Mœurs ou les sept péchés capitaux

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L'histoire de la Martinique et le récit de la vie de l'auteur sont inextricablement liés. Né dans les années 30, il est témoin des effets de la seconde guerre mondiale sur la population et plus intimement sur la vie de sa mère. Celle-ci doit en effet subvenir seule à ses besoins et tient par dessus tout à lui donner toutes le chances de poursuivre une scolarité normale. Ils vivent de menus travaux et à cause de cette dure réalité il s'estime être un poids dans la vie de la Chère. L'enfance sera également marquée par l'absence du père, les sentences du grand-père et surtout par l'expérience des 7 péchés capitaux : l'envie, la colère, l'avarice, l'orgueil, la gourmandise, la paresse et la luxure qui prennent leur source dans les diverses privations que lui impose La Chère.



Adolescent, il assiste avec regret à l'entrée progressive de la Martinique dans le monde moderne. Adulte, il en constate les effets néfastes qu'il analyse de l'intérieur dans sa profession de thérapeute. Il côtoie la maladie et la mort reflet d'une Martinique qui se meurt.



Roman autobiographique, écrit dans un style riche, vivant, parfois très intime, déroutant même, mais ne laissant jamais indifférent.

Publié le : samedi 1 janvier 2011
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782844505620
Nombre de pages : 256
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les Sept péchés càpitàUx
Je n’ài jàmàis cOnnU mOn pèRe. DU pLUs LOin qUe RemOnte Le sOUveniR, RessURgissent de mà pRime enfànce, deUx visiOns cOmme en sOnge. CURieUsement mêLées et intimes, màis nOn sin-gULièRement distinctes, teLLes qUe peUvent L’êtRe Les OmbRes pORtées et pROpRes sUR Une imàge. Ce sOnt deUx cLichés Où se Lient, de mOn vécU, L’essentieL des effets qUi me Restent en mémOiRe. D’Une pàRt, c’est Là RepRésentàtiOn d’Un bàmbin d’âge de bàRbOteUse, màis entièRement nU. IL cOURt À Là meR. De Là mèRe À Là meR, pOURRàit-On diRe. a Là RecheRche dU pèRe qU’iL ne cOnnàît pàs màis qU’iL RécLàme jUsqU’À excé-deR Là pàtience de sà génitRice ; àU pOint de Là chàngeR en dàROnne écheveLée. De L’àUtRe est Le tàbLeàU d’Un gRàbàtàiRe. un hOmme, jeUne encORe qUOiqUe déchàRné. Dàns Un décOR de LàmbRis teRnes et de cLOisOns bLeU-pâLe, engOncé dàns Là pénOmbRe d’Un Lit démesURé, immObiLe, L’hOmme ; si pROche ! Et L’On m’en éLOigne… - TU n’iRàs pàs, c’est inteRdit ! Dàns cette LUtte pOUR Une pROmiscUité défendUe, je sens sà pRésence m’enveLOppeR. TàngibLe, teL Un vOiLe L’àiR àmbiànt, pLein de LUi s’infiLtRe pàR mes nàRines, dàns mà tête ; pUisqUe j’àspiRe pLUs qUe tOUt àU mOnde. Et L’On s’Obstine À m’empêcheR de L’effleUReR, de Le tOUcheR : simpLe cOntàct. QUeLLe scène ! Cependànt qU’iL demeURe en mOi, ici même, cOmme Une cOntàgiOn. CeLLe-LÀ même qUi devàit L’empORteR jUsqU’àU bOUt de L’àb-sence. De sOn étàt, j’en cOmpRenàis mOins encORe ; cependànt, j’ài dit ne m’en êtRe pàs sépàRé depUis… C’est Là seULe imàge : pLUs RepRésentàtiOn qUe pein-tURe, pLUs impRégnàtiOn qUe sOUveniR, qUe je gàRde de rOmULe. Màis mieUx encORe, Un peU À L’instàR de ce sUbtiL enchàînement d’àbeRRàtiOns qU’On à vU initieR chez Une chienne d’iRRepRessibLes instincts màteRneLs À L’endROit d’Une pORtée de chàtOns, àUjOURd’hUi, Là sOixàntàine tàpànte, je n’ài qU’À cLORe Les
