Nouveaux cahiers François Mauriac nº14

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Ce volume est le quatorzième de la série des Nouveaux cahiers François Mauriac.
Publié le : vendredi 5 mai 2006
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782246788393
Nombre de pages : 178
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HOMMAGES À BERNARD COCULA
BERNARD COCULA (1936-2005)
La disparition de Bernard Cocula ne nous a malheureusement pas surpris. Depuis plus d'un an, malgré une discrétion qui s'apparentait à de l'héroïsme, il laissait entrevoir qu'il se savait condamné. Avec un courage, une détermination et une lucidité inébranlables, il faisait face à tout, à la dernière année de sa carrière comme aux responsabilités de Malagar. Deux grandes interventions publiques ont marqué ces derniers mois : à Malagar où un livre d'hommages lui fut offert par ses amis, et à Malagar encore pour les Vendanges. Dans les deux cas, s'exprimant sans une note, avec une aisance sans faiblesse, il sut trouver les mots justes, dignes et émouvants qui s'adressaient dans un cas à ses amis et dans l'autre à l'ensemble du public. La maîtrise et la précision de son vocabulaire ne lui firent jamais défaut même dans ses dernières semaines où sa dignité forçait l'admiration. L'œuvre de François Mauriac est restée pour lui, jusqu'à la fin, autre chose qu'un objet d'étude; ce fut une forte parole toujours actuelle et capable de nourrir une action au service de nos contemporains. C'est ainsi qu'il conçut ses responsabilités au Centre de Malagar et plus globalement au service des maisons d'écrivains et de la culture. Pendant les années de sa présidence, sachant s'entourer de collaborateurs compétents, il ne cessa de développer harmonieusement les activités du Centre François Mauriac. Grâce à lui, Malagar est devenu un pôle culturel aquitain essentiel. Ce pédagogue passionné, à la personnalité attachante, avait commencé sa vie professionnelle comme un excellent professeur de lycée, il l'a poursuivie comme universitaire et comme chercheur avant de donner l'exemple impressionnant de courage que nous ont laissé les dernières années de son existence. Nous sommes saisis devant le grand vide qui s'est creusé parmi nous mais en même temps sa présence s'est inscrite en creux dans nos vies, faisant entrevoir comme une forme d'éternité.
JACQUES MONFERIER
IN MEMORIAM B. C.
Avec Bernard Cocula - président du Centre François Mauriac de Malagar et professeur émérite à l'université Michel de Montaigne - qui vient de s'éteindre à Bordeaux, disparaît une grande figure de la région Aquitaine. Il était né le 12 avril 1936, à Paris, où la carrière d'inspecteur des impôts avait conduit son père, mais ses racines l'attachaient à la Dordogne - il avait été élève au lycée de Périgueux - ainsi déjà qu'à Bordeaux où il fit de brillantes études de lettres, tout en exerçant des responsabilités syndicales. Sa carrière de professeur, qu'il avait commencée à l'Ecole Nationale Professionnelle (ENP) d'Armentières, l'y ramena, d'abord au lycée de Talence, puis à la Faculté des Lettres. Dès lors, ses travaux n'ont pas tardé à faire apparaître une double originalité. Il refusait la séparation bien française entre l'étude de la langue et celle de la littérature. Et ce qui l'intéressait dans la littérature, c'était sa rencontre avec l'actualité, la politique, l'histoire en train de se faire. On ne s'étonnera donc plus que dans sa bibliographie, riche d'une cinquantaine de titres, dominent des études vouées à des écrivains engagés dans les combats du siècle, comme Camus, Aragon, Vailland, Sartre, Nizan, Vercors. Et surtout qu'il ait fait de François Mauriac, prince des grands écrivains-journalistes, son auteur de prédilection. Il nous laisse trois ouvrages sur son chef-d'œuvre : le
Bloc-notes, dont le dernier, décisif, a été publié à Bordeaux, en 1994, par l'Esprit du Temps. Sous son patronage, le Centre de recherches de son Université est devenu le seul en France à s'intéresser durablement aux rapports du journalisme avec la littérature.
A la Société internationale des Etudes mauriaciennes comme aux Nouveaux Cahiers François Mauriac, publiés par Grasset, qu'il a dirigés, Bernard Cocula a su attirer et former une jeune génération de chercheurs capables de prendre la relève. Ses qualités d'animateur et d'organisateur s'étaient déjà manifestées dans son Université lorsque les « Mardis de la Fac » emplissaient les amphis d'un auditoire insolite, séduit par d'éminents conférenciers. Elles se sont vraiment épanouies lorsqu'il a pris la Présidence du Centre de Malagar. Avec l'appui de son prédécesseur, Jacques Monférier, il a donné aux saisons culturelles un éclat et un rayonnement remarquables. Sans sacrifier les honneurs dus au maître du domaine – de François les colloques se sont même récemment étendus à Claude Mauriac - des spectacles divers consacrés au théâtre, à la musique, à la lecture, se sont multipliés, tandis que, d'année en année, se renouvelaient les expositions. On a lancé des « Rendez-vous francophones ». Bref, la vieille demeure de Malagar est devenue un modèle et Bernard Cocula avait, sur cette lancée, pris la vice-présidence de la Fédération nationale des maisons d'écrivain. Mais le moment fort de ces saisons culturelles reste les « Vendanges de Malagar ». Comment ne pas évoquer les dernières du nom : « Morale et politique : un pari contre Machiavel ? », leur immense succès, la qualité des échanges et des débats. On se souviendra longtemps de l'émouvante conclusion qu'avec beaucoup de courage et de discrétion, de dignité et de noblesse dans sa souffrance, était venu donner Bernard Cocula. Nous poursuivrons sa mission.
