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Nous contre eux Mémoires d'un commissaire politique Roman
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© Éditions Le Manuscrit 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00382-6 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304003826 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00383-3 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304003833 (livre numérique)
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Un mouvement qui attire mon regard. Une main qui s’approche de moi. De longs doigts blancs qui se dandinent drôlement. Comme pour me narguer… Je grogne pour les effrayer. Ils continuent de plus belle. Je vise et je mords. Vite et fort. Un goût en bouche que je connais… L’odeur du maître. Le créateur de l’univers. La source de tous les plaisirs. Un Dieu à la chair tendre et au lait chaud. Je peux le dévorer sans crainte… Y a pas de mal… Il ne meurt jamais pour de vrai. Il suffit de crier pour le ressusciter. Jour après jour, il est toujours là pour moi… Je serre les dents. Ma proie se débat. Glisse et m’échappe… Stupéfaction et colère. Grimaces et bave aux lèvres. Coups de poing dans le vide. Coups de pied en l’air… Un rire qui tombe d’en haut… Une petite musique qui se moque de moi… Mes yeux grands ouverts. Une main blanche qui s’ouvre et se ferme. Comme un oiseau qui s’envole… Je bondis. Mords pour tuer… Un cri aigu !… Glissade et tourniquet. Dégringolade et cul par-dessus tête. La fin du monde. Mes derniers
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Nous contre eux
instants. Une ombre sur mon visage… Je ferme les paupières. Pleure par anticipation. Hurle pour faire reculer la mort. Cœur qui pince et gorge qui coince. Chair de poule et crise de nerf… Une caresse sur mon front. Une voix douce à l’oreille. Des chatouilles sous le menton. Un mouvement de balançoire. Ça veut dire que le danger est passé. Que le maître est fier de moi… Sa peau chaude contre la mienne. Un baiser sur ma joue. Un autre sur mon nez. Je l’ai bien mérité… La bravoure appelle l’amour… La bravoure appelle l’amour… Un relâchement des mâchoires. Un long bâillement… Le maître qui examine mes dents de lait. Des canines de louveteau. Des crocs de rien du tout. Ça fait assez longtemps que je tire sur ma laisse. Une brûlure autour du cou. Des fourmis dans les pattes. Il est grand temps qu’on me retire ma muselière. Que je puisse enfin bouffer du Chinois à mon aise. Des années de dressage et de frustration. La peur que la guerre soit finie avant que je ne sois en âge d’en croquer… Mais je suis né chanceux… J’y aurai droit à mon bout de carnage… On m’a gardé un morceau de viande rouge… Les ennemis du Socialisme, j’en recracherai que les os. L’Empire peut compter sur moi. Il ne m’a pas nourri au sein en vain. Je
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