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Nuit afghane

De
101 pages
Maman ? Il reconnut sa mère, elle, la mort! et détourna les yeux pour ne pas croiser les tiens si noirs, profondément noirs. Viens ! dit-elle en se déshabillant et lui offrant son corps. Il mourrait s'il touchait à ce corps et il le savait, ce corps maternel si doux, si chaud serait sa tombe. Son cerveau reculait, son corps avançait. Il l'approcha, lui toucha les lèvres du bout des doigts, les effleura avec les siennes, lécha le bout du sein droit, celui-là même qui l'avait allaité le plus, puis le nombril puis le sexe, enfonça sa langue dans le sexe, et les lèvres et le menton puis la tête... le corps, tout le corps alla chercher le plaisir au plus profond du ventre maternel... et le ventre chaud refroidit instantanément, devint cocon gluant, fourmillant de bestioles translucides
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Nuit afghaneMohamedMokeddem
Nuit afghane
.© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0513-3 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0512-5 (pour le livre imprimé)Avertissement de l’éditeur
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Leséclatementsdesserruresetduboislesurprirentsous
la douche. Le chuintement de l’eau avait tu les pre-
mières tentatives de défoncement de la porte au pied de
biche. Les coups d’épaule avaient suivi, coriaces, vio-
lents. Affolement, cris de bête surprise dans son terrier,
yeux rouge-sang irrités par le savon, saisis par la peur.
Il tâtonna dans le noir à la recherche de la serviette, ses
lunettes, courut se barricader dans la chambre. Ses ap-
pels au secours résonnèrent dans la nuit, se dissipèrent
danslefracasduboisdelaported’entréequicédait,puis
celle de la chambre. Ils étaient là, il les sentait, là, der-
rière lui, leur souffle, leurs mains. Il regarda la rue, le
quartier, les bâtiments, entendit les portes et les fenêtres
claqueràl’unisson,vits’éteindreleslumières,cellesdes
voisins, celles des lampadaires, puis plus rien, le trou
noir, pas un souffle, plus un murmure, plus une lueur, le
monde se recroquevillait sur lui-même, se couvrait d’un
silence complice, le laissant seul témoin de son drame
dans un espace, le sien, qu’il ne reconnaissait plus ; la
chambre s’allongeait à l’infini, sans perspective ; seul
l’encadrementdelafenêtredemeuraitvisible,bornéepar
une phosphorescence soudaine, marquant le choix entre
mourir égorgé ou écrasé dans le vide-noir-sans fond. Il
hésita à sauter, non par peur de la mort mais par peur de
larater,depasseràcôté,definirsaviesurlesrouesd’un
fauteuil. Une main rugueuse le saisit par la nuque, l’en-
leva du sol pour le renvoyer sur le lit. Un homme nu,
7Nuit afghane
transiparlapeur,estridicule;c’estlalaideuraunaturel,
un corps d’homme en croix, écartelé par quatre bras vi-
goureux: lesmembres tremblent,labouchebée,souffle
surlefeuquiembraselesyeuxexorbités,lalanguefrap-
pée d’aphasie roule et se replie au fin fond de la gorge,
le cœur prend du volume et ses soubresauts saccagent
la cage thoracique, le sexe bande au toucher froid de la
lame. Tout ça, le temps d’un soupir. Puis le corps re-
lâche,lecerveaul’anesthésie,levidedetouterésistance,
l’abandonne,l’offreauboucherafindehâtersamort,lui
épargner la souffrance du taureau poussé dans l’aréne.
Lestroishommesportaientchacununecagoule,unsabre
etunkalachnikov. AbouJahl,lechef,l’émir,avançaune
chaise et la colla contre le rebord du lit, s’assit à cheval
entre ses deux compagnons improvisant le cercle d’une
courdejustice. Lesdeuxhommessaisirent« l’accusé»,
chacunparunbrasetleredressèrent,ajustèrentsoncou,
l’immobilisèrentcontreletranchantdelalattesupérieure
du dossier de la chaise. Abou Jahl glissa sa main droite
derrièrelanuquede« l’accusé»,sesdoigtspressèrentle
cou, puistirantsur lescheveux, ill’obligeaà leregarder
dans les yeux, d’homme à homme ! Les yeux d’Abou
Jahlbrillaientdel’éclatdehainequereflétaitlalameef-
filée dans sa main gauche allant et venant sous ses yeux
effrayés. Il sentait la force d’emprise des doigts sur son
cou,lecuirdugantlerâper,lesoufflechauddel’homme,
mélange de tabac,de kif,d’amphétamines, dekhôl etde
siwak, gonfler son ventre du relent de la mort. Dans ses
yeux déjà enclins à l’idée du trépas, se dessina la prière
d’en finir avec lui, et vite. Mais tu es déjà mort ! tonna
Abou Jahl. Et la voix caverneuse trouva écho dans sa
proprebouchecommesiAbouJahl,l’espritd’AbouJahl
gîtait en lui. Tu es mort le jour de ta naissance, chien !
Tu es né le diable dans l’âme. Dieu t’a donné la vie et
tu as osé lui renier la reconnaissance de sa volonté sur
toi. Il t’a donné l’esprit pour distinguer le bien du mal
et tu en as abusé. L’esprit est une étincelle divine qui
éclaire nosactes. L’esprit c’est le savoir et nul savoir ne
8Mohamed Mokeddem
s’élève au-dessus de l’amour de Dieu et du dévouement
àsacause. Tuasassujettil’espritaucœur,auxbassesses
ducorps. Tucroislavieicibasfaiteuniquementdeplai-
sirsetdejouissancesetlejourduJugementDernierune
légende. Le règne de Dieu est une réalité éternelle et tu
asosédouter! TuesunennemideDieu! Noussommes
lamaindel’Eternelsurterrequis’abatsurlesinfidèles!
AbouJahllevalamainetfrappa,lecou. Lalameeutrai-
sondelavertèbrecervicale. Lesanggicla. Latêtesedé-
tachaducorps,s’élevadansl’air,pritdel’altitude,flotta
dans la chambre accrochée aux doigts de son bourreau.
Le sang ruisselait, dégoulinait, pleuvait, éclaboussait le
sol, et Abou Jahl riait, riait encore, et toujours plus fort
encore. La tête regardait, spectatrice médusée, le corps
en croix sur le lit, baignant dans le sang. Regarde cette
chose qui pend entre ces jambes ! dit Abou Jahl à la
tête en désignant et soulevant le sexe avec la pointe de
sa lame. Le sexe vibrait. La vie perdurait dans le corps
tantilrefusaitlamortquel’espritluiimposait. Regarde,
répéta l’émir à la tête en la posant sur la chaise, regarde
cette chose sale et salée, cette chose que vous ne nom-
mezpasdansvosdiscoursathéesetquiestl’objetmême
dumondequevousvoulezinstaurerenmargedel’ordre
de Dieu. Derrièretoute lalittératuredevosphilosophies
se cache l’abjecte et l’éphémère, le sexe. Liberté d’ex-
pression, liberté de conscience, liberté de la femme ne
sont que l’émanation de vos bassesses, de vos instincts
de bêtes ! Sais-tu quel être en ce bas monde est le plus
vil? Lafemme! Ehbien,onvatefairemoinsqueça! Et
AbouJahlcoupalesexeavecladextéritéduvendangeur,
le cueillit entre le pouce et l’index comme une grappe
pourrie, l’enfonça dans la bouche, le poussa du doigt au
plus profond de la gorge, jusqu’aux testicules. Un goût
sucré-saléfrappalesparoisbuccales,sepropageaaucer-
veau, délicieux, succulent, un goût de femme, de sécré-
tion vaginale si différent et si enivrant comme à chaque
fois. Femmes, je vous aime ! murmurèrent les lèvres.
Femmes, vous m’êtes sur terre ce que les houris sont
9Nuit afghane
auxcroyantsdanslesjardinsd’Allah,lasuprêmerécom-
pense! L’impureté estperfectionlorsqu’elleestfemme!
Est-ce ma faute d’aimer ce qui est beau ? C’est comme
si on demandait au pauvre de ne pas voler, au chien de
cesser d’aboyer,à l’humanité de se multiplier, de bannir
l’amour, et à l’art de ne plus exister ! La vie serait-elle
meilleure sans cette créature ? Quelle raison d’être au-
rions-noussanselle? Aucune. Lespoètesm’approuvent,
et même les théologiens sans vraiment le dire l’avouent
dans leur for intérieur. Combien de femmes ai-je pos-
sédées ? Qu’en ai-je fait ? Aucune ne ressemblait à
l’autre. L’une avait ce qui faisait défaut à l’autre. Com-
bien de mensonges ai-je faits pour en goûter ? Que de
promesses sur le corps de l’une avant de sombrer dans
l’ivresse des caresses de l’autre ! Je ne regrette rien des
entorses dans la quête de l’idéal féminin, les couleurs
de ces corps, de ces peaux, de ces cheveux, de ces yeux,
leurodeuretleurforme,jamaisidentiques,toujoursma-
giques ! Le sexe vibra dans la bouche à l’évocation du
souvenir de ces femmes, toutes ses femmes, se détendit,
s’étira, se leva, se dressa sous les coups des caresses ré-
pétées de la langue, ettout le corps, jusqu’alors inanimé
surlelit,repritvie,entraentranse,puisl’extase. Ah! La
semencesedéversachaude,visqueuse,vivifiantedansla
bouche,ettoutle corpsla ressentitetentressaillit. Mais
la maingantée de cuir d’AbouJahl,rugueuseetvolumi-
neuse,s’abattitsurlatêteavecforceetviolence,etcassa
le plaisir. La bouche cracha le sexe. La tête toupilla sur
lachaisepuiss’immobilisa,fixalachoseencoreenérec-
tion sur le sol, comme un poisson hors de l’eau luttant
contre l’asphyxie, comme un serpent, la queue tranchée
d’un coup de pelle. Pour tuer le serpent, on écrase la
tête ! Et Abou Jahl aplatit le sexe avec sa Rangers. Ma-
gnifiquelapuretésonoredel’éclatdestesticules! Avant
d’écraserdéfinitivementlatienne,onvaretirerlevenin!
Il pénétra la bouche de sa grosse main et ses doigts tra-
quèrent la langue. L’accusé les mordit, ultime geste de
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