Moi, Je

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Les récits des victimes des camps d'extermination, autrefois rares, sont maintenant nombreux. Ils témoignent, mais expliquent peu. Les récits des négationnistes, ou des acteurs niant leur responsabilité, restent rares, mais n'ont pas d'intérêt. Ils masquent la réalité dans des buts inavouables. Les récits des acteurs submergés par leur culpabilité existent, sont émouvants, mais n'expliquent malheureusement rien. Les thèses explicatives sont nombreuses et intéressantes. Mais elles restent externes, laissant incompréhensible le lien avec soi. Les récits d'acteurs acceptant leur culpabilité sans la justifier, avec suffisamment de lucidité pour en démonter les mécanismes, n'existent pas. C'est pourquoi Mark est un personnage de roman.
Publié le : samedi 9 juin 2007
Lecture(s) : 77
EAN13 : 9782748199840
Nombre de pages : 373
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Moi, Je – Tome 2
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Frédéric Kahef
Moi, Je Tome 2
Je, ou la raison de ce qui est
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9984-7 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748199840 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9985-5 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748199857 (livre numérique)
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Le labyrinthe conçu par Dédale était considéré par tous comme l’œuvre parfaite, puisqu’une fois entré, il était impossible d’en ressortir. Pourtant, Dédale savait qu’il n’en était rien. Il savait qu’un labyrinthe parfait ne peut exister qu’à deux conditions. Soit il n’a pas d’entrée (auquel cas, un simple cube sans ouverture suffit), soit il emplit l’espace entier, de façon à n’avoir pas de bords (auquel cas, l’univers dans sa totalité n’y suffit pas) Dédale a donc dû, pour parachever son concept, user d’un artifice que lui-même ne maîtrisait pas complètement, puisqu’une fois y avoir été enfermé par Minos, il était censé s’y perdre, comme les autres. Le labyrinthe absolu n’était en fait qu’une nasse, un piège conceptuel. Cependant, Dédale nous donne deux indices de compréhension. Le premier, avec le fil d’Ariane, nous dit que si l’on suit la méthode pas à pas, l’insoluble se résout, même en l’absence de tout
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entendement. On ne comprend pas, mais ça marche. Le second consiste à s’élever dans les airs au-dessus du modèle, de manière à accéder à une représentation globale qui fonctionnerait comme un modèle du modèle, un méta-modèle. Ce qui nous met alors dans la situation inverse. On comprend, mais il n’y a pas de solution. Les deux approches sont donc apparemment irréconciliables. Et c’est précisément à cette jointure que se trouve l’artifice inventé malgré lui par Dédale, et si merveilleusement dévoilé (entre autres) quelques millénaires plus tard, par M.C.Escher dans ses extraordinaires gravures de mondes impossibles. Minos, le tyran, se moquait de savoir s’il était en présence d’une œuvre parfaite ou non. Le labyrinthe en tant que concept lui importait peu. La seule chose qui l’intéressait, c’était sa fonction de nasse. Grâce à elle, il allait pouvoir maîtriser le Minotaure et s’en servir comme d’une arme de despotisme absolu. Utilisant la fascination exercée par le labyrinthe, il se mit alors à nourrir sa propre fascination du pouvoir en livrant à la dévoration du Minotaure, les foules de jeunes gens et de jeunes filles qui se pressaient en masse, abusés dans l’illusion d’une perfection en forme de réponse définitive, de solution finale.
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