Nouveaux cahiers François Mauriac nº04

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Ce volume est le quatrième de la série des Nouveaux cahiers François Mauriac.

Publié le : lundi 1 juillet 1996
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246788294
Nombre de pages : 314
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TEXTES ET DOCUMENTS INÉDITS
FRANÇOIS MAURIAC : LETTRES AU PÈRE MAYDIEU,
présentées par Jacques Monférier
Pendant une vingtaine d'années, de 1934 à 1954, François Mauriac a correspondu avec son compatriote le Père Maydieu. Nous adressons tous nos remerciements à la famille Maydieu et tout particulièrement au Père Philippe Béguerie, pour nous avoir autorisés à reproduire ici quelques-unes de ces lettres1.
Jean-Augustin Maydieu est né à Bordeaux le 23 mars 1900 dans une famille bourgeoise de négociants en produits résineux. Après des études secondaires au collège Grand-Lebrun (comme Mauriac un peu plus de dix ans auparavant) puis au lycée Louis-le-Grand, Maydieu entre en 1923 à l'école centrale avant d'aller à l'école militaire d'artillerie de Fontainebleau. Novice dominicain en 1925 au Saulchoir, ordonné prêtre le 25 juillet 1930, il est affecté aux éditions du Cerf en juillet 1932. Directeur de
La Vie intellectuelle en 1935, il est un des fondateurs de Sept, dont le premier numéro paraît le 3 mars 1934.
Résistant actif pendant la guerre, arrêté et torturé en 1944 par les Allemands, il reprend après la Libération la direction de La Vie intellectuelle et se dépense sans compter. Venu se reposer à Bordeaux en 1955, il meurt dans sa maison familiale, des suites d'un infarctus, le 27 avril2.
C'est avec le lancement de Sept en 1934 (n°1 le 3 mars 1934) que s'engage le dialogue entre les deux hommes, dialogue immédiatement placé sous le signe de l'amitié comme en témoigne le ton des lettres de Mauriac et les formules de politesse utilisées. Le père Maydieu, rédacteur à La Vie intellectuelle
depuis peu (1933), ne dirigeait pas encore cette revue mais iladhérait pleinement à l'objectif fixé par le Père Bernadot dans le premier numéro en octobre 1928, « faire pénétrer l'esprit chrétien dans toute la vie », et « supprimer toute barrière entre la vie chrétienne et la vie civique ». Face aux 5 000 à 6 000 exemplaires de La Vie intellectuelle, Sept répondait aux vœux du pape qui souhaitait « que La Vie intellectuelle prolongeât son action sous la forme d'un organe hebdomadaire qui pût atteindre un public plus vaste », et qui recommandait de « faire des articles vifs et incisifs »3.
De fait, le tirage de Sept sera sans commune mesure avec celui de La Vie intellectuelle et l'on notera 25000 abonnés en mai 1937 avec des tirages de l'ordre de 150 0004
. Mais Sept répondait aussi au désir du Père Maydieu et de ses amis, dans la tradition du Sillon, avec la collaboration de Joseph Folliet, Maritain et bien d'autres, d'analyser l'actualité d'une façon différente de La France catholique, organe de la Fédération nationale catholique, fondée en 1924 par le général de Castelnau.
Le Père Maydieu s'adresse à François Mauriac pour obtenir sa collaboration dès le début de 1934 (le n° 1 de Sept était du 3 mars) ou à la fin de 1933. Mauriac fixe rendez-vous au Père Maydieu dans une lettre d'une extrême subtilité. Il exprime son admiration pour Maritain et il accepte le principe d'une collaboration à Sept, puisqu'il a déjà dans l'esprit l'idée de ce qui deviendra le « Billet » : « Je verrai avec vous la meilleure forme de collaboration à adopter. Peut-être des notes courtes et fréquentes : une sorte de billet rapide et brûlant ? »
Toutefois il tient à marquer au passage sa différence, et à prévenir son interlocuteur : « Nous ne serons pas toujours du même avis. » Mais il ajoute aussitôt des phrases essentielles qui définissent sa conception d'un journalisme nourri par la foi, en plein accord avec la pensée du Père Maydieu : « Ne craignez pas que je dévie de la ligne que je crois être la seule vraie. "
Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes...5 " Non, nous ne le savons pas. Il nous faut des années pour l'apprendre. Je crois le savoir aujourd'hui. » C'est accompagné d'une lettre datée du 11 février 1934 que Mauriac adresse au Père Maydieu le premier des vingt-trois Billets qui seront publiés dans Sept. L'écrivain y précisequ'il entend ne recevoir aucune rémunération pour ses articles : « Voici mon petit " billet ", au sujet duquel j'ai oublié de vous dire, l'autre jour, que j'entends qu'il soit tout à fait gratuit6. Mes autres collaborations et mes romans me permettent d'écrire de temps en temps pour la gloire de Dieu... donc, plus de chèques ! d'autant que ce papier est si court, si " peu de chose ". »
Ce premier article publié dans le n° 2 de Sept le 10 mars 1934, sur deux colonnes, avec une photographie de l'auteur par Jean Roubier, s'en prend à une note de Ramon Fernandez dans la
N.R.F sur les événements du 6 février. Sous le titre-choc de « L'équivoque », Mauriac reproche à Ramon Fernandez d'avoir confondu dans une même condamnation tous les manifestants du 6 février et de voir dans la droite une coalition factice créée par « la possession et l'intérêt ». Et Mauriac de s'indigner : « " La possession et l'intérêt ", voilà donc ce qui avait soulevé ces anciens combattants, ces petits bourgeois, ces étudiants! (...) L'indignation, l'horreur, l'amour de la justice, la passion nationale animent les anciens combattants et la jeunesse de Paris7. »
Une lettre de Mauriac du 7 juillet 1934 au Père Maydieu, lettre passionnée, brûlante, nous permet de mesurer les nuances de la pensée de l'écrivain et de noter des divergences avec la rédaction de Sept.
