Neuronal

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Neuronal se déroule à la fin du 21ème siècle. Les guerres et les famines n'ont plus cours, mais la violence urbaine ronge les principales cités devenues gigantesques. Les dirigeants de la planète détiennent des pouvoirs qui, jadis, étaient ceux des dieux : déclencher l'apocalypse, créer de nouveaux êtres vivants, végétaux, animaux et humains. Leur existence est secrète : ce sont des "olympiens" éternels bien que mortels. Parmi eux figure Lubdeck qui fut à la tête d'un immense empire financier et industriel. Au terme de sa vie, il a bénéficié d'un privilège exorbitant : sa mémoire et son esprit ont été transférés dans le cerveau d'un homme jeune sacrifié à cet usage. Pourquoi donc Lubdeck, réincarné en jeune homme, trahira-t-il l'Olympe et renoncera-t-il à l'éternité ?...
Publié le : samedi 6 avril 2002
Lecture(s) : 53
EAN13 : 9782748103922
Nombre de pages : 272
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Neuronal
Philippe Zenatti
Neuronal
ROMAN
© manuscrit.com, 2002 ISBN: 2-7481-0393-9 (pour le fichier numérique) ISBN: 2-7481-0392-0 (pour le livre imprimé)
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Cétait lheure la plus belle, mais la plus pénible : à lhorizon des lueurs sinsinuaient, rouges et bleues, entre dépaisses volutes de poussières grises, et char-nues comme de monstrueux pétales de pivoinesDans les rues, les éclairages séteignaient trop tôt lun après lautre : quelques minutes pénibles entre lobscurité agonisante et la lumière incertaine. Mais cétait, pour Lubdeck, quelques instants pri-vilégiés entre langoisse de la nuit et la laideur du jour. Lubdeck, depuis des années, sentait fondre ses forces : dabord sa résistance au sommeil avait décliné, puis la vigueur de ses muscles, enfin son souffle aujourdhui devenu court et sifflant. Il avait toujours appliqué un regard froid et mé-prisant sur tous ceux qui lavaient approchéau-jourdhui, il posait ce même regard sur sa propre per-sonne. Il se voyait faible, et vaincu par lâge. Il savait quil navait plus que quelques jours à vivre. Ses victoires, sa fortune immense, ses pouvoirstout cela était désormais à limage du château quil habitait ; et ce château était à limage de son corps dinfirme : encore puissant mais miné, haï mais res-pecté en raison de la crainte quil inspirait. Lubdeck, aujourdhui, attendait le jour dans les-poir et dans langoisse, car ce pouvait être le dernier.
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Assis dans un profond fauteuil et manipulant, pour tromper sa nervosité, un curieux objet en cristal décoré dans la masse, une sorte de sulfure produisant des images de kaléidoscope, il était dans le fumoir-bibliothèque plein dombres de son palais baroque. Il contemplait son vaste parc semé de sculptures classiques dont les nudités, merveilleuses et rongées par les années, étaient couvertes de neige. Des biches et des faons parcouraient le parc, fouillaient la neige pour y trouver de lherbe, arra-chaient et mâchaient lécorce des arbresAu-delà des murs lointains, des cheminées dusines crachaient leurs fumées vers un ciel bas et lourd, à présent strié de rouge et de violet. Le silence régnaitexcepté la respiration sif-flante et courte de Lubdeck.
La porte du fumoir souvrit, laissant entrer deux hommes de forte carrure. Sans un mot, ils le saisirent aux aisselles, le sou-levèrent, et lemmenèrent. Les pieds de Lubdeck traînèrent sur le sol. Il eut un mouvement de répulsion ou deffroi. Les deux hommes sarrétèrent. Lun deux plon-gea son regard dans celui de Lubdeck - Cest lheurelui dit-il. Ils traversèrent des couloirs et de vastes pièces étrangement videsIls descendirent un monumen-tal escalier de pierres au bas duquel attendait une grosse limousine. Elle démarra, le tuyau déchappe-ment soufflant, dans lair glacé, une fumée blanche.
La limousine traversa des banlieues sordides, passa sous des ponts dacier rouilléAu loin, on voyait une vaste cité dominée par dimmenses grattes-cielA sa périphérie sétendait
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un parc dattractions : la grande roue, les montagnes russes et lénorme statue dune Blanche Neige hilare tenant dans sa main un bock de bière à moitié vide.
La limousine franchit un carrefour sans ralentir et continua sa route jusquà disparaître à lhorizon dans des brumes mouvantes. De lautre côté du carrefour sétendait un terrain vague jonché dimmondices ; une zone occupée par une sorte de marché sauvage où saffairaient des cen-taines de petits vendeurs en guenilles agglutinés fri-leusement autour de braseros. Létal dun vendeur présentait une petite pendule ancienne en bronze doré, une mignardise dangelot joufflu et fessu quune main saisit brusquementLe vendeur, la tête emmitouflée dans des chiffons, se mit aussitôt à crier : - Bastard !Lé bastard !Là lé bastard ! Langelot fessu slaloma entre les vendeurs et le public en guenilleUn choc mit un terme brutal à sa course. Le voleur seffondra par terre. Il sagissait dun homme jeune. Tombé sur le dos, les mains toujours crispées sur la pendule, son visage marqué par le coup quil venait de recevoir, par la fatigue et par la faim. Deux policiers, le visage couvert dune visière noire, semparèrent de lui dans un mouvement sem-blable à celui des deux hommes qui, tout à lheure, avaient emmené Lubdeck. Ils entraînèrent le voleur, toujours sans connaissance. Après quelques pas, le voleur sarracha violem-ment des mains des flics et partit en trombeMais rapidement il fut rattrapé et arrêté. Lun des policiers leva son casque, découvrant un large sourire sur une gueule de brute. Il saisit un bras du voleur et le lui cassa. Le voleur tomba à genoux, recroquevillé sur lui-même par la douleur.
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La limousine pénétra dans un vaste bâtiment dont le porche était marqué en grandes lettres de bronze :
SPERANZA HOSPITAL
Elle arriva jusquà un grand escalier que déva-lèrent aussitôt plusieurs infirmiers portant un lit rou-lant. Lubdeck sortit difficilement de la limousine, puis fut soulevé précautionneusement et couché sur ce lit qui roula parmi de longs couloirs crasseux, tra-versa des salles communes, de véritables mouroirsjusquà un bloc opératoire où attendaient des méde-cins et des infirmières portant, sur le visage, leurs masques blancs. Lun des médecins savança vers Lubdeck quil salua respectueusement. Les portes du bloc se fer-mèrent. Dautres portes massives furent alors ouvertes. Le lit de Lubdeck fut poussé à nouveau dans des couloirs ; il emprunta de longs souterrains et pénétra enfin dans un immeuble au frontispice orné de sculp-tures en bas-relief représentant des personnages my-thologiques dont la tête était couronnée par des au-réoles ou des rayons de soleil fusant.
Ils accédèrent rapidement à une salle scintillante de propreté mais qui, curieusement, ne ressemblait pas à un bloc opératoire : elle était plutôt semblable au centre de commandes dune usine nucléaire, ou à celui dun haut état-major des arméesDes ap-pareils mystérieux, des écrans de diverses couleurs sanimaient, sarrêtaient et sanimaient à nouveau, comme obéissant à des impulsions qui leur étaient propres, dans une lumière artificielle mais douce, un peu solennelle mais reposante. Lubdeck observait ce lieu avec les yeux dun ani-mal pris au piège mais qui cependant aurait renoncé à tenter de fuirIl scruta le centre de cette pièce où
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