Mon grand mariage malgré moi

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« Tu es certes ma mère mais tu ne seras jamais ma maman, celle qui dans mes rêves serait toujours là à me réconforter de son amour maternel qu’on dit éternel. Par amour pour cette fille qu’un jour tu as mise au monde, je te demande d’accepter ce garçon dans ma vie et je souhaite qu’il soit l’amour de ma vie. Mère, je ne quitterai pas ce garçon peut-être pauvre à tes yeux mais riche d’amour. »


À Mayotte, aujourd’hui en pleine mutation et où la modernité côtoie les traditions les plus ancestrales, le mariage coutumier est devenu un véritable investissement pour la famille. Plongez dans l’histoire de Youssouf, garçon d’une famille modeste, et de Salma, fille de la bourgeoisie locale élevée dans le faste, que tout sépare sauf l’amour qu’ils ont l’un envers l’autre. Luttant contre les préjugés, faisant face aux tensions qui opposent leurs familles, ils vont devoir accepter l’ultime compromis, le grand mariage, seule solution pour vivre pleinement et au grand jour leur amour.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9789999989275
Nombre de pages : non-communiqué
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Prologue
Dans une salle de la maternité du village, une femme souffre le martyre pour l’accouchement de son premier enfant. La douleur est tellement intense que malgré toute la préparation qu’elle a faite avec les anciennes du village et la sage-femme, elle n’arrive pas à se calmer et à la supporter. À chaque contraction, c’est une nouvelle salve de cris qui re-tentissent dans cette salle de préparation. Dans la souffrance de cette ultime étape, les quelques moments de répit, elle continue à prier pour que l’enfant à naître soit une fille. La position dans l’utérus n’avait pas permis d’identifier le sexe pendant la grossesse. Son mari, à côté d’elle depuis le début, compatit mais reste impuissant face à la situation. Les cris vont et viennent au rythme des contractions qui sont de plus en plus rappro-chées. L’équipe médicale de garde vérifie les différents moniteurs tous les quarts d’heure. Vers 2 heures du matin, après plus de douze heures de souffrance, elle est amenée en salle d’accouchement. Au bout d’ultimes efforts, le bébé vient au monde en lançant ses premiers cris. — Félicitations monsieur et surtout madame, vous avez une jolie fille, annonce la sage-femme qui remet le bébé dans les bras de sa mère.
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Le lendemain, tard dans la soirée juste avant la fermeture au public, la jeune mère demande à son époux : — Quel prénom va-t-on donner à notre fille ? Tu tiens toujours à celui de ta mère, ou préfères-tu finalement ce prénom plus moderne que j’ai proposé ? — Elle s’appellera Salmata. Je pense qu’on en a déjà assez discuté. Je suis de la vieille école, tu sais bien. Bonne soirée et bonne nuit à toutes les deux. — Ne tarde pas à trouver un terrain constructible… — Pourquoi ? — Au cas tu n’aurais pas remarqué, nous avons eu une fille et plus tard, il faudra célébrer son mariage dans une maison qu’on aura construite pour elle… — Il se fait tard, bonne soirée. Je t’aime. Six mois plus tard, la famille au grand complet signe devant le cadi un acte de vente d’une parcelle de huit cents mètres carrés dans les hauteurs du village.
Quatorze ans plus tard
En ce début d’année scolaire, je rentrais en classe de seconde dans le lycée juste à côté de mon village. Les va-cances s’étaient bien passées. J’avais profité à ma façon de mon séjour en France, entre lecture, cinéma et cahier de vacances. J’étais contente de reprendre et j’allais retrouver mes camarades et surtout les livres. On était cinq de la même classe qu’en troisième et les autres venaient des villages voisins, voire de très loin. L’organisation était identique au collège et ma cousine m’avait déjà tout expliqué, le fonc-tionnement de la cafeteria, de la bibliothèque, très impor-tant, la vie scolaire, les retards, tout ce qu’une nouvelle comme moi devait savoir. Un mois plus tard, je commençais à prendre mes repères entre les différentes salles de classe, à connaître les prénoms des uns et des autres, les professeurs, leurs comportements, leurs exigences. Le lycée était très grand et notre emploi du temps, un peu bizarre à mon goût, nous obligeait à traverser tout l’établissement entre deux cours. J’avais beaucoup misé sur cette rentrée pour avoir enfin des amies, voire une amie intime. Depuis toute petite, je n’avais pas pu tisser des vraies relations d’amitié, j’étais soit trop petite, soit trop intelligente, fille à papa, religieuse à cause de mes habits, enfant pour mon âge. On avait toujours
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quelque chose à me reprocher. Pour les parties de cartes, et tous les jeux collectifs en général, personne ne voulait de moi comme partenaire. Dès que j’ai su lire – à quatre ans –, je me suis réfugiée dans les livres. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main. Jusqu’alors, je ne m’en préoccupais pas, ce n’était pas un souci, mais à quatorze ans bientôt quinze, je souhaitais vraiment changer. Je voulais avoir des relations comme tout le monde et pourquoi pas un copain, un petit ami. Au fond de moi, je voulais être traitée comme les autres adolescentes, ce que j’étais d’ailleurs : je portais les mêmes habits, en plus longs et plus larges certes, j’écoutais la même musique, re-gardais les mêmes séries télé. Malgré tous ces efforts, on me laissait dans mon coin. De temps en temps, j’avais l’atten-tion des autres quand il s’agissait de leur expliquer ou leur donner mes devoirs. J’avais vécu tout ça au collège et j’avais décidé que tout devait changer au lycée. Les premières semaines n’étaient guère encourageantes mais je gardais espoir car j’étais persuadée qu’être une excellente, voire une brillante élève n’était pas incompatible avec le fait de mener une vie normale d’adolescente. Mais ce n’était pas chose facile et le temps passant, je re-tombais dans le même schéma qu’au collège. Je passais tout mon temps libre à la bibliothèque au lieu d’être avec les autres à rigoler, parler de tout et de rien, juste passer le temps. Au fond, je pensais que mon problème venait de là. Je n’arrivais pas à discuter des banalités de la vie et à prendre plaisir à ces discussions. Il me fallait un sujet consistant, il fallait avoir un débat réfléchi, argumenté qu’importe le domaine, même les plus anodins comme les tenues vesti-mentaires des adolescents, les relations avec les parents, les
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