Sans remettre en cause la condamnation des ligueurs et la révocation du Préfet de Police de droite Jean Chiappe, Mauriac admire l'honnêteté des Croix-de-Feu du Colonel de La Rocque, « un homme qui a servi pendant 15 jours la messe au Père de Foucauld. C'est un ami des petits, quoi qu'on en dise (les petits employés, les très petits bourgeois dominent dans ses rangs – et un homme en vaut un autre...) ». Emporté par sa flamme, Mauriac lance au Père Maydieu : « Entre deux dictatures, je préfère celle d'un homme comme lui... (mais sa pureté même me rend sceptique sur sa réussite...) à celle de Daladier et de Blum. » Il reproche à Sept de refuser à la jeunesse catholique « le droit d'avoir des préférences, des amours, des fidélités sur le plan national ».
Exprimant sa crainte d'un coup de force socialiste et communiste, Mauriac donne tort au Père Maydieu et à ses proches de prendre « avec prudence mais avec passion, parti ». Soucieux dene pas blesser son interlocuteur, il ajoute : « Je ne prétends pas que vous ayez tort (ou plutôt je ne doute pas de votre entière bonne foi ni de la noblesse des motifs qui vous font agir...) Mais dans ce grand danger qui plane sur le pays, je suis décidé à ne pas faire le jeu des Daladier et des Blum. »
Pour faire bonne mesure, Mauriac conclut sa lettre par une phrase péremptoire : « Je n'écrirai plus une ligne, un mot, chez les alliés secrets ou déclarés du Front commun8. »
Ainsi, le 7 juillet, Mauriac manifestait au Père Maydieu les mêmes réserves pour Sept
qu'il avait exprimées dès le 9 mars pour Esprit dans une lettre à Jacques Maritain. « À mon avis, Esprit occupe, mal, une place nécessaire. Si ce qu'il dit était dit par des hommes qui n'auraient pas honte d'aimer leur Pays, sans cette aigreur, cette hargne, ce pharisianisme, sans cette fausse neutralité surtout, ils pourraient faire un bien immense malgré le vague de leurs idées9. »
Une troisième force ? Plutôt une position « au-dessus de la mêlée », comme l'imagine Mauriac dans une autre lettre au Père Maydieu, tout en constatant l'impossibilité de ce rêve et en prenant acte d'une opposition quasi viscérale entre les points de vue de Maydieu et Sept et sa propre pensée : « Je crois (...) que dans la crise actuelle vous ne pouvez pas plus éviter de tomber du côté Mounier que je ne puis résister à ma sympathie pour le front national. Mais moi, il me reste de me taire.
Tandis que vous avez un journal (malheureusement pour nous !).
» Ne voyez donc aucun blâme dans ma lettre d'hier : mais la constatation d'un fait.
» Pour moi je me réfugie dans le silence puisque je ne puis accorder mes tendances opposées. »
Le ton de cette lettre sans date nous incite à la rapprocher de la précédente. Elle a probablement été écrite entre juin et août 1934.
Suit un long silence coupé de quelques billets en 1935. Il faut attendre presque deux ans pour que reprenne, sur un rythme assez soutenu, cette correspondance de François Mauriac avec le Père Maydieu.
Le 11 février 1936, Mauriac adresse à Maydieu une longuelettre pour confirmer son refus d'un engagement public. « Je ne veux pas prendre la parole devant nos amis, je ne veux même pas envoyer un message que mon fils lirait, parce que je ne veux à
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