Nom de code: Totem

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C’est la guerre. L’armistice du Maréchal Pétain. L’occupation par les Allemands. La Résistance s’organise. Les patriotes tendent des pièges à l’ennemi. Les populations en subissent les représailles. Monsieur le Maire s’affranchit de ses fonctions officielles et décide de rejoindre les opposants au régime de Vichy. Les maquisards sont à l’œuvre , ils ont opté pour la clandestinité permanente. Mais la vie continue avec ses mille frustrations quotidiennes et la souffrance due au rationnement alimentaire. Tout inconnu est suspect : il est peut-être juif ou collaborateur, espion ou résistant, homosexuel ou franc-maçon … L’époque est incertaine , elle offre parfois de fur-tifs instants de bonheur
Publié le : samedi 7 février 2009
Lecture(s) : 69
EAN13 : 9782304028584
Nombre de pages : 240
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2 Titre
Nom de code : Totem

3Titre
Michel Levert
Nom de code : Totem

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2009
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-02858-4 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304028584 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-02859-1 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304028591 (livre numérique)

6 8 E
CHAPITRE 1
Tout a commencé lorsque la balle, de part en
part, lui a traversé la tête, le tuant sur le coup.
C’est à cet instant précis que Gustave a pris
brutalement conscience de ce qui allait suivre et
des souffrances qu’ils allaient endurer. Si les
scientifiques sont ignorants des trois secondes
qui ont précédé le big bang faisant apparaître
l’Univers, il savait, lui, comment expliquer le big
bang que venait de subir son cerveau. Et il en
pressentait déjà la douloureuse conséquence.
Car si, dans le cosmos, tout s’est joué durant
ces trois secondes décisives, c’est au cours de
ses trois fatales secondes personnelles qu’il a pu
imaginer la société dans laquelle l’impact du
projectile venait de le propulser ; et admettre
qu’il était nécessaire de réagir immédiatement.
En effet, jusqu’alors, les Boches le laissaient
non pas indifférent, mais juste un peu inquiet :
son statut de Maire de sa ville lui donnait
l’autorité nécessaire pour affronter toutes les
difficultés qui faisaient obstacle à la vie de ses
administrés. Accessoirement, sa position offi-
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cielle assurait sa protection personnelle, face à
l’occupant allemand. Mais cette balle mortelle
changeait tout et lui montrait combien il n’était
pas moins exposé au danger que tous les autres
Français.
C’est pourquoi, dès son réveil, Gustave déci-
da instantanément de réagir ; sitôt après avoir
constaté qu’il venait d’être victime d’un simple
cauchemar, il se promit de prendre une part ac-
tive dans la lutte contre les Boches. De specta-
teur passif, il devait devenir acteur militant et se
joindre à ceux qui tentaient de chasser l’armée
d’occupation de son pays. D’interlocuteur im-
puissant des Allemands, il allait devenir oppo-
sant souterrain, au service de la Résistance lo-
cale, même s’il lui fallait respecter ses fonctions
officielles qui lui imposaient de faire appliquer
les instructions de l’occupant.
Cette balle funeste, tirée par le Boche de son
mauvais rêve, Gustave devait la retourner à
l’envoyeur. Même si, imaginaire, elle n’avait eu
d’effet que de lui faire frôler la mort.
En réalité, son adhésion au principe de résis-
ter à l’ennemi ne datait pas de ce jour-là. Il était
en total désaccord avec la proclamation du ré-
sultat des conversations de Munich et il ne ces-
sait de marquer sa réprobation devant
l’enthousiasme que manifestaient les Français. Il
ne manquait jamais, auprès de ses amis, de ma-
nifester son mécontentement à propos de la ca-
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pitulation de la France devant le bluff hitlérien.
