Noir Océan

De
Publié par

De lourds muages noirs s'amoncellent dans le ciel zébré d'éclairs au moment où le Per se quitte le port de Grundartangi en Islande en direction du Surinam. À son bord, neuf membres d'équipage qui, tous, semblent avoir emporté dans leurs bagages des secrets peu reluisants.
Ceux qui ont entendu dire que la compagnie de fret allait les licencier et qu'il s'agit là de leur dernier voyage sont bien décidés à prendre les choses en main, une fois que la météo sera plus favorable. La mutinerie n'est pas loin et, très vite, l'atmosphère se charge de suspicion, de menaces et d'hostilité.
Quand les communications sont coupées par l'un des membres de l'équipage – mais lequel? –, la folie prend peu à peu le contrôle du bateau qui n'en finit pas de dériver vers des mers toujours plus froides et inhospitalières...
Publié le : vendredi 23 mars 2012
Lecture(s) : 40
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782072463792
Nombre de pages : 544
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
F O L I O
P O L I C I E R
Stefán Máni
Noir Océan
Traduit de lislandais par Éric Boury
Gallimard
Ouvrage publié avec le concours du Icelandic Literature Fund
Titre original : S K I P I Ð
© Stefán Máni, 2006. Published by agreement with Forlagið. www.forlagid.is © Éditions Gallimard, 2010, pour la traduction française.
Stefán Máni est né à Reykjavík le 3 juin 1970 et a grandi dans un village de pêcheurs à lextrémité de la péninsule de Snæfellsnes. Son premier roman,Noir Océan, a reçu le prix de la Goutte de Sang qui récompense le meilleur roman policier / thriller islandais. En France, le magazineLirela élu Meilleur Polar 2010.Noir Karma, son deuxième roman, a paru en 2012 dans la Série Noire.
La carcasse brunrouille repose sous la mer, selon une inclinaison de trente degrés à larrière sur cinq à bâbord ; la proue surgit en biais de la glace et larrière du vaisseau se tient suspendu au bord dune faille plus noire que la nuit. À la poupe, le château incline ses six étages, surplombant labîme de loubli, telle une maison hantée dont les fenêtres vides scruteraient le néant. À la lumière du jour, par beau temps, la clarté bleutée sinfiltre à travers la glace jusquaux profon deurs. Des phoques curieux viennent nager autour de lépave, qui oscille par intermittence sous leffet des courants marins, et laissent alors séchapper un inter minable grincement, des martèlements sourds, et une épaisse traînée de mazout qui, sous la clarté blafarde, se teinte de vert, de rose, de violet, remonte et stagne, coincée sous la glace, telle une aurore boréale sous forme liquide. Ce qui sommeille pour léternité nest pas mort
I
Lundi 10 septembre 2001. Huit heures moins vingtquatre minutes. Dans cette cuisine exiguë du quartier de Þingholt, une famille de trois personnes mange du chou farci au beurre fondu accompagné de pommes de terre nouvelles. À lextérieur règnent le froid et la nuit de lautomne, mais chez le jeune couple il fait chaud et clair. Jaurais quand même préféré quelque chose de meilleur pour toi, mon chéri, observe la compagne de Sæli qui coupe en même temps une boulette de viande à leur fils, âgé de trois ans. Je ne pouvais pas rêver mieux, ma petite Lára, dit Sæli alors quil se ressert. Je vais mempiffrer de grillades, de sauces et de veloutés tout le mois prochain. Mon pauvre ! Enfin bon, tu vois ce que je veux dire ! précise Sæli. Il lui pince doucement la taille. Sæli est premier matelot à bord dun cargo et Lára exerce le métier de coiffeuse dans le 101, le centreville de Reykjavík. Au fait, estce que je tai montré cet apparte ment dans la rue Framnesvegur ? Lára essuie le gros de la sauce tomate qui barbouille le visage du petit
11
garçon. Il était en photo dans le journal daujour dhui ! Oui, enfin, nonje ne lai pas vu, répond Sæli avec un léger soupir, sa main posée sur celle de sa compagne. On a déjà assez de factures à payer pour linstant etMais on ne va quand même pas moisir ici éter nellement, objecte Lára. Elle adresse un sourire mater nel à son fils qui boit leau de son verre poisseux. Pas une fois queenfin, tu sais quoi. Oui, je sais, marmonne Sæli avant de reprendre une bouchée malgré son manque dappétit. On en reparlera à ton retour, hein ? propose Lára, dun ton plus doux. Sæli acquiesce. Il plonge son regard tendre dans les yeux de cette femme quil aime, mais il est bientôt dérangé, agacé par la sonnerie de son téléphone qui retentit dans la poche intérieure de sa veste, accrochée dans lentrée. ?Tu es vraiment obligé de décrocher Je nen ai pas pour longtemps, rassure Sæli. Il se lève brusquement de table, sort son portable et consulte lécran illuminé : Withheld. Appel masqué. Allô ? Ici, le Démon. Sæli na aucune idée de la véritable identité de ce correspondant qui sest présenté à lui sous ce surnom des plus déplaisants quand il la appelé pour la première fois quelques jours plus tôt. Ah, bonjour, répond immédiatement Sæli. Puis, baissant la voix, il coupe lherbe sous le pied de son inter locuteur : Je vous rappelle plus tardne me recontactez pas. Cest moi qui vous téléphonerai, daccord ?
12
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Molécules

de gallimard-jeunesse

Réparer les vivants

de gallimard-jeunesse

suivant