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Morceaux choisis

De
150 pages
Quand Arnaud ouvre les carnets que son meilleur ami, David, a laissés en mourant, la vie en surgit comme un génie de la lampe des contes : leur passé, bien sûr, en particulier leurs amours avec deux sœurs, Mahaut et Isée, mais plus encore toute une part mystérieuse, magique, qui réenchante le monde.
Utilisant les moyens du conte, de la poésie, du fantastique pour créer un univers entièrement singulier, Morceaux choisis est, au-delà des thèmes de la mort, de l’amour, de l’amitié, un roman dont le charme trouble emprunte aux paysages qu’il traverse, de Manhattan à Venise, en passant par le bush australien.
 
Olivier Lexa a cofondé en 2011 le Venitian Centre for Baroque Music, dont il est directeur artistique. Morceaux choisis est son premier roman.
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couverture

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Olivier Lexa

Morceaux choisis

 

Roman

 

Quand Arnaud ouvre les carnets que son meilleur ami, David, a laissés en mourant, la vie en surgit comme un génie de la lampe des contes : leur passé, bien sûr, en particulier leurs amours avec deux sœurs, Mahaut et Isée, mais plus encore toute une part mystérieuse, magique, qui réenchante le monde.

Utilisant les moyens du conte, de la poésie, du fantastique pour créer un univers entièrement singulier, Morceaux choisis est, au-delà des thèmes de la mort, de l’amour, de l’amitié, un roman dont le charme trouble emprunte aux paysages qu’il traverse, de Manhattan à Venise, en passant par le bush australien.

 

Olivier Lexa a cofondé en 2011 le Venitian Centre for Baroque Music, dont il est directeur artistique. Morceaux choisis est son premier roman.

 

EAN numérique : 978-2-7561-1045-5

 

EAN livre papier : 9782756103198

 

www.leoscheer.com

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DU MÊME AUTEUR

DU MÊME AUTEUR

Venise, l’éveil du baroque, Karéline, 2011

 

© Éditions Léo Scheer, 2011

www.leoscheer.com

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OLIVIER LEXA

 

 

MORCEAUX CHOISIS

 

 

roman

 

 

Éditions Léo Scheer

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[Journal de David ; feuille volante]

Longue virée en voiture, après dîner. Avions bu (des mélanges). Arnaud m’a pris la main, me l’a plaquée contre le sexe d’une fille sur le trottoir, le tissu de sa robe collait. Difficile de me remémorer son visage. Elle était si stupéfaite qu’elle a mis un moment à réagir ; elle était seule : Arnaud, lâche, obsédé. Aucun souvenir du regard ; mais du petit cri de passereau. Risible. Court, aigu, bête, inconsistant, oh ! gentille alouette, pucelle effarouchée. Grotesque. Et le bec, et la tête. Et la forêt humide sous mes doigts… J’ai claqué la portière. Démarrage en trombe. Arnaud a chanté son chant du libéré (il est fou), a baissé sa vitre, passé son aile au-dehors ; j’ai regardé autour de nous : je ne voyais rien. J’ai sorti la tête : pendant très longtemps, les yeux clos, j’ai été occupé à jouir de la vitesse, de l’air tiède, liquide, tantôt frais. Et Arnaud me parlait, il me disait des obscénités, interminablement, et je n’écoutais pas, et j’étais heureux, et je criai mon bonheur contre les devantures et les ombres, contre les grilles fermées, contre les entrelacs des réverbères, contre les trottoirs aux oiselles effarouchées, contre les quais peuplés d’apparitions qui vont deux par deux, contre l’été à qui l’on en voulait de s’être fait attendre ; contre cette nuit, sa magie, sa sainteté, son obscurité frelatée ; contre les lueurs et les beautés de la ville que je n’admettais pas, contre les images et les mystères et les êtres et les choses que je ne voyais pas ; contre l’oreille droite et plumée d’Arnaud qui n’en pouvait plus et qui suppliait, et qui en redemandait, et qui hurlait, et qui suppliait de se taire, et de hurler, et de se taire avec le lecteur, et de hurler avec moi, et de louer la nullité de nos esprits malades et stériles et géniaux.

