Nocturne

De
Publié par

Deux adolescents décident de faire une petite fugue nocturne en dehors de leur internat, une ballade interdite, sans se faire prendre par le surveillant. Le besoin de transgresser les règles, de prendre des risques, évidemment. Mais la nuit, le flou des limites peut s'avérer dangereux… Quand sa femme disparaît soudainement sans laisser de trace, c'est inquiétant. Et ça l'est encore plus quand un inspecteur soupçonneux vous rend visite, surtout lorsqu'il insinue des hypothèses auxquelles vous n'aviez pas pensées… Erré seul, la nuit, dans des quartiers inconnus n'est pas rassurant. Il se passe des choses étranges, surréalistes. Tout est brut et direct, hors de contrôle...
Publié le : vendredi 9 mars 2007
Lecture(s) : 130
Tags :
EAN13 : 9782748199604
Nombre de pages : 135
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

2

Nocturne

3
Alexis Varsovy
Nocturne

Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 2-7481-9960-X (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782748199604 (livre imprimé)
ISBN : 2-7481-9961-8 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782748199611 (livre numérique)

6 .

8
PROMENADE NOCTURNE
La pièce est plongée dans l’obscurité. Une
obscurité étrangement figée. Les yeux ouverts
fixés vers le lit du dessus, qu’ils ne peuvent
même pas voir, j’attends, étendu sur le matelas
dur, au milieu des draps usés, rêches, incapables
de protéger du froid s’il y en avait, servant juste
à avoir quelque chose sur soi, un poids léger
mais si rassurant qui, enveloppant le corps,
donne l’illusion de pouvoir protéger et permet
d’avoir un sommeil sans crainte. Une protection
imaginaire contre des peurs irraisonnées, sans
fondement, mais si fortes et oppressantes
qu’elles surpassent toutes les autres, poussant à
toutes sortes de rituels et de vérifications qui
virent à l’obsession. Obsession qui bouffe la vie
et parfois mène à des extrêmes aussi
incompréhensibles pour les autres que
dramatiques et mortelles, pas seulement ni
forcément pour soi. La peur est un fléau. Enfin,
je crois. Enfin, pas toutes les peurs. Certaines
sont nécessaires : celles qui sont raisonnables et
fondées… Mais on ne choisit pas ses peurs, et
9 Nocturne
lutter contre elles s’avère difficile, parfois
même, ou souvent, impossible. L’angoisse est
toujours là, disproportionnée, à tordre les
esprits, ses tentacules et filaments
inextricablement emmêlés aux racines les plus
profondes de notre être.
Allongé, les yeux grands ouverts - du moins il
me semble, il fait si noir qu’ils pourraient très
bien être fermés sans que je m’en aperçoive, le
sommeil engourdissant mes sensations –
j’attends, tentant de ne pas m’endormir.
J’attends d’entendre les pas mal étouffés du
surveillant qui arpente les couloirs du dortoir.
J’attends que, croyant être discret, il ouvre
doucement la vieille porte de bois, pour jeter un
œil dans la chambre, histoire de voir si la
lumière est bien éteinte, si les élèves sont bien
en train de dormir, et surtout s’ils ne sont pas
occupés à pratiquer une activité interdite. On
sait qu’à cet âge-là, ils sont en proie à toutes
sortes de tentations douteuses et parfois
perverses, des pulsions à inhiber, massacrer,
lacérer ! Ha, ha !
Je me demande encore pourquoi je suis en
pension dans un établissement ultra privé,
bourré de religieux obtus, si conservateurs et si
intolérants que le retour de l’inquisition
laisserait indifférents, ne pouvant quitter leur
bible des yeux de peur de faire quelque chose
qui n’y serait pas écrit. Bref des types limite
10 Promenade nocturne
extrémistes, pas qu’à moitié fanatiques. Les ismes sont des fléaux, tristement
répandus, toujours en expansion. Tout le
