Ninon de Lenclos - Les mille amants

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À quatre-vingts ans, Ninon de Lenclos avait encore des amants. À cet âge, elle distribuait ses faveurs aux prélats et recevait aussi des jeunes gentilshommes venus la voir pour apprendre l’art de l’amour.

Ninon n’aurait pas été Ninon si elle avait été autrement. Quel écrivain de son époque n’a pas brossé son portrait ? Dans son salon littéraire, car il était de bon ton à cette époque pour une dame cultivée de tenir un salon où l’on discutait des arts et de la littérature contemporaine, Ninon était toujours prête à suivre une aventure galante.

Elle passait aisément de favori en favori et classait ses amants par catégories. Libertine et courtisane, elle aimait passionnément les hommes, rejetant tous les principes religieux, moralisateurs, hypocrites et mensongers.
Extraordinaire séductrice, elle devait gêner dans certains milieux l’opinion publique par la liberté de ses propos. Mais elle avait choisi cette voie : vivre en femme libre d’esprit et indépendante, sans être jugée, ni blâmée et elle ne s’en écarta jamais.

Publié le : jeudi 18 juin 2015
Lecture(s) : 17
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094725771
Nombre de pages : 43
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Extrait

Quand Ninon se souvient

Rue des Tournelles, la maison de Ninon paraissait calme, presque endormie. Elle ne l’avait pas toujours été, résonnant autrefois de clameurs, de cris, de rires et de tous ces petits bruits qui font qu’un logement bouge, respire, vit et montre qu’il existe.

Mais ce n’était pas non plus que la vieille Ninon en avait terminé avec ce qui lui restait à vivre. Certes non. Ses souvenirs – ils étaient nombreux et tellement vivaces dans son esprit – se bousculaient parfois jusqu’à lui faire revivre réellement tout ce qu’elle avait aimé passionnément.

Et elle avait aimé « ses amours » jusqu’au dernier. Oui, jusqu’au dernier alors qu’elle était octogénaire.

Comment pourrait-elle jamais oublier Henri de Sévigné, le bel et joyeux infidèle qui délaissait son épouse, laquelle se consolait dans les lettres devenues si célèbres qu’elle écrivait à sa fille Françoise ou Madame de Grignan.


Vingt ans plus tard, Charles de Sévigné, le fils, avait réclamé d’elle ces mêmes faveurs qu’elle avait données à son père. Or, c’était bien celui-ci qu’elle ne pouvait oublier, ce beau jeune homme blond aux yeux bleus, à la mine rêveuse et romantique qu’il cachait si bien sous son violent désir de tout connaître de l’amour. Cet amour passionné, sensuel, charnel, qui forme les vrais hommes !

À cette époque où elle avait passé la cinquantaine, elle aimait beaucoup les amants de vingt ans.

À présent, il lui fallait mettre un peu d’ordre dans sa vie, sans pour autant rien oublier. Pourtant, elle l’avait déjà fait à sa sortie de prison où la reine l’avait poliment envoyée ? C’était l’époque où elle avait décidé de ne plus quitter la rue des Tournelles dont elle avait fait l’acquisition avant son internement. Mais combien, mon dieu, avait-elle vu défiler de ces jeunes amants qui avaient besoin d’elle ?

Maintenant qu’elle était vraiment « vieille », elle recevait encore beaucoup de monde, mais c’était de l’amitié qu’elle donnait, des conseils, des avis, des leçons, mais aussi des recommandations, voire des remontrances, aux femmes les plus passives, les plus soumises, celles qui n’osaient pas s’extérioriser de la façon la plus simple qui soit – pour une femme – en se donnant corps, esprit et âme à ceux qu’elles aimaient


Elle jeta un regard au feu qui flambait dans la haute cheminée de pierre. L’entrée de l’hiver se faisait sentir par un vent sec et piquant qui soufflait du nord. Bientôt le gel allait paralyser les arbres du jardin.

Ninon tourna la tête vers la porte de sa chambre. Il lui sembla entendre un bruit. Se trompait-elle ? Ces derniers temps, elle entendait facilement des pas qui lui parvenaient de la porte, des froissements de feuilles ou des clapotis d’eau qui lui venaient de la fenêtre, surtout quand elle était grande ouverte. Alors, elle respirait les senteurs embaumées des roses rouges qui couraient sur le mur de la maison ou elle voyait de son lit la fontaine couler dans la vasque de pierre grise située en plein centre de la cour où son attelage attendait.

Mais il était rare maintenant qu’elle se déplace d’un lieu à un autre et, patient, son cocher attendait
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