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Titre
Mortelles destinées
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DU MÊME AUTEURAUXÉDITIONSLEMANUSCRIT
L’Homme au placard, Scénario, 2007.
Titre Annie-France Gaujard
Mortelles destinées
Nouvelles
Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-9526-4 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748195262 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-9527-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748195279 (livre numérique)
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Mortelles destinées
L’HOMME AU PLACARD
Alfred était insignifiant. La trentaine fade, de taille moyenne, ni beau, ni moche… Passe-partout grisâtre au physique comme dans ses sentiments… On ne le remarquait jamais. Il avait fait de brillantes études de droit, mais se contentait d’un emploi de bureau à la Samaritaine. Il ne se déplaçait que par le métro, refusant la voiture, moyen de transport trop personnalisé. Sa vie était ainsi réglée dans la médiocrité et l’anonymat. Mais Alfred avait un secret, qui remontait à son enfance. Élevé par un père autoritaire et distant (sa mère était partie refaire sa vie à l’étranger, l’abandonnant dès son jeune âge), il avait grandi en solitaire, sans rêves. Le seul refuge qu’il avait trouvé contre cette absence d’affection était un placard. Il adorait s’y enfermer, alors que pour d’autres, c’était un endroit de punition et de terreur. Tel un petit chien, il « faisait son coin » entre les balais, les toiles d’araignées et les produits d’entretien. Le noir l’enveloppait, les
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Mortelles destinées
bruits s’estompaient, toute sa personne se fondait dans cet environnement, il n’existait plus… il était bien. Curieusement, quand il fut adulte, cette manie se transforma en phobie. Il se chercha un studio où il n’y eut aucun placard. Il trouva dans un immeuble ancien, composé de petits ateliers d’artistes, un local ayant appartenu à un sculpteur, au rez-de-chaussée, sur cour, très haut de plafond, avec une grande baie vitrée occultée par d’épais volets de fer. Rien qu’une grande pièce nue, avec un coin cuisine douche-wc des plus sommaires. Son organisation était simple. Il entassait ses vêtements à même le sol, au gré des saisons. Si c’était l’été, le haut de la pile était garni d’affaires légères, qui repassaient en dessous l’hiver, pour laisser place aux plus chaudes. Ainsi, tout au long des murs s’échelonnaient chaussures, ustensiles ménagers, livres, etc. Un véritable entrepôt au milieu duquel il avait placé un matelas où il dormait entouré de tous ses objets en équilibre. Il retrouvait ainsi la quiétude de l’isolement qu’il avait connue étant enfant. Finalement, sans en avoir conscience, il avait recréé un immense placard. Cela aurait pu durer longtemps si Alfred n’était tombé amoureux !
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