Avant de me coucher j’ai mis La Divine Comédie sous mon oreiller, afin d’avoir de l’inspiration pour la semaine.

En me levant, je me suis souvenu de cette phrase que depuis des mois je souffrais d’avoir oubliée :

« Elle dort lentement. »

[Collage]

Longtemps nous nous sommes hurlé nos ivresses à la figure, comme des adolescents qui ne cessent de se découvrir, sans jamais se trouver.

MOI (chuchotant) : — Il y a des hommes qui attendent sans savoir ce qu’ils attendent, il y a des hommes qui rêvent sans savoir qu’ils rêvent, il y a des hommes qui vivent et pensent et ne le savent pas, il y a des hommes qui marchent et dont les pas sont perdus pour toujours, il y a des hommes qui ne connaissent pas la colère, le rire, l’éblouissement, la blessure, l’ennui…

ARNAUD : — …

LA CONCUPISCENCE (chuchotant) : — Et puis il y a Arnaud.

LA RIVALITÉ (chuchotant) : — Mystérieux, dédaigneux, oisif.

MOI : — Mon doux rival.

LA CONCUPISCENCE : — Étranger au monde.

ARNAUD : — …

LE LEVIER DE VITESSE (peu imaginatif) : — Séduire pour vaincre l’ennui. Se faire désirer pour mieux repousser.

LA MORT : — Il se tait.

(Il sourit.)

LA RIVALITÉ : — Une nuée d’interprétations entoure chacun de ses gestes.

LE SPLENN (chuchotant) : — Sur son chemin les gens passent comme des ombres anodines. Il s’avance, on s’avance ; on le suit, au nard de ses maîtresses, fermant les yeux dans son sillage. On l’imite, on l’envie : il est riche. LA CONCUPISCENCE : — Il est riche de ce qu’il a entre les jambes.

LE LEVIER DE VITESSE (imitatif à présent) : — Il est toujours là, dans les instants limites, sur les lieux improbables : le coin de la geôle, le reflet du soleil au fond du puits, l’immensité de l’horizon.

LA MORT : — Il n’a pas de passé, il n’a pas d’histoire, il vient de nulle part, il vient de lui-même.

LA RIVALITÉ : — Rien ne le blesse, sans cesse il parle avec un cœur neuf…

TOUS : — … il est l’ANGE FÉROCE ET PARFAIT.

Quand il est sorti de la voiture, Arnaud a regardé au-dessus de lui, contemplatif. Et puis il a déployé ses larges ailes (la terre vacillait sous le poids de sa pensée).

Il avait fait tomber la nuit ; à présent il faisait éclater l’orage.

 

Mmm.

Songea Arnaud, refermant le cahier d’un geste hésitant. C’est ainsi que l’histoire commence…

Le cerveau hanté par de tristes souvenirs, il voulait passer du rêve au rêve.

La lumière hésitait entre chien, loup, agneau – l’air était plein du bruit des fenêtres qu’on ferme.

Il descendit les vastes escaliers de sa demeure afin de la considérer d’en bas. Elle était belle. Elle était sombre. Tentant de brouiller sa tristesse, il y échafauda mille projets de fêtes décadentes.

David me manque.

Derrière un volet, une lumière s’éteignit. Vilma ? Emma ? Elle est blonde. J’aime les blondes, pensa-t-il. Elles sentent bon. Elles ont le poil propre et délicat. J’aime à plonger ma tête sous leur nombril, guettant sur leur visage la pulsation, le soubresaut… Quand la respiration se fait haletante, la figure resplendit. Qui es-tu ? avait-elle demandé. Il y avait quelque chose d’irréfléchi dans sa question, et pourtant elle était grave. Soumise. Elle semblait toute retournée, dans les deux sens du terme. Qui es-tu, pour m’avoir ainsi rendue bête ? (C’est ce que j’ai compris. Mais ç’aurait pu aussi être : qui es-tu, ange de la Mort ?) Comme je lui ai souri, elle a passé son bras autour de mon cou, s’épouvantant de ce geste, qui venait plus de son bras que d’elle-même.

