NOUVELLES DES ISLES

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Avec Nouvelles des Isles, vous partez en croisière sur la mer Caraïbes et plus précisément dans l’archipel qui entoure la Guadeloupe. Les Saintes, la Désirade, Marie-Galante, Saint Barthélemy, Saint Martin et même un point de terre inhabitée, la Biche. Escale après escale, ces îles de rêve se laissent facilement accoster tant elles sont candides. Les peintres, les premiers ont été séduits par la simplicité de leurs charmes et leur art se veut être prolongé dans ce périple par une écriture spontanée. De la naïveté stylisée à la sensualité exacerbée il n’y a qu’un bras de mer à franchir sous le lamparo des chaudes nuits tropicales, des effets du rhum et de la musique. Les rives de l’érotisme sont abordées sans coup férir même si la violence s'oppose à la poésie du texte.
Publié le : lundi 13 juin 2011
Lecture(s) : 120
EAN13 : 9782748143669
Nombre de pages : 320
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NOUVELLES DES ISLES
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Denis Marchisella
Nouvelles des isles
Le Manuscr it w w w . m anuscr it . com
É ditions Le Manuscrit, 2004. 20, rue des PetitsChamps  75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@ manuscrit.comISBN : 2748143671(Fichier numérique) ISBN :2748143663 (Livre imprimé)
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LES POISSONS DE LA TOUSSAINT
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De là où il se trouvait, il imaginait le soleil se coucher. En ce jour de la Toussaint les étoiles clignotaient à peine dans un ciel de fête. Il devinait son fils Thibault longeant l’allée des filaos dont les balayages des basses feuilles en épines caressaient le visage cuivré. Le chemin montait puis descendait vers le cimetière de Terre de Haut, la grande île du petit archipel des Saintes aux perles nacrées posées sur l’écrin de la mer Caraïbe. Il se doutait du dense va-et-vient de la population et c’était comme s’il entendait les gens s’interpeller sans retenue. Tous portaient des boîtes de bougies et les plus chargés les charroyaient avec fierté à l’aide de brouettes. Aucune tristesse. Aucun recueillement. De la joie, rien que de la joie... surtout chez les enfants! La Toussaint est aux Antilles un jour de gaieté car on va rendre visite et discuter chez les morts comme chez des amis. Les chandelles remplacent la bouteille de champagne. De là où il se trouvait, il imaginait Thibault marcher seul, aussi guilleret que ses co-insulaires en famille, leur adressant de grands bonjours avec de puissants signes de tête, ses bras musclés mobilisés par le port des paquets de bougies. De là où il se trouvait, il imaginait son fils faire corps avec cette foule qui se pressait vers le Monument aux Morts, puis disparaissait dans les dédales sinueux et sablonneux créés par les tombes élevées dans la plus parfaite anarchie. De là où il se trouvait, il imaginait la folle danse des mèches enflammées, guides de cette amusante
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farandole, tandis qu’à deux pas, dans son immense fosse marine, le grand orchestre des vagues interprétait l’Hymne à la joie. Il comprenait que les enfants puissent sauter à pieds joints d’une dalle à l’autre, les plus espiègles grimpant sur les mausolées quadrillés de damiers de faïence blanche et noire. Ils jouaient à qui imiterait le mieux le fou, le cheval, la tour, la reine ou le roi. Il se rappelait l’ambiance de carnaval nocturne créée par les cierges. Ils enjolivaient les tombes les plus pauvres, décorées modestement de grosses conques de lambis, et c’est devant l’une de ces demeures éternelles que Thibault s’arrêta. - Salut Papa! Fit-il en s’adressant à la croix de bois noire sur laquelle était grossièrement manuscrit à la peinture blanche, “ Ci-gît, Ti-bo de Maisonneuve ”. Son fils était au-dessus de là où il se trouvait, sous terre, au tombeau descendu par un commun trépas de pêcheur, lui, Ti-bo de Maisonneuve. Ti-bo, “ petit baiser ” en créole, était son prénom. Pourquoi faire un armement compliqué avec Thibault quand on peut faire vertueusement simple avec Ti-bo, prénom plein de tendresse et bien plus chevaleresque en amour que le premier. Le créole, cette langue vernaculaire, a su racler la couenne, dégraisser et désosser le français pour n’en garder que les meilleurs morceaux. - Papa, tu m’entends, c’est moi Thibault. Je suis venu comme chaque année te réchauffer le corps avec mes bougies. Tu m’excuseras, mais il y en a un peu moins que la fois dernière. Tu sais, la pêche n’a pas été bonne cette saison. On a même eu un cyclone en septembre. Alors, je n’ai pas gagné l’argent que j’espérais et... j’ai acheté moins de bougies, mais
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