Et la déclaration de guerre de 1939 ne l’avait
pas surpris. À l’époque, il était déjà Maire de la
ville après avoir été Conseiller Municipal d’une
petite commune voisine. Et s’il était inscrit au
Parti Radical Socialiste avant la guerre, il ne
souhaitait plus adhérer à un parti car il plaçait
ses espoirs dans la formation d’un parti de gau-
che dont les membres viendraient de
l’éclatement des vieux partis y compris des
Communistes.
Mais survinrent la débâcle et l’occupation !
Gustave croyait, dès les premières phrases de
Pétain lançant son appel initial aux Français,
que le vieux chef allait reprendre l’épée et
continuer la lutte. Mais la suite du discours
montra qu’en réalité, le « sauveur » abandonnait
le peuple entre les mains des Allemands.
Ce n’est que le 18 juin 1940, lorsque de
Gaulle alerta la France, qu’il entrevit la possibili-
té pour le pays de se laver de l’infamant armis-
tice. Sa décision était prise : il allait tenter de
s’enrôler sous la bannière du Général. Et pour
cela, il aurait désormais deux identités : celle,
officielle, correspondant à son activité de maire
et c’est sous le pseudonyme de Totem qu’il re-
joindrait la Résistance.
Mais la propagande de Vichy veillait : un soir,
on frappa à la porte de son bureau. Fernande,
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sa secrétaire, ayant déjà quitté son poste, il ac-
cueillit lui-même le visiteur :
– Bonsoir, Monsieur, entrez ! que puis-je
pour vous ?
– Bonsoir, Monsieur le Maire. Je voudrais
parler à l’homme que vous êtes plutôt qu’au
maire.
– Ce n’est pas vraiment le lieu adéquat, mais
je vous en prie, asseyez-vous et parlez.
– Voilà, vous ne me connaissez probable-
ment pas ; je suis Employé aux écritures du
Service Vicinal. Mais je suis aussi, en dehors de
mes heures de travail, Secrétaire de notre Sec-
tion des Jeunesses Radicales Socialistes et je
viens vous parler de la Légion à laquelle
j’adhère pour aider notre pays à se redresser.
Le jeune homme expliqua longuement com-
bien il souhaitait que la France sorte vite de
l’impasse dans laquelle son impréparation à la
guerre l’avait plongée. Il fallait, disait-il, que les
Français réagissent et la Légion, selon lui, en
était le bon canal.
Totem, qui venait à peine de se remettre de
l’émotion que lui avait causée sa mort fictive
sous la balle d’un Boche, entrevit de suite le
nouvel horizon que le hasard venait de lui ou-
vrir. Cette rencontre inattendue allait lui per-
mettre de faire ses débuts dans la Résistance.
S’en félicitant, il accepta d’emblée de participer
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au premier rassemblement de la Légion sur
l’invitation de son visiteur du soir.
– Merci, Monsieur le Maire. J’étais sûr que
vous accepteriez de nous rejoindre à la Légion.
Nous allons tous œuvrer pour les Français.
Raccompagnant son visiteur à la porte, Gus-
tave s’imaginait volontiers en héros victorieux
de l’occupant et fantassin de la Libération. Mais,
du fait de sa position officielle d’élu local, il était
passablement naïf ou plutôt particulièrement
ignorant des dessous de la vie quotidienne des
Français. Le Roi est souvent le dernier à être
informé du complot qui se trame à ses côtés. À
l’image du Roi, Totem n’avait aucune notion de
la partie cachée des activités des corps consti-
tués. Pour lui, la Légion était au service de la
France et la France était occupée par les Bo-
ches. Donc, la Légion devait œuvrer contre les
Boches.
Sa déception allait être de nature à le guérir
définitivement de sa naïveté. En effet, Totem se
présentant, coiffé de son chapeau habituel, sur
le lieu du premier rassemblement, un des chefs
de la Légion lui dit d’une voix désagréablement
autoritaire :
– Veuillez retirer ce chapeau et vous coiffer
du béret réglementaire !