Vilma, jeune fille aux cheveux bruns, s’était pour sa part complue dans un malheur silencieux, prise au piège du sentiment.

Sarah, portait bien son nom.

Toutes les lumières s’étaient éteintes. Sur la gauche un arbre immense s’était penché, affichant son désir de converser avec le toit, caressant lubriquement ses longues ardoises noires. Sous la lune, la haute tour les surveillait.

L’œil désenchanté d’Arnaud surveillait la haute tour. David me manque, pensait-il.

David au sourire léger. David à l’air bonhomme, qui n’était pas même beau – il était beau.

Mahaut le laissait rarement, sauf à Arnaud, qui l’avait connu bien avant. Et puis, quand bien même elle aurait tenté de s’imposer, quelque chose de supérieur l’aurait retenue.

Arnaud, captatif, dogmatique, possessif, exalté.

David, innocent, doux, sincère. Fou.

Seul affidé, seul confident possible.

Entre eux les nuits ne se ressemblaient pas, fussent-elles le théâtre d’échappées au principe répétitif.

Une fille. On s’arrête. David la fait rire, Arnaud la subjugue. Et puis cela finit dans la haute tour, à la lumière des bougies – lumière noire.

Et puis une fois, deux filles. Deux sœurs.

Mahaut, Isée.

Mahaut, l’aînée, un peu moins belle, peut-être, sauf l’esprit de possession dans le regard.

Isée tellement femme. Tellement jeune. Tellement proie.

David préfère Mahaut.

Isée entre dans la dépendance d’Arnaud.

On s’amuse, on joue.

Arnaud joue.

David et Mahaut s’aiment, – Arnaud continue de jouer.

Isée s’abandonne à la douleur.

David meurt.

Reste le cahier.

 

[p. 4]

Isée, chère Isée, douce Isée au regard d’améthyste polie reflétant la nature morte de ta déconvenue, la beauté d’Arnaud, son silence, son mystère, cette porte ouverte sur ce que l’on craint et que l’on ne sait nommer, ont su se glisser en toi dans cet endroit fatidique : entre l’âme et le Grand Vide – j’appelle ainsi ce qui te compose. Il y a eu cet instant de contemplation, que tu as pris pour du bonheur ; aussitôt perçu, il t’a échappé, et tu continues de courir après la fausse joie, armée d’un souvenir qui n’est qu’un songe… Arnaud l’a vu, mais il cache son plaisir ; il lance des signes, tu réponds et déjà il ne te regarde plus ; alors son indifférence produit cette sorte de tristesse en toi – de celle qui augmente l’amour. Et tu es triste. Et comme tu es triste, tu te montres gaie. Et Mahaut ta sœur te croit heureuse. Son propre bonheur, dont je crois être coupable, lui aurait-il troublé la vue ?

 

Le lendemain matin commence plus tôt que prévu. Dans le jardin, un Comanche profite de l’aube pour surgir ; il passe en vitesse, longe le mur blanc de la façade (il est nu) et disparaît aussitôt à la lisière du bois.

Au dernier étage une lumière s’éteint. La Haine termine sa nuit blanche devant un miroir concave ; son hôte et la victime de son hôte ne cessent d’occuper ses pensées. Hypnotisée, défaite, elle lisse une à une ses longues mèches brunes, passant et repassant des racines aux pointes un grand peigne bleu. Son œil gris reste à l’affût ; dans un coin du miroir, le grand arbre et le toit s’étreignent à présent avec une satisfaction solennellement visible ; à quelques mètres, très inspiré, un couple d’oiseaux fait l’amour en plein vol.

Affligé par ce spectacle, l’esprit torve se met à ressasser les derniers exploits du héros.

 

(À la pluie d’orage avait succédé une pluie fine qui, par sa monotonie, donnait une impression de perpétuité. Elle annulait les êtres, statufiait les choses. Le toit était de carton. Aux fenêtres les lumières étaient blafardes, et la tombée de la nuit n’y changea rien. À minuit, la violence des coups, qui n’étaient pas ceux de l’horloge, rompit le silence.

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