Mon fiancé, mon ex et moi (Harlequin Red Dress Ink)

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Mon fiancé, mon ex et moi, Wendy Markham

Si je vous disais que j'ai un super job dans une agence de pub à New York (et que je viens de décrocher une promotion), que mon fiancé m'a demandée en mariage (enfin ! j'attendais ce moment depuis des lustres) et que mes copines rêvent toutes d'être à ma place, vous vous diriez que je suis la fille la plus chanceuse du monde, non ?

Je vous arrête tout de suite... Primo, mon fiancé (soi-disant parfait) ne paraît pas si emballé que ça par notre futur mariage et fait tout pour échapper aux préparatifs... Secundo, mon meilleur ami (et accessoirement mon ex) s'est apparemment dit que c'était le moment idéal pour - devinez quoi ? - me déclarer sa flamme !

Du coup, ma vie est devenue un véritable imbroglio et une petite voix intérieure prend un malin plaisir à me torturer : Tracey, es-tu sûre d'avoir fait le bon choix ?

Publié le : dimanche 1 juin 2008
Lecture(s) : 35
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782280269902
Nombre de pages : 368
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Quoi de plus romantique que de se fiancer le jour de la Saint-Valentin ?

Je vais vous le dire, se fiancer le jour de la Saint-Valentin en sortant du mariage de votre meilleur ami gay. Imaginez la scène, New York, Broadway, pendant les soldes d’hiver. Vous portez une splendide robe de demoiselle d’honneur en brocart rouge et noir lorsque, soudain, l’homme que vous aimez s’agenouille devant vous sur un trottoir trempé et, avec un regard rempli d’amour, malgré ses cheveux collés par la neige fondue, vous demande de devenir sa femme.

Enfin ! Ça faisait six mois que j’attendais ce moment, car ça faisait six mois que j’avais découvert l’écrin caché au milieu de ses vêtements.

Je vous présente Jack Candell, un homme capable de souscrire un abonnement à vie à TiVo – le fameux enregistreur vidéo numérique permettant d’enregistrer les programmes télévisés sur disque dur – sans même une période d’essai, mais qui a pris tout son temps pour me faire sa demande. Je ne m’étendrai pas davantage sur l’atroce suspens dans lequel j’ai vécu durant cette période, connaissant l’existence de la bague planquée dans le tiroir de sa table de chevet et ne le voyant jamais manifester la moindre intention de me l’offrir.

Aujourd’hui, c’est du passé, car Jack Candell vient, comme vous le savez maintenant, de souscrire un engagement à vie auprès de Tracey Spadolini, sa petite amie depuis deux ans. C’est-à-dire moi. Dommage que vous ayez raté cela. Moi qui y étais, je peux vous assurer que c’était très émouvant. Cette demande en mariage tant rêvée faite au moment où je m’y attendais le moins, et ma voix tremblante quand j’ai répondu oui (évidemment !) – voilà un jour que je n’oublierai jamais.

Durant tout le trajet de retour dans le métro, puis entre la station de la 96e Rue et notre immeuble, je repense à ce merveilleux instant que je viens de vivre. Je suis sur un petit nuage. Folle de joie, je brûle d’impatience de raconter la grande nouvelle à tout le monde et d’exhiber ma bague. Dommage que Jimmy, notre portier préféré, ne travaille pas le samedi. Ce soir, c’est Gecko qui le remplace. C’est un vieux bonhomme bavard et pas très sympa qui, si vous avez le malheur de lui adresser autre chose qu’un rapide bonsoir, vous met le grappin dessus et vous raconte, dans un monologue sans fin, sa goutte, ses rhumatismes, ses problèmes de digestion et les désordres intestinaux auxquels il serait confronté s’il ne suivait pas les conseils de son gastro-entérologue. Je dissimule prudemment ma main gauche au fond de ma poche et je cache mon grand bonheur sous un sourire poli. Mais dès que les portes de l’ascenseur se referment sur nous, mon sourire s’élargit car Jack me prend dans ses bras et me serre contre lui. Tant pis si nous ne sommes pas seuls dans la cabine – nous faisons le trajet en compagnie de trois bruyants chiens terriers et de Quint, leur dog-sitter, chargé de les promener tous les jours pendant que leur propriétaire travaille.

Vous êtes sûrement d’accord avec moi, il y a un certain nombre de choses dans la vie qui ne sont pas à la hauteur de nos espérances. Par exemple, les fêtes de Noël ou bien le jour où l’on perd sa virginité, ou encore le moment où, après huit jours de régime Atkins, on se retrouve face à face avec un beignet frit. Je suis heureuse de vous dire que je ne suis pas du tout déçue par mes fiançailles. Etre demandée en mariage est une expérience aussi délicieuse que je l’espérais.

Je sors de l’ascenseur et me dirige vers l’appartement 9K, mon futur mari – mon futur mari ! – à mes côtés. Toujours sur mon petit nuage, j’entends des violons jouer dans ma tête, je lui jette un regard énamouré et c’est alors que l’homme de ma vie baisse la tête, grimace et dit :

— J’ai les pieds trempés. Crois-moi, ça va puer un max quand je vais me déchausser.

Evidemment.

Restons positif, à choisir, je préfère encore des pieds qui empestent à des pieds gelés. Pour tenter d’effacer cette remarque terre à terre – et en éviter d’autres –, je monte le son de mes violons imaginaires. Ne nous plaignons pas, il aurait pu faire pire encore ! Il ne m’a pas dit, par exemple, qu’il avait une furieuse envie de « pisser un coup », expression qu’il aime particulièrement. Jack attrape ses clés au fond de sa poche. Pour ma part, j’essaie de ne penser ni à ses pieds malodorants ni aux miens, douloureux à force d’être comprimés dans des escarpins neufs.

Tu vas te marier ! Tu vas te marier !

Autant de bonheur, c’est dingue. A partir d’aujourd’hui, je suis sûre que tout va me sembler différent, le goût des aliments sera meilleur, faire l’amour sera encore plus épanouissant, chaque nouveau projet aura davantage de sens. Voir mon fiancé – je ne me lasse pas d’employer cette expression – ouvrir la porte de notre deux pièces est en soit un symbole, c’est notre avenir qui s’ouvre devant nous. Malgré la grisaille du ciel de cette fin d’après-midi de février, notre chez-nous m’apparaît différemment. Signe que nous sommes partis ce matin à la dernière minute, il règne un désordre indescriptible dans la pièce. Mon pyjama est en boule sur le sol à l’entrée de la chambre. Le bar de la kitchenette est couvert de miettes, de beurre et de confiture. Sur la petite table de cuisine, au milieu d’une pile de journaux et de lettres, deux tasses pleines de thé noir, les sachets étant restés dedans toute la journée. Mon petit violon imaginaire joue dans ma tête, Tea… for two… two… for tea.

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