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Ne regardez pas le voleur qui passe

De
225 pages
Depuis quatre ans, le mensuel Marie Claire organise un concours auprès de ses lectrices et lecteurs, lui permettant d'attribuer le Prix Marie Claire du futur écrivain. Cette année, pour la première fois, les auteurs de premiers romans étaient les seuls à participer. Sur un thème imposé, «Changer», 300 manuscrits se sont disputé les faveurs d'un jury composé de journalistes, d'éditeurs et d'enseignants de l'écriture. C'est à l'unanimité que le prix 2006 a été décerné à Isabelle Kauffmann pour son roman aussi insolite que captivant. Ne regardez pas le voleur qui passe entraîne le lecteur sur les traces de l'énigmatique Lose, personnage inquiétant capable de voler des fragments de vie à ceux dont il croise le regard. Une quête haletante jusqu'au bout de l'étrange.
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Ne regardez pas le voleur qui passe
Isabelle Kauffmann
Ne regardez pas le voleur qui passe
roman
Flammarion
© Éditions Flammarion, 2006. ISBN : 2080690221
Avant de rencontrer Lose, je croyais que la vie se déroulait toujours dans lordre passé, présent, futur. Je sais désormais que la continuité de cette trilogie tem porelle nest pas obligatoire. Lose a changé les règles, toutes les règles, à commen cer par celles élémentaires de conjugaison. Avec lui, jai découvert des passés sans avenir, ce qui signifie que certains présents disparaissent par la force des choses. Alors bien sûr, comme un papillon qui se pose, virevolte, et puis séloigne, la vérité est devenue insaisissable.
Peutêtre, afin que tout soit clair, doisje commencer ce récit avant (et non par) le début :
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Lose habitait tout près de chez moi. Je le voyais aller et venir, parfois les mains dans les poches, le plus sou vent les bras chargés de livres, de sacs ou mallettes en tous genres. Il surgissait à tout moment dans notre rue, arpentant lespace, dominant de sa large stature la plu part des passants, sengouffrait sous le porche de son immeuble, puis disparaissait plusieurs journées consé cutives. Den bas, jobservais ses fenêtres, guettant sa silhouette et même son ombre soulignée par la lueur jaune des bougies quil allumait aux premières heures de la nuit. Je connaissais le bruit de son pas, les mélodies quil aimait siffler, sa façon de saluer les commerçants ou de sortir la monnaie de sa poche. Il mavait fallu beaucoup de patience pour ne pas laborder trop tôt. Javais décidé de lexaminer en détail pour lévaluer de façon précise. En toute liberté. Très vite, jallais dis cerner en lui des capacités exceptionnelles. Blond, pâle, un air de soldat slave à la fois juvénile et puissant, Lose portait un regard saisissant sur le monde qui lentourait, un regard dune profonde
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réceptivité. Dans liris bleu glacier de ses immenses yeux, on ne pouvait capter aucun message, aucune émis sion affective. Il y avait un vertige, une sensation de vide et dattente quil fallait combler à tout prix. Lose  un regard. Cest presque lessentiel. Il marchait lentement, et parfois se faisait bousculer. Celui qui tournait la tête était en quelque sorte frappé de sidération. Il sécoulait alors une période indéter minée, au cours de laquelle lespace basculait au travers de ce regard, comme aspiré par le bleu glacé, le grand bleu des yeux de Lose. Des millions de centièmes de secondes sengouffraient dans cet échange silencieux. Une fraction de vie qui se détachait de la masse, et qui désormais était passée dune viexà celle de Lose. Jallais comprendre que Lose, petit à petit, sappro priait ainsi des fragments minuscules dun nombre infini de vies. Je devais réaliser plus tard, et il serait trop tard, quil les assimilait et les exploitait à des fins personnelles. Lose  un regard  voleur de vie... Pour ma part, je ne lavais jamais bousculé. Javais cependant observé un certain nombre dincidents de ce type. Les premières fois, la démarche titubante des sujets ayant « rencontré » Lose mavait intriguée. Puis javais cherché à les convaincre de participer à mon travail danalyse. Rapidement, mes premières conclusions furent incontournables : chez tous ces sujets ayant croisé le regard de Lose, il manquait quelque chose. Il man quait un bout de vie. Létape suivante et logique consistait donc à étudier Lose luimême. Cest là que les choses se compliquèrent.