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On devrait toujours choisir sa famille

De
149 pages
Lara est journaliste. Elle a un peu trop d’ambition peut-être. Suffisamment en tout cas pour vouloir interroger cet étrange écrivain qui cache sa vie dans ses romans. Etienne écrit. Il est très attaché à sa famille. Et ne laissera personne la mettre en danger. Quand ils se rencontreront, l’un d'eux apprendra que les apparences peuvent être trompeuses. A ses dépens.
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On devrait toujours choisir sa famille
Mélanie De Coster
On devrait toujours choisir sa famille ROMANLe Manuscr it w w w . m anuscr it . com
Éditions Le Manuscrit, 20035bis, rue de lAsile Popincourt 75011 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN :2-7481-3329-3(fichier numérique) ISBN :2-7481-3328-5(livre imprimé)
ère 1 Partie. CHAPITRE I Un martyr(e) nommé Etienne "C'est un village, un petit village de montagne, entre un précipice meurtrier et un couloir d'avalanche. Dans ce village, 250 personnes, réparties dans quelques dizaines de ces maisons en pierre où l'on se tient chaud en vivant à dix. Tous sont réunis ce soir dans l'église du village, leur fierté, leur trésor. Leur église, repeinte chaque année en blanc pour mieux se confondre avec la neige. Elle n'appartient qu'à eux. Ils n'ont pas besoin de la voir pour la retrouver : le chemin qui y mène est inscrit dans leurs corps et dans leurs mémoires, et ils pourraient la décrire les yeux fermés. Ils vous parleraient de la pierre grise, veinée elle aussi de blanc, et qui se mêle au bois plus sombre de leur montagne, de la cloche en laiton que le cousin du maire a ramené de la ville, et qui a claironné la fin de la canicule, de la Vierge Marie, si belle, que Lucie, l'innocente, a sculpté de ses mains… Oui, ils l'aiment, leur église. C'est peut-être juste pour elle qu'ils restent là, années après années, malgré le froid, la pauvreté et les avalanches. C'est l'église qui les retient, repliés sur eux-mêmes pour oublier d'avoir froid. L'église et le curé, Jean de son prénom, qui a appris depuis longtemps à prêcher dans la simplicité et à aimer lui aussi l'église et son apparente pureté. Ce soir-là, la messe se doit d'être particulièrement réussie. C'est la veille de Noël, la messe de minuit. Tous ses fidèles sont là, dans leurs plus beaux habits. Ils ont bravé la neige et la tourmente pour être présents ce soir. Pour emplir la nuit de leurs chants maladroits. Ils chantent
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avec tellement de conviction qu'ils n'entendent pas l'enfant qui pleure sur les marches de l'église. L'enfant inconnu, et seul, qui bientôt devient bleu et se tait. C'est Lucie, Lucie l'Innocente qui, la première, l'apercevra à la sortie. Lucie qui parviendra à le réchauffer et qui lui donnera son nom, selon les anciennes traditions : un nom de saint, celui du jour de son apparition, pour le protéger. Et, comme nom de famille, un nom qui puisse lui tenir lieu d'histoire. Elle l'a appelé Noël, Etienne Noël…" Lara déposa le livre et consulta son dictionnaire : Saint Etienne avait été le premier martyr du christianisme. Le nom d'un martyr peut-il réellement être considéré comme une protection ? Voilà une question qu'elle se promit de poser à Etienne Noël, dès qu'elle le rencontrerait. Lara était journaliste dans un de ces magazines à tirage restreint, disponible uniquement par abonnement. Elle espérait parvenir à percer le mystère d'Etienne Noël, cet écrivain qui s'inventait un nouveau passé dans chacun de ses ouvrages, sans jamais confesser où était la vérité. Lara voulait obtenir de lui plus que tous ceux qui l'avaient précédée. Et être alors engagée en tant que chroniqueuse au "Star", le quotidien convoité par tous les journalistes de sa génération. Elle était prête à utiliser toutes les techniques en sa possession pour satisfaire à son ambition. Même si elle devait sacrifier quelques principes de morale au passage. Elle vénérait la réussite depuis son enfance, alors qu'elle était raillée par les élèves de son école, n'apparaissant à leurs yeux que d'après ses parents, la femme de ménage et "l'infirme". Elle a toujours tu à ses