– Désolé, je refuse de porter ce béret. Je suis
ici pour participer au redressement de mon pays
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et je n’ai pas à obéir à des ordres qui n’ont au-
cun rapport avec mon objectif.
– Vous êtes ici dans les rangs de la Légion et
la Légion a pour rôle de véhiculer les ordres de
notre Chef, le Maréchal Pétain.
À ces mots, Totem se rendit compte de
l’erreur d’apprécia-tion qu’il avait commise et
comprit que le port obligatoire du béret mar-
quait le commencement de l’asservissement à
Pétain et à Vichy.
Il quitta le rassemblement sans même saluer
son interlocuteur et abandonna aussitôt la Lé-
gion, non sans craindre d’avoir été repéré
comme opposant au nouveau Régime.

De retour à son bureau et plongé dans la ges-
tion des affaires courantes de la municipalité,
Totem, déçu et bouleversé par ce qu’il venait de
vivre, se souvint qu’il avait fait classer par Fer-
nande, sa secrétaire, un dossier contenant plu-
sieurs tracts clandestins. Ces tracts lui étaient
parvenus bizarrement, personne ne sachant
comment ils avaient été déposés sur son bu-
reau. Ronéotypés sur du mauvais papier, ils ap-
pelaient tous les Français à résister à l’occupant.
Cela signifiait donc que, dans son entourage,
quelqu’un était déjà engagé sur le chemin qu’il
voulait lui-même emprunter pour aider à la Ré-
sistance. Par conséquent, il lui fallait trouver le
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moyen de rencontrer secrètement ce mystérieux
distributeur de tracts.
De nouveau, c’est le hasard qui lui rendit ce
service. Un matin, sur le trajet de son domicile à
la Préfecture où il se rendait pour régler diffé-
rentes affaires, son chauffeur dut arrêter lon-
guement l’automobile pour laisser passer un
convoi militaire allemand. Gêné de devoir faire
attendre son patron, personnage officiel de la
localité, le chauffeur lui dit :
– Monsieur le Maire, si vous le voulez, en at-
tendant, vous pouvez lire mon journal qui se
trouve sous votre siège. Glissez votre main sous
le tapis, vous le trouverez sans difficulté.
Intrigué par cet inhabituel endroit que son
chauffeur avait choisi pour ranger un journal,
Totem remercia et s’exécuta. Il s’agissait d’un
numéro récent de Combat.
– Combat ! N’est-ce pas la publication de la
C.G.T. ?
– Si, Monsieur le Maire. Vous avez raison.
C’est le journal de mon syndicat.
– Mais c’est un journal clandestin. Sa publi-
cation est interdite.
– Je sais, Monsieur le Maire. C’est pourquoi
je le cache sous le siège de la Delage. Je ne veux
pas que les Boches le voient.
– Oui, mais, Albert, vous le cachez dans une
automobile de la mairie. Vous vous rendez bien
compte que s’ils le découvraient, les Allemands
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me considéreraient moi aussi comme lecteur de
ce torchon.
– Oui, Monsieur le Maire. Mais, d’abord, ce
n’est pas un torchon et ensuite, ce ne sont pas
des Allemands, ce sont des Boches.
– Pourquoi dites-vous cela ? Allemands ou
Boches, ce ne sont que deux termes pour dési-
gner une même autorité, celle qui désormais di-
rige la France.
– Je comprends bien, Monsieur le Maire,
mais sauf votre respect, pour nous, les Alle-
mands ne sont que des Boches qu’il faudra
chasser dès que possible.
– C’est qui, nous ?
– Nous, c’est ceux qui lisent « le torchon »
que vous avez entre les mains. Combat, c’est no-
tre combat pour libérer la France.