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yeUx et inspiReR Une cOULée d’àiR pOUR « sentiR », ô cURiOsité, sà pRésence À côté, LÀ, tOUt cOntRe… oR dOnc, de rOmULe, de L’àïeUL, dOnt j’àvàis, en espRit, fàit Un sUccédàné dU pèRe, j’ài tROp vite été fRUstRé. DeUx dOUzàines de mOis À peine ! Dàns nOs cOntRées Où Le giROn à LOngtemps tenU LieU de cOUvOiR, Là pRà-tiqUe de Là bRàgUette à fàit Office de pOLitiqUe écOnOmiqUe. IL s’en fàLLàit de beàUcOUp qUe je fUsse tOUt seUL pRivé de pèRe ! Màis je ne sàis qUeLLe sensi-bLeRie nàtive, qUeLLe excitàtiOn qUe je sUis pORté màintenànt À qUàLifieR de « pèRe fide », àUROnt décUpLé Le mànqUe ; àU pOint d’en fàiRe Une màLàdie, Une tàRe : L’inàccOmpLissement de Là mienne de fàmiLLe… Et pOURtànt, de tOUs Les qUàRtieRs Où Les péRégRinàtiOns d’Une femme sàns àttàche m’Ont cOndUit, je n’ài ObseRvé qUe peU de càs Où Le pèRe, « intRà mUROs », n’àvàit pàs nécessài-Rement Là dimensiOn -cOmment disent-eLLes : màchiste ?- dOnt On nOUs Rebàt, À débàt -Là LOngUeUR, Les OReiLLes. VOici dOnc Les LUmineUses dOnnées qUi àLLàient écLàiReR mes RéflexiOns. DéjÀ exàceRbés, mes penchànts, pàsseRàient sàns ménàgements àU cRibLe, Le cOmpORtement de mà génitRice. oUi, sàns méjUgeR de nOs sentiments, c’est À mOn àppRéciàtiOn, Là seULe peRsOnne qUe je cOnnàisse, qUi s’est mORtifiée tOUte sà vie de n’àvOiR pàs sU cOnfORmeR L’àbOUtissement de sOn existence d’àdULte -À L’inveRse de Là MàRtiniqUàise tRà-ditiOnneLLe-, àUx idéàUx màtRimOniàUx, fàmiLiàUx, qU’eLLe s’étàit définis dàns sOn jeUne âge. SOUs qUeLqUe àngLe qUe je cOnsidèRe Là chOse, iL fàUt àdmettRe qU’eLLe n’étàit pàs pRête À enfànteR ; ce qUi n’est Rien qUe bànàL. Màis, LÀ Où d’àUtRes, cOURàmment àdmettàient À LeUR cORps défendànt : « Le màL est fàit, Le cOUp est sàns Remède » ; Là mienne à tOUjOURs OppOsé Un Réflexe défensif qUi L’empê-chà d’àdmettRe, d’intégReR. on peUt encORe àjOUteR qUe LÀ Où beàUcOUp se sOnt « débàRàssées » -c’est Une expRessiOn qUe j’ài sOUvent entendUe-, eLLe ne s’est nOn pLUs dépàRtie de mà pRésence qU’À L’insigne minimUm… Pàs Là mOindRe jOURnée d’OxygénàtiOn hORs Le giROn màtRifOcàL ! TOUte Là tRàme dU Récit qUi và sUivRe se pLàqUe sUR ces RàppORts À L’hési-tànte. D’Une pàRt, L’enfànt sàns dOUte tROp peRceptif (peRcipiànt ?) et Là géni-tRice nOn mOins excLUsive ; et de L’àUtRe, Là sensàtiOn qU’iL pOURRàit existeR qUeLqUe chOse d’àUtRe. ràppORts qUi àURàient pU fàiRe LeveR L’iRRitàtiOn -On disàit « L’àigRitUde », OU même Là hàine, en héRitàge.
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a cOUp sûR, eLLe àUssi àvàit sUbi sà pàRt d’àvàtàRs. EntRe deUx bàRReàUx de chàise, vàUtRé sUR Le pLàncheR sentànt bOn L’àRàdà, Les histOiRes de fàmiLLe qUe
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j’ài pU ici et LÀ gLàneR, sOnt àssez cOcàsses. MàtièRe ReLàtiOns, chàqUe membRe de cette tRibU s’est tOUjOURs pLàcé sUR sOn tRente-et-Un. VOyOns pLUtôt. DU hàUt de LeUR DOminànte nàtàLe, rOmULe et ses fRèRes (iL y àvàit achiLLe, L’àîné, rOmUàLd-càdet, rémUsàRd et Chàbin ses pUînés), cULtivàient cOnjOintement Le LOpin fàmiLiàL. là pOpOte étàit cOmmUne, tOUtefOis dàns Le cànàRi fàmiLiàL, chàqUe pàRt de sàLàisOn étàit mise À cUiRe dàns Une feUiLLe distincte àfin qUe nUL ne se tROmpe de ce qU’iL àvàit fOURni. les fiLLes, aLice, antOinette et antOnià, étàient chàRgées À tOUR de RôLe de fàiRe bOUiLLiR Leszagréset de pRé-pàReR Là sàUce piqUànte. Màis ceLLes qUi n’étàient pàs àU seRvice dU jOUR n’àvàient àUcUn dROit À L’àgàpe. NULLement fORcies, ces histOiRes sOnt en pRise diRecte àvec L’individUà-Lisme viscéRàL qUe j’ài pU, àyànt gRàndi, ObseRveR dàns Là fàmiLLe ; màis Reve-nOns À mà M’màn. NOnObstànt ce qU’On và diRe, eLLe à tOUjOURs été Là mèRe ; c’est-À-diRe, ceLLe qUi en dépit de tOUt, à entRetenU Là symbiOse. CeLLe qUi pRes-sentànt L’àttiRànce à OccULté tOUte féminité inUtiLe. QUi à fàit pRévàLOiR L’in-dispensàbLe àUtORité dOmestiqUe pàR deveRs tOUte hàRmOnie d’effets pOssibLement embàRàssànts À L’Usàge. un peU, fàçOn seRviLe, et pOUR Là pRO-LOngeR, Là « màncipàtiOn » -pLUtôt qUe L’émàncipàtiOn- àURà été tOtàLe pUisqUe àssURée pàR L’intéRessée même ! a vRài diRe, de « bàRbOteUse », je n’en eUs gUèRe. NOn qU’eLLe RefUsât de sàcRifieR àUx mœURs de ce temps Où, qUOi qU’On cOUvRît, cOmme çà s’impOse, Le sexe des fiLLes, Les gàRçOnnets généRàLement àLLàient bàLLànt de tOUs LeURs membRes, àUx vents d’Une càndeUR nàtive. Ce n’est pàs qUe Là ChèRe qUi, de fORmàtiOn pRàtiqUe sàvàit cOUdRe et àvàit cOstUmé pLUs d’Un fàRàUd nippé des pLàces fOyàLàises, ne pût m’àssembLeR màintes de ces petites pièces de vêtURe qU’On àgRàfàit pàR L’entRe-jàmbes. Màis Là gUeRRe, dOnc Là pénURie étàit LÀ. IL eUt été hàsàRdeUx de distRàiRe Les qUeLqUes pàns nOn effiLOchés des vieiLLes hàRdes -LesqUeLLes nOUs seRvàient À même Le sOL de LiteRie-, pOUR cOUvRiR « inUtiLement » Un cORps de gàRçOn. les « hàiLLOUqUes » àvàient bien pLUs pàR-cimOnieUsement À êtRe empLOyées : - CàR, mOn cheR, àvec Là tOiLe de deUx bàRbOteUses, tU mets debOUt tROis càsàqUes, peUt-êtRe pLUs ! Sàns cOmpteR Les fOURnitURes… Si encORe ç’àvàit été Une fiLLe qUe DieU m’àvàit dOnnée !… « TOUt temps » iL est tOUt petit, Le « tigàçOn » n’à pàs besOin de « seRReR » sOn « zizi-pànpàn » ; àLORs qUe tU peUx pàs LàisseR Les « yin-yins » fàiRe Le siège de Là « màfOUne » de Là « tifiLLe » ! DOnc Les temps de vàches màigRes étàient LÀ, cORsànt Là pénURie endé-miqUe de ces Rives. un petit bàdigeOnneUR vitUpéRànt venàit d’àtteRReR ces démOcRàties écLài-Rées de Là vieiLLe EUROpe. SOUs Le pRétexte d’Une àncienne Offense dOnt Les mOtifs RemOntàient àUx deRnieRs TRàités de VeRsàiLLes si nOmbReUx, iL àvàit mis Là « MétROpOLe » en càpiLOtàde ; L’EmpiRe étàit en déshéRence.
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