et son épouse. Ils sortent de leur cab ane de grand matin se tenant par la main. Thirza, c’est le nom de la sœur et de la femm e d’Abel, engage son époux à lui répéter un hymne qu’il lui a déjà chanté quelquefoi s. Cet hymne est fort beau, c’est la louange des charmes de la nature et de la bonté de Dieu. Adam et Ève surviennent. Ils sont témoins de la tendresse d’Abel et de Thirza, M ehala, épouse de Caïn les accompagne. Mehala est triste et mélancolique. Ils entrent tous sous le berceau où Abel et Thirza sont assis. Ils mêlent leur joie. Survient C aïn. Il voit cette scène de bonheur, son cœur féroce en est irrité. Il passe. Son père affli gé va le trouver dans les champs et le réprimande. Caïn reçoit mal la remontrance d’Adam. Adam se sépare de lui, oppressé de douleur. Gain le voit aller la tête baissée et les mains élevées au-dessus de sa tête. Il sent le remords. Il court après son père. Il se jette à ses pieds. Il lui demande pardon. Adam lui pardonne. Les deux frères se voient et s’embrassent. La réconciliation de Caïn et d’Abel se célèbre par un festin ; et le premier chant finit avec la première journée.
L’entrevue d’Abel et de Thirza le matin est intéres sante. L’arrivée d’Ève, d’Adam et de Mehala simple et bien trouvée. Le passage de Caïn, sublime, mais il y a des idées trop nouvelles, des sentiments qui ne sont pas assez anciens. Le discours de Caïn en passant est manqué. Il ne fallait qu’une ligne, mais forte, mais énergique. Adam ne parle pas à son fils Caïn avec assez de simplicité. Son discours est gâté par des idées d’une philosophie que je reconnais. La peinture d’Adam éploré, en se séparant de Caïn, est digne d’Homère. C’est comme le prêtre Chrysès au sortir du camp d’Agamemnon. « Il allait la tête baissée, triste et pensif, le long des bords arides de la me r qui faisait grand bruit. » Le retour de Caïn à son père est bien imaginé ; mais ce qu’il dit au bon homme n’est pas bien. Ils se tutoient tous, et cela me plaît. Je commence à croire que nous sommes bien loin de ces mœurs pour nous en faire des idées. Ces êtres se chérissent beaucoup ; mais le poète n’a pas mis dans leur tendresse, une certaine nuance qui tînt à la solitude de la terre, au petit nombre de ses habitants et à l’étendue de l’espace. Il y a des répétitions heureuses de peintures, d’expressions et de sentiments. S’il eût voulu que son poème eût eu l’air tout à fait antique, il n’avait qu’à attacher une épithète à chacun de ses personnages, et n’en nommer jamais aucun sans son épithète. Le discours d’Ève et de ses deux enfants réconcilié s est commun. Il n’y a rien là qui sorte de la première mère. En revanche l’idée de cé lébrer la réconciliation par un festin dont les deux sœurs font les apprêts, est très bien. Mais pourquoi ne pas me montrer cette famille à table ? J’aurais tant aimé à les voir agir, et à les entendre causer. Pourquoi ne
pas écraser des grappes de raisins entre les mains des femmes et n’en pas faire tomber le jus d’entre leurs doigts, dans les coupes de leurs maris et de leurs enfants ? Pourquoi ne pas décrire les ustensiles de ce ménage ? Cela était difficile. Tant mieux.