Totem ne put s’empêcher d’admirer la téméri-
té de cet employé de la municipalité. S’adresser
ainsi, aussi directement à un maire, personnage
statutairement chargé de faire appliquer la ré-
glementation en vigueur, fut-elle dictée par une
puissance étrangère, relevait de l’inconscience
ou de la provocation. Mais, à la réflexion, peut-
être s’agissait-il de la part de ce syndicaliste,
d’une discrète tentative de recrutement ; d’un
ballon d’essai, comme on dit.
Après avoir consacré quelques instants à la
lecture des titres du journal, il souffla au chauf-
feur :
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– Je vous emprunterais volontiers ce journal
pour le lire à tête reposée lorsque j’aurai cinq
minutes.
– Gardez-le, Monsieur le Maire. De toute fa-
çon, nous avons pour consigne de le faire circu-
ler le plus possible car il est édité en peu
d’exemplaires, faute de moyens.
– Oui, je sais que le papier est devenu rare.
– C’est sûr. De plus, la C.G.T. n’en conserve
aucun stock pour le cas où ses locaux feraient
l’objet d’une perquisition.
– Alors, comment faire pour se le procurer ?
– Si cela vous intéresse, Monsieur le Maire, je
dirais à notre agent distributeur de vous faire
passer le prochain numéro.
– Entendu, merci Albert. Bien sûr, j’en res-
pecterai la confidentialité. Vous pouvez comp-
ter sur moi.
– Merci à vous, Monsieur le Maire. Je dirai à
Camelle de prendre contact avec vous, tout à
l’heure, à la Préfecture.
– Camelle ? qui est-ce ?
– C’est un ami à nous. Un sympathisant.
– Un Résistant ?
– …
– Je comprends. N’ayez crainte, Albert, je
suis sympathisant aussi. Même si je n’ai pas en-
core eu l’occasion de me livrer à une action
concrète. Dites à votre Camelle de me faire si-
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gne. Je suppose que Camelle est son pseudo-
nyme. Et que vous-même en avez un ?
– Oui, Monsieur le Maire. Je ne connais pas
son vrai nom. D’ailleurs, nous n’utilisons jamais
nos vrais noms. Mon pseudo à moi c’est Delage.
– Delage, comme l’automobile que vous
conduisez ?
– Oui, c’est comme ça qu’on m’appelle, dit
Albert en relançant la voiture alors que le
convoi militaire allemand venait de dégager la
chaussée.
Totem replaça Combat sous le siège. Mais le
chauffeur lui dit :
– Gardez-le, Monsieur le Maire. Et, s’il vous
plait, transmettez-le à vos amis. C’est le but.
– D’accord. Mais je le ferai avec prudence.
– C’est ça. Il ne faut pas attirer l’attention de
nos ennemis de l’intérieur. Ils sont nombreux
et, comme vous vous en doutez, ils se cachent
parmi nos amis. Camelle se présentera à vous si
vous lui demandez des nouvelles de son chat. Il
faudra même lui préciser que son petit animal
s’est blessé à la patte.
Totem acquiesça et se tut. Albert respecta le
silence et se concentra sur la conduite de la De-
lage.
À la Préfecture, Totem vaqua à ses occupa-
tions, donnant des informations à tel Chef de
Service, relatant tel événement au Responsable
de la Communication, ou encore plaisantant
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avec les sténodactylos penchées sur leur ma-
chine à écrire. Comme il s’y attendait, en fin de
matinée, un individu à la fine moustache
s’approcha de lui dans le couloir principal du
bâtiment.
– Vous avez le bonjour de Camelle, lui dit
l’inconnu à voix basse.
– Camelle ? Ah oui ! J’aurais plaisir à le ren-
contrer. Avez-vous des nouvelles de son chat,
j’ai entendu dire qu’il s’était blessé à la patte ?
– Il va bien, merci. Delage m’a parlé de vous.
Il faut que nous nous rencontrions.
– Venez me voir à ma mairie. J’y suis tous les
jours jusqu’à 19 heures.