monde est méchant, y a que moi qu’ai raison,
tout le monde se goure, alors éliminons ! Et des
gens écoutent et suivent sans problème. Après
tout, du moment qu’on est du bon côté.
Au milieu de la nuit, étendu sur le lit,
j’attends que le surveillant passe, jette un œil et
repart. Les yeux fatigués, peut-être fermés,
j’attends, luttant avec acharnement contre le
sommeil.
La porte s’ouvre toute grande sur une
lumière éblouissante, quasi aveuglante,
découpant une silhouette fine et féminine.
Celle-ci s’avance, glissant sans bruit sur le vieux
parquet grinçant. Au-dessus de moi elle se
penche, une odeur douce et fraîche
m’enveloppe le visage. Elle me parle et je
reconnais en ces traits délicats et cette voix
rassurante ma mère. Une impression de bien
être m’emplit, et je me laisse submerger, apaisé.
Elle me parle et j’écoute. J’écoute sans
comprendre, mais c’est sans importance. C’est
sa voix qui compte, seulement sa voix. Elle me
sourit. Je me laisse couler au fond de ses yeux
clairs, bercé par sa voix délicieuse et son parfum
enivrant.
11 Nocturne
Et soudain, un éclair argenté tranche son cou
sublime. La lumière explose et elle s’évapore en
un soupir ultime.
Obscurité agitée parcourue d’ombres
étranges et mouvantes, affolantes. Mes
paupières battent un instant.
La porte s’ouvre, non, s’entrouvre. La porte
s’entrouvre, répandant un filet dégoulinant de
lumière jaunâtre et baveuse, empoisonnant la
nuit d’un poison foudroyant. La nuit qui frémit
frénétiquement prise de convulsions d’agonie.
Et elle crie, la pauvre, elle crie.
Au secours !
Un œil se jette dans la pièce et nous observe.
Puis, doucement, la porte se referme, la lumière
se retire, laissant dans la chambre le cadavre
pesant de la nuit.
Mes poumons enfermés dans leur cage se
sentent oppressé. Je me vois arrachant ma chair
de mes doigts, m’écartant les côtes une à une
pour me libérer les poumons. J’écoute les pas
du surveillant s’atténuer puis disparaître, laissant
le silence s’insinuer dans la pièce. Je tends
l’oreille tentant de percevoir la respiration de la
nuit. Après tout, peut-être n’est-elle pas morte,
peut-être est-elle tout simplement endormie…
Mais je ne capte rien, je n’entends rien. Elle est
morte ! Je sens le poids e son corps affalé sur
moi. C’est pour cela que je n’arrive pas à
respirer. Et si personne ne me dégage de là, je
12 Promenade nocturne
vais mourir asphyxié ! Je vais crever bêtement
dans cette chambre pourrie ! À même pas
quinze ans ! « Mais comment est-il mort ? »
fera-t-on à l’enterrement. « C’est la nuit qui l’a
tué, elle est morte et son cadavre l’a étouffé. »
« La nuit est morte ? ! » « Oui. Vous ne le saviez
pas ? C’est le surveillant qui l’a empoisonnée.
Avec sa foutue lampe de poche dégueulasse.
Comme quoi faut bien laver ses torches ! »
Je me redresse brusquement, couvert de
sueur, prenant de grandes et profondes
inspirations.
Soudain le lit du dessus grince et je sens une
ombre en descendre. Le plancher craque
légèrement, puis quelqu’un se penche au-dessus
de moi.
– Tu dors ? fait une voix chuchotante.
– Non, réponds-je.
– T’es prêt ?
– Oui.
Je porte mon pantalon beige et ma chemise
blanche, ainsi que mes chaussures de toiles
noires.
Je pose doucement mes pieds sur le plancher.
Je perçois les pas d’Aurélien qui se dirige vers la
porte. Il l’entrouvre prudemment. Dans le
couloir, il fait moins sombre et sa silhouette
mince se dessine. Aurélien doit être légèrement
plus grand que moi. Il est aussi moins
squelettique, bien qu’il soit assez maigre. Ses
13

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

eXistence

de Manuscrit

Anamrhart

de Manuscrit

Le Soleil en face

de Mon-Petit-Editeur