JEAN TOUZOT
HOMMAGE RENDU À BERNARD COCULA PAR MARC AGOSTINO LORS DE LA CÉRÉMONIE RELIGIEUSE DU 9 NOVEMBRE 2005 EN L'ÉGLISE SAINTE EULALIE DE BORDEAUX
Anne-Marie a souhaité que j'évoque Bernard en cette vieille église bordelaise, haut lieu de spiritualité (terme que Bernard préférait à celui de religion), au seul titre de l'amitié profonde qui me liait à lui. Qu'elle me permette de lui redire, au nom de tous, notre tristesse partagée et que Daniel et François, ses deux fils tendrement aimés, sachent combien nous comprenons leur douleur. La mort d'un ami, est une perte cruelle, et aucune consolation ne peut en atténuer le choc. Oui, Bernard était très malade, oui la mort était devenue la seule issue envisageable pour la raison, mais le départ définitif surprend et bouleverse toujours. L'amitié s'incline éberluée devant la réalité. Mauriac l'écrivait à propos de Georges Duhamel « Mon ami échappe enfin aux derniers défilés de la maladie : ce pauvre corps ne souffre plus et voici cette âme délivrée telle que nous l'avons connue ». La présence de Bernard reste forte, située ailleurs pour ceux qui partagent la foi de Mauriac, mais tous nous pouvons dire avec Jankélévitch : « Rien ne peut empêcher que ce qui a été a été ».
Et Bernard a « été » pleinement, sa personnalité rayonnante éclatant dans la photographie ouvrant les « Mélanges » qui lui furent offerts au printemps dernier. Je pourrais évoquer son courage, sa dignité, son humour, la fermeté de tous ses choix et de ses engagements, mais Bernard frappait aussi par sa complexité, sa réserve qui laissaient place à des interrogations profondes. La pudeur et la retenue de cet homme ouvert, amusant, adolescent, même dans sa visible maturité le conduisaient à garder pour lui la réponse à de grandes questions. La religion? Il lui accordait un rôle essentiel dans les sociétés, et comment oublier le magnifique cycle d'histoire des religions organisé à Bordeaux III ! Mais on n'en savait pas beaucoup plus sur ses croyances intimes, même si son interlocuteur tentait, maladroitement, de le pousser à la confidence. Tout au plus des indications comme l'intérêt pour Georges Fonsegrive, périgourdin comme lui de Saint Capraise, chrétien sentant un peu le soufre, qui avait attiré Bernard par ses romans (
Lettres d'un curé de campagne, Journal d'un évêque) plus que par une théologie devenue rhétorique. Ses choix politiques et sociaux ? Ils étaient assumés avec : intelligence et nuance. La politique était essentielle pour lui. Il connaissait admirablement la vie politique, et ses choix s'étaient probablement formés à la fin de la IVème République, vécue dans les passions étudiantes, si riches pour qui y réfléchit. Son sens du service public, son goût de l'enseignement, sa volonté de diffuser la culture parlent d'eux-mêmes. Son goût d'entreprendre l'a amené à des réalisations remarquables que tous ici connaissent. La passion de Mauriac et l'amour ardent du centre Malagar ouvrent une belle fenêtre sur sa conception de la littérature aux prises avec son temps, comme l'indiquait Jean Touzot dans son bel article de Sud-Ouest dimanche et du Monde.
C'était un remarquable connaisseur de l'œuvre du Maître qu'il lisait et relisait depuis bien longtemps. Dès 1972, il me signalait sa passion pour Mauriac journaliste et surtout sur une œuvre considérée alors comme mineure, le Bloc-notes. Il s'adonnait au seul prosélytisme actif exercé envers un ami alors un peu rétif, le prosélytisme mauriacien, obtenant une conversion totale. C'était un introducteur incomparable à cette œuvre, comme seul pouvait l'être un lecteur expert, pénétrant, intuitif en empathie avec le grand écrivain.
Adieu, ou bien à Dieu, l'ami, Bernard, toi qui aimais tant ton prénom, celui du jeune homme de vingt deux ans évoqué par Bossuet, repris par Mauriac, animé par « cette force, cette ardeur, ce sang chaud et bouillant semblable à un vin fumeux ». Le souvenir de nos échanges avec toi nous habite et nous habitera. Je n'oublierai jamais la voix de l'ami au téléphone, dans la touffeur du début de l'après-midi le 1er
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