– Je préfèrerais un lieu plus discret. Il est
souhaitable que personne ne nous voie ensem-
ble. Les murs ont des oreilles. Je vous propose
chez Delage demain soir à 17 heures. Vous savez
où c’est ?
– Non mais je consulterai le registre du Per-
sonnel à la mairie. Au revoir et à demain.
– À demain ! lui répondit Camelle en
s’éloignant à grandes enjambées.
Totem déjeuna à la Préfecture. À cet endroit
au moins, il était sûr de trouver de quoi se res-
taurer car l’approvisionnement en nourriture
devenait de plus en plus problématique en zone
occupée. Sa femme s’en plaignait fréquemment
et manger à la Préfecture présentait l’avantage
de préserver un peu le stock familial même s’il
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devait quand même se défaire de tickets de ra-
tionnement en échange de son repas.
Il retrouva son chauffeur Delage et sa vieille
Delage au cours de l’après-midi, lorsqu’il décida
de rentrer chez lui.
– J’ai rencontré Camelle, lui dit-il dès que De-
lage eut engagé l’automobile sur la grand-route.
Nous avons rendez-vous chez vous demain à
17 heures.
– Entendu, Monsieur le Maire.
– Passez me prendre au bureau un peu avant.
– Je ne pense pas que cela soit prudent,
Monsieur le Maire. Il vaut mieux que vous ve-
niez par vos propres moyens et surtout pas avec
une automobile officielle. Mes voisins ne sont
peut-être pas de notre bord.
– D’accord, Albert. Il faudra que vous
m’indiquiez où vous habitez.
Delage lui expliqua brièvement comment se
rendre à son domicile et ajouta, avant
d’accélérer sur la ligne droite de la route :
– Vous devriez prendre l’habitude de
m’appeler Delage, Monsieur le Maire. Sauf à la
mairie, bien sûr.
– Eh bien ! confidence pour confidence, De-
lage, appelez-moi Totem, sauf à la mairie, bien
sûr !
– Ah bon ! vous avez aussi un pseudonyme ?
Je ne savais pas, Monsieur le Maire. Donc, vous
êtes avec nous.
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– Ce n’est pas vieux. Je n’ai pris cette déci-
sion que récemment. Et je crois bien être le seul
à connaître mon pseudonyme. En fait, vous
êtes la première personne à qui je le communi-
que.
Agréablement surpris d’apprendre que son
patron était un résistant potentiel, Delage lui ré-
pondit :
– Dans ces conditions, je vous propose de
vous faire connaître le représentant officiel de la
Résistance de notre Région.
– Bonne idée, Delage. Comment faire ?
– C’est facile. Si vous n’êtes pas trop pressé,
nous pourrions faire un petit détour et nous ar-
rêter à l’Ecole Yougoslave où nous trouverions
le Colonel Tonneau.
– Tonneau, ce n’est pas non plus son vrai
nom ?
– Non, bien sûr, c’est son pseudonyme.
– Allons-y, Delage. Ce serait bien, en effet,
que je connaisse ce monsieur.
– Bien, Patron. Ce n’est pas loin.
À l’Ecole Yougoslave, située en périphérie de
la ville, Delage présenta Totem à Tonneau. Celui-ci,
en tenue civile pour ne pas se faire repérer par
les Allemands, confirma qu’il avait été nommé
Responsable de la Résistance locale et que, en
cette qualité, il était chargé, avec un certain Ga-
lère, de recruter discrètement des éléments sus-
ceptibles de lutter contre les Boches, voire, de
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prendre le maquis pour mener des actions im-
pliquant certains risques. Tonneau confirma éga-
lement que le mouvement pouvait compter sur
plusieurs syndicalistes de la C.G.T. pour agir
dans le sens de la Résistance.
– Nous venons d’évoquer la Résistance ci-
vile, ajouta Tonneau. Mais puisque vous êtes
avec nous, Monsieur le Maire, je vais en profiter
pour vous annoncer que nous devons égale-
ment organiser la Résistance militaire locale. J’ai
décidé de nommer, pour jouer ce rôle, un Co-
lonel en retraite dont le pseudonyme est Cicéron.
À ces mots, Tonneau invita Totem à le suivre
jusqu’à un bureau se trouvant au fond du cou-
loir de l’Ecole où ils trouvèrent un personnage
bedonnant et fumant une pipe odorante.
– Voici la personne qui sera l’adjoint de Cicé-
ron, dit Tonneau. Son pseudonyme est Galère. Ga-
lère, je vous présente Totem, le maire de notre
ville. TotemGalère qui, avec Ci-
céron, doit organiser la Résistance militaire lo-
cale.
– Enchanté, Monsieur le Maire, dit Galère, lui
serrant la main sans retirer sa pipe de la bouche.
Puis s’adressant à Tonneau :
– Je vous rappelle ma demande de l’autre
jour : Cicéron et moi ne serons pas en nombre
suffisant pour assurer l’organisation militaire. Je
suis d’avis qu’un représentant civil à nos côtés
nous serait d’un grand secours. Puis-je me per-
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mettre de suggérer que nous demandions à To-
tem, ici présent, d’être cet autre adjoint, ?
Totem se récusa, invoquant le fait que, s’il
était bien familier de sa ville, il ne connaissait
pas suffisamment le département. Mais devant
l’insistance de Galère à laquelle s’était joint Ton-
neau, il s’engagea à faire tout son possible pour
organiser cette résistance avec eux.

De retour à la mairie, Totem congédia Delage,
lui indiquant qu’il rentrerait chez lui à pied. En
réalité, plutôt que d’aller directement à son do-
micile, il s’engagea dans une petite rue qui le
conduisit chez un individu qu’il connaissait de
longue date mais dont il n’était pas très sûr
puisqu’il avait cru le reconnaître, l’autre jour,
dans le Rassemblement de la Légion auquel il
avait failli participer, n’eut été son chapeau non
réglementaire.
– Ah ! Bonjour, Monsieur le Maire ! Quel
honneur de recevoir votre visite chez moi à
cette heure.
– Le plaisir est pour moi, lui répondit Totem.
La conversation porta de suite sur les évè-
nements, la guerre, l’armistice, l’occupation, le
rationnement alimentaire. Totem devina très vite
que, comme lui-même, son interlocuteur avait
été abusé par sa croyance en la Légion pour
combattre les Boches.
23 Nom de code : Totem
– Donc, l’autre jour, au Rassemblement de la
Légion, vous y étiez par erreur ?
– Oui, c’était une erreur de ma part. Depuis,
j’ai rejoint des amis de la C.G.T. avec qui je
m’entends bien. Ils ont le même objectif de
lutte contre les Boches.
– Bon, alors, appelez-moi Totem et non plus
Monsieur le Maire.
– Comment, vous aussi, vous êtes de la Ré-
sistance ?
– Oui, mais depuis peu. Je suis l’Adjoint civil
au Responsable de l’organisation militaire de la
Résistance locale.
– Bien ! Bien ! Eh bien, appelez-moi Rata-
plan, c’est mon nom de guerre. Mon pseudo,
quoi !
– Je suis content d’apprendre que vous avez
quitté la Légion qui fait fausse route en soute-
nant Pétain. Mais soyons justes, les Légionnai-
res sont un corps constitué qui a juré fidélité au
Gouvernement. Or, le Gouvernement, c’est le
Maréchal.
– Mais, vous, Monsieur le Maire, vous êtes le
Représentant officiel de la commune et donc,
indirectement du Gouvernement. Pourtant,
vous soutenez ceux qui résistent aux Boches,
donc, vous êtes contre le Gouvernement.
– Oui, Rataplan. Je me suis rendu compte un
peu tard que la Légion restait une unité régu-
lière, au moins officiellement. C’est nous qui
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