Deuxième chant
La famille est à table. Abel demande à son père le récit de ce qui s’est passé depuis que sa mère et lui sont sortis du paradis terrestre pour entrer dans la solitude du monde. Adam allait commencer, lorsqu’il est arrêté par Ève qui lui dit : « Cher époux, laisse-moi peindre ce premier moment que tu affaiblirais par indulgence pour moi. » Cette interruption est de génie. Ève parle donc ; mais mal, froidement. Beaucoup de poésie et point de pathétique. Ce qu’elle entremêle de doux dans ses descriptions n’a pas tout le caractère de son sexe. Elle est contrite ; mais sa contrition est comme la nôtre. Adam prend la parole. Peinture de la discorde générale des êtres de la nature. Premie r orage. Au milieu de cet orage Ève effrayée se jette entre les bras de son époux et s’écrie : « Il vient, il vient, le Juge. » Cette exclamation est de grand goût. Autre belle chose. L’orage se dissipe, le tonnerre ne se fait plus entendre qu’au loin, et Adam dit à Ève : « Le Juge a passé près de nous. » Beau, très beau. Ils dorment mais d’un sommeil troublé. Ils se lèvent abattus. Ils s’avancent dans la contrée. Ils allaient, lorsqu’un oiseau blessé par un autre tombe mort aux pieds d’Ève. Première image de la mort. Elle le prend dans ses m ains et elle dit : « Il ne se réveille pas ; » et Adam ajoute : « Il ne se réveillera plus. » La suite de cette scène est touchante. Ils rentrent. Première habitation de l’homme. Premier berceau du genre humain. Premiers travaux. Premiers troupeaux. Apparition d’un ange, qui les console. Rien d’intéressant dans l’entretien de l’ange et d’Adam. C’est la prom esse que la connaissance de Dieu ne s’éteindra point parmi les hommes, avec une ébauche de la loi ancienne et de la loi nouvelle. Institution du premier culte. Premier sacrifice sanglant. Combien de richesses ! Mais j’attends un évènement qui m’empêche de m’intéresser beaucoup à ce qui précède, ce sont les premières couches d’Ève. Première autom ne. Premières provisions. Premier hiver. Premier printemps. Que son retour fut frappant pour eux ! Ils ne s’y attendaient pas. Première semaille. Première culture. Mais me voilà bien attrapé. Ève a mis son premier-né au monde, et nous n’y étions ni Adam, ni le poète, ni moi. Elle s’était éloignée de la cabane, et Adam inquiet de son absence la trouve ét endue sur la terre avec un enfant couché sur son sein. Je ne sais si le poète a bien fait d’écarter Adam de sa femme, lorsqu’elle mit au monde Caïn. Il me semble que la peinture des douleurs de sa mère ne devait pas lui être épargnée. Quoi de plus propre à l’attendrir et à le toucher ? Et la pensée d’Adam dans ce moment ? N’a-t-il pas dû croire que sa femme mourrait en donnant la vie ? Et tout cela n’était-il pas bon à dire ? Adam répète à ses enfants le discours d’Ève sur son premier-né, et la prière qu’il fit. Je n’en suis pas trop content. C’est qu’il n’y a pas un pas dans cet ouvrage dont on puisse sortir sans un effort de génie. Il m’attendrit seulement où il aurait dû me faire fondre en larmes . Ce poète a trop de peintures et d’images, et pas assez de sentiments. Lisez, mon ami, mon difficile ami, la naissance des autres enfants d’Ève, et vous verrez que Gessner est toujours au-dessous de la situation qu’il imagine. Adam achève son récit ; la famille se retire, et le second chant finit avec la seconde journée.
Troisième chant
Je tombe de sommeil, cependant je ne me coucherai p as sans avoir lu ce troisième chant. Adam va dormir avec Ève. Caïn avec Mehala, Abel avec Thirza, et moi je dormirai seul.
Abel en se retirant avec Thirza sa bien-aimée avait le cœur rempli de joie et se croyait réconcilié avec son frère. Mehala était aussi bien aise ; mais Caïn s’en offense ; un démon appelé Anamalec se mêle ici de leurs affaires et ramène le trouble dans l’âme de Caïn. Je n’aime pas cette machine. Il fallait tout tirer du caractère de Caïn et de la méchanceté naturelle. Qu’en pensez-vous, mon ami ? Vous n’êtes pas apparemment réconcilié avec le merveilleux ? Tout ceci est un mélange de bon et de mauvais goût. Imaginez que cet Anamalec parle de principes moraux, de juste et d’injuste, etc.
La première famille éveillée sort de ses cabanes. È ve est éplorée. Elle a des pressentiments du malheur qui doit arriver. Elle s’en ouvre à ses filles, mais toujours avec trop de poésie et d’esprit. Adam avait souffert pendant la nuit. Ses enfants se rassemblent autour de lui, excepté Caïn. Il était à son travail. Adam croit qu’il va mourir et il s’y résout ; il écarte ses enfants. Il demeure seul avec sa femme. Il lui parle de sa fin, des malédictions qu’on donnera à sa cendre, de la douleur que sa per te lui causera, etc. Il s’assoupit. Sa femme pleure et prie à côté de lui.
Il y a ici un peu d’embarras dans la conduite du po ème. On croit d’abord que Caïn n’a point vu les angoisses de son père, et puis l’on voit qu’on s’est trompé. On lui fait tenir sur les souffrances de son père un discours qui peut être supportable dans l’original mais qui est maussade dans la traduction. C’est une espèce de satire de ceux qui craignent de voir dans la douleur les personnes qui leur sont chères. La prière d’Abel sur Adam n’est pas mieux. Il faudrait assommer à coups de pierres un enfant qui parlerait comme lui dans une pareille conjoncture. Le poète trouve bien l’occasion de parler, mais il ne sait pas ce qu’il doit dire. Un ange apparaît à Abel et lui donne le secret d’un apozème : cela pourrait être beau, mais cela est maussade : Abel exécute l’ordre de l’ange ; il prépare le breuvage salutaire ; il le porte à son père et Adam guérit.
Cependant Caïn inquiet revient des champs. Il ne ve ut pas que son père meure sans avoir reçu sa bénédiction. Il est béni, mais il est mécontent que la bénédiction ne lui ait pas été offerte comme à son frère. Il soupire après le repos qu’il n’a pas. Il se rappelle avec chagrin les préférences que ses parents et le ciel même semblent accorder à son frère. La nuit approche. Adam remercie Dieu à l’entrée de sa cabane. Il y a des prières dans Homère qui auraient pu servir de modèle à l’auteur. Adam, après avoir prié, se retire dans sa cabane et les deux frères s’entretiennent sur l’action de grâce qu’ils rendront à Dieu, de la santé rétablie de leur père. Ils font chacun un sacrifice. Abel immole un agneau. Caïn offre des fruits. Le sacrifice d’Abel est accepté d u ciel ; celui de Caïn est rejeté. Celui-ci s’irrite et s’exhale en imprécations, et le troisième chant et la troisième journée finissent.
Quatrième chant
Caïn se lève avant le jour. Il erre dans les ténèbres traînant avec lui sa mélancolie. Il va. Il cherche le repos. Il le trouve pour un moment. L a peinture de Caïn dormant, est d’une beauté particulière. Il rêve. Il voit en songe sa p ostérité malheureuse. Anamalec s’approche de lui. Il lui inspire des pensées funes tes. Il voit le sort heureux des enfants d’Abel. Abel s’approche de son frère endormi. Il invite la nature au silence. Il s’adresse aux oiseaux. Bavardage d’opéra. Caïn s’éveille. Il entre en fureur à la vue de son frère. Ce qu’il dit est presque burlesque. Abel cherche à le calmer. Il se jette à ses pieds. Caïn prend une massue et lui brise la tête. Cette scène, la principale du poème, est tout à fait manquée. Anamalec triomphe. Les derniers sanglots d’un frère assassiné par son frère sont une harmonie délicieuse pour lui. Cependant la voix du sang d’Abel est montée au ciel et sa colère s’annonce par des phénomènes terribles. Dieu dit, et deux anges vont, l’un au-devant de l’âme d’Abel, l’autre à son meurtrier. L’âme de l’ange et d’Abel s’embrassent et
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin