Nouveaux cahiers François Mauriac Nº17

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Ce volume est le dix-septième de la série des Nouveaux cahiers François Mauriac.
Publié le : mardi 12 mai 2009
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EAN13 : 9782246788423
Nombre de pages : 284
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« COMPRENDRE C’EST AIMER » OU PLAIDOYER POUR UNE CRITIQUE CHARITABLE
INTRODUCTION
Parmi les « écritures » ou les « postures » journalistiques auxquelles François Mauriac eut recours au cours d’un très long compagnonnage avec la presse périodique, la critique littéraire tient une place de choix. Mis à part quelques articles politiques dans le Journal de Clichy, c’est par la critique littéraire qu’il entre dans la carrière, dans la Revue Montalembert et La Revue des jeunes (1905-1911), puis dans les Cahiers de l’Amitié de France (1914), et de nouveau La Revue des jeunes
(1916-1918). De 1919 à la fin de 1923, il se consacre à la chronique théâtrale dans La Revue Hebdomadaire1, prolongeant, de façon moins régulière, et cette fois-ci non plus sur des spectacles mais sur des publications ou des auteurs, sa collaboration littéraire à cette revue jusqu’en 1928. Il continuera sans interruption à commenter l’actualité littéraire de son époque : à La N.R.F., aux Nouvelles littéraires, dans L’Echo de Paris, et tout particulièrement Gringoire, où il tient une chronique intitulée « Les Lettres » de novembre 1935 à janvier 1938.
Au cours de cette période, on peut estimer à 250 (sur un total d’environ 730) les articles consacrés à la critique littéraire ou plus généralement à la littérature. Dans l’immédiat après-guerre, on peut noter quelques articles de circonstance (ceux qu’il écrit à l’occasion de la mort d’Edouard Bourdet 2 ou de Paul Valéry 3
mais le retour à la critique se fait dans les années cinquante à travers sa longue et riche collaboration avec Le Figaro littéraire. A partir de 1955 et jusqu’en 1961 Mauriac y publie un long article, qui plus est le texte de une, tous les quinze jours ; ces textes vont alimenter les Mémoires intérieurs, publiés en 1959, et seront pour certains d’entre eux repris dans D’un Bloc-notes à l’autre4. Il faudra ensuite chercher le regard porté par Mauriac sur la littérature dans les bloc-notes, où l’activité critique sera moins clairement identifiée. Mais au-delà de tous ces articles ou chroniques, il ne faudrait pas négliger les nombreuses préfaces ou les ouvrages consacrés à tel ou tel écrivain, Barrès, Proust, André Lafon, Racine, Pascal, pour citer les principaux, à l’intersection de la biographie, des mémoires, de la réflexion esthétique et/ou religieuse.
Face à cette production abondante et étalée sur un long temps, on peut envisager plusieurs approches – qui ne s’excluent pas.
– On peut exploiter ce fonds pour y puiser un certain nombre d’éléments permettant de tracer un parcours thématique, notamment des « lectures ». Je me suis moi-même laissé aller à un Mauriac lecteur de Rimbaud, puis de Benjamin Constant5. Certaines interventions de ce colloque se situeront dans cette perspective 6 où d’illustres collègues nous ont devancés7.
– On peut également réintégrer cette production abondante, essentiellement liée à l’actualité et à la vie littéraires (événements, parutions, rééditions, etc.), dans son contexte, politique, culturel, intellectuel, éditorial, sans négliger le rôle des différents réseaux et le jeu de leurs organes de communication et de diffusion. Il serait alors indispensable de définir le cadre circonstanciel de chaque article (actualité éditoriale, commémoration, disparition, polémique ou débat d’idées), faire la part des initiatives strictement personnelles, en relation avec tel ou tel élément de la biographie, et celles qui relèvent de combats ou de tensions plus collectifs. Tout texte critique (et journalistique) est un texte de circonstance qui ne peut être lu et compris que replacé dans le dialogue complexe qu’il entretient avec un discours social très polyphonique et très clivé. On ne peut pas, pour prendre un exemple précis, étudier les articles des
Cahiers de l’amitié de France, tout particulièrement le compte rendu de L’Annonce faite à Marie8, sans le replacer dans le mouvement de renaissance du théâtre d’inspiration religieuse et plus généralement la renaissance de la littérature catholique, dont cette revue (et Mauriac) est un des acteurs principaux9 – et sans rapprocher les articles de Mauriac de ceux que publie dans cette même revue Gaston Baty, ancien élève des dominicains et auteur en 1914 d’un manifeste sur le « Théâtre d’art catholique »10.
– On peut tenter de dresser, dans une approche plus systématique et formaliste, une « typologie » des articles ou des textes consacrés à la littérature, et d’identifier les postures, les angles, la rhétorique, les systèmes de référence, etc.
– On peut enfin, plus précisément, interroger les fondements de cette critique : sa démarche, ses outils, son positionnement par rapport à l’œuvre analysée, son évolution, ses références principales, son vocabulaire, ses images, etc. Aller du côté de la question : quelle critique fut celle de Mauriac ? quel discours a-t-il lui-même développé sur la critique, c’est-à-dire quelle fut sa « critique de la critique »
11, pour reprendre le titre d’un article de Mauriac lui-même sur lequel je reviendrai?
C’est cette dernière question qui servira d’axe à ma réflexion.
« CRITIQUE DE LA CRITIQUE »: À LA RECHERCHE DE LA CLEF PERDUE
Paradoxalement, dans cet article dont le titre a attiré notre attention12, Mauriac ne développe pas tant une réflexion sur la critique elle-même que sur la littérature et sur la création littéraire. Certes, il part de son intérêt pour les textes critiques (« Pour moi, le temps ni l’habitude n’ont pu émousser le plaisir de parcourir chaque matin les coupures de presse. »), et de sa capacité à les évaluer, à en décrypter le jeu, et à l’accepter : « Il faudrait désespérer d’un écrivain qui, ayant passé le milieu de sa vie, ne serait pas capable de juger ses propres juges... »
Mais il y défend avant tout l’idée que l’œuvre c’est l’homme, c’est-à-dire que l’auteur s’exprime, se révèle, se trahit dans sa création. C'est la différence et l’écart individuels qui font l’œuvre et garantissent ses chances de survie. « Qu’on nous juge et, si nécessaire, qu’on nous condamne, mais que ce soit selon notre loi ».
Il en appelle donc à une critique qui découvre l’homme derrière le texte, mais l’homme dans sa singularité, sa subjectivité, ses démons :
« Un bon critique selon moi, sera donc celui qui, ayant à juger un écrivain, bien loin de lui demander d’être un autre que lui-même cherchera si (...) l’auteur a su rester fidèle aux lois de son univers... » ; il pose une question qui sera sous sa plume récurrente : « Quand un livre est manqué, (...) ce n’est pas parce qu'il a violé telle ou telle règle du genre (...) mais parce qu’il a été infidèleà ce code secret13... »
Le critique doit donc se mettre à l’écoute, à la recherche, de ce secret. On trouve d’abord ici une conception de la création, qui engage une conception de la réception, de la lecture. Si la création est liée au secret, la lecture doit contribuer à la levée de ce secret; le travail du critique (et de tout lecteur) est une herméneutique capable de trouver puis de nous donner, pour utiliser un mot qui reviendra constamment chez Mauriac, la clef
. La donner, ou la suggérer, afin non pas d’éventer le secret mais de l’approcher, comme il l’écrit à propos de Giraudoux et plus généralement des écrivains contemporains : « Nous feignons de croire que la critique des écrivains vivants est possible, mais nous savons que le plus souvent elle est un leurre et que l’art du critique consiste à tourner autour de ce qu’il doit taire, à ne pas voir, à ne pas ramasser la grosse clef que l’auteur insouciant à chaque page lui jette. »14. La critique est alors une approche, ou pour emprunter un titre à Charles Du Bos, une « approximation ».
On pourrait élargir la réflexion autour de cette esthétique du secret – et de son pendant, la lecture comme révélation. Le secret est souvent associé sous la plume de Mauriac à l’enfance, à l’origine, à la source cachée qui donne naissance à la seule parole véritable, la parole poétique. : « Tout le reste de mon œuvre est de circonstance : c’était mon métier d’écrire des romans, et c’était mon humeur de me chamailler dans les journaux. »
15. La poésie, « mon seul acte gratuit d’écrivain ».
S'il rend hommage à Marc Alyn, qui a étudié son œuvre poétique, c’est parce qu’en vrai lecteur il a su pénétrer jusqu’à « l’endroit de son œuvre où il a caché cette part secrète de toute vie... »16
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