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Mélanie De Coster
parents le calvaire de ces moqueries constantes, mais s'est fait le serment de parvenir un jour au sommet, pour pouvoir à son tour mépriser ceux qui l'avaient blessée. Enfin, elle se sentait proche du but. Et elle ne laisserait pas un écrivain, aussi talentueux soit-il, la contredire. Elle avait consacré l'après-midi à relire les livres d'Etienne Noël, une cassette de gospel comme ambiance sonore, une étole de soie grenat sur les épaules. Elle espérait que la liturgie de cette lecture l'aiderait à mieux le comprendre, à deviner les mots qui vont plus loin que les apparences. Elle aurait voulu que l'œuvre définisse son créateur, que la créature trop fidèle lui dévoile l'âme de son maître. Elle croyait encore qu'un écrivain ne met rien d'autre que lui-même dans ce qu'il écrit. Elle s'attendait à lire entre les lignes les phrases qu'il n'osait pas dire et qui le décrivaient. Elle ignorait alors que c'était justement le silence de ses phrases, leur absence, qui expliquait ce qu'il était. Elle ne le découvrirait que trop tard. Lara n'avait rien voulu savoir des questions qui lui avaient déjà été posées, des interviews déjà faites, même par des journalistes dont elle prétendait s'inspirer. Elle voulait que rien d'extérieur ne vienne influencer son travail. Que sa réussite - qu'elle estimait certaine- ne dépende pas des autres, mais juste d'elle-même. Et un peu, un tout petit peu, d'Etienne Noël. Comme la lumière révèle le vitrail. Alors, elle a repoussé toutes les propositions d'aide qui lui ont été faites. Même les plus insistantes, comme celle d'un de ses collègues, Rémi, qui possédait certaines informations "de la plus haute importance" dont il voulait absolument lui faire part. Mais elle n'a rien voulu entendre, rien voulu savoir. Surtout que Rémi était
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principalement connu pour sa maladresse persistante. Elle n'aurait pas pu supporter son numéro habituel, le voir se servir une tasse de café, et n'en boire qu'une moitié, presque froide. Car il en aurait renversé l'autre sur ses documents, et les aurait épongés avec de grands gestes inquiétants pour les bureaux de ses voisins… Sans jamais déposer la tasse, qui brassait l'air en tanguant, conservant miraculeusement le reste du liquide à l'abri de ses parois incurvées. Ce n'était là qu'un des multiples incidents qu'il était capable de déclencher sur une journée. Lara était persuadée que les informations qu'il voulait lui transmettre risquaient d'être aussi dangereuses que ses gesticulations. C'est pourquoi elle s'acharnait sur ces livres qui lui racontaient tant de mythes différents, sans pour autant se contredire. Le personnage principal, celui qu'elle rencontrerait le lendemain, elle le connaissait uniquement par ces rumeurs qui circulaient, s'échangeaient autour d'un rituel café ou d'une boisson plus corsée. Elle savait ainsi que jamais il ne recevait personne chez lui, et qu'il avait coutume de visiter les résidences des journalistes. Une rumeur assurait qu'il s'en inspirait pour créer les lieux qui émaillaient ses romans. Elle inspecta son intérieur encore une fois : elle voulait qu'il se sente bien chez elle, dans son deux-pièces au loyer modéré et à la décoration inachevée. Son antre qui, pour une fois, était en ordre. Elle n'avait jamais été une dogmatique de l'ordre, et avait l'habitude, depuis des années, de convertir chaque espace vierge en amas de papiers et notes de toutes sortes. Ces espaces, alors, ne tardaient jamais à manquer. Elle avait essayé de classer ces amoncellements, pourtant, à l'occasion de